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    Le miracle économique allemand avec un accent turc

    © Sputnik . Natalia Selivestrova
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    Les premiers immigrants du travail venus de Turquie ont commencé à s'implanter sur le marché du travail de la RFA de l’époque il y a un demi-siècle. Ils ont apporté une contribution notable au "miracle économique" de l’Allemagne. Parallèlement, l’apparition dans le pays d’un grand nombre de ressortissants turcs a engendré des questions complexes d’intégration sociale.

    Les premiers immigrants du travail venus de Turquie ont commencé à s'implanter sur le marché du travail de la RFA de l’époque il y a un demi-siècle. Ils ont apporté une contribution notable au "miracle économique" de l’Allemagne. Parallèlement, l’apparition dans le pays d’un grand nombre de ressortissants turcs a engendré des questions complexes d’intégration sociale.

    Hier, des festivités avec la participation du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan se sont tenues dans la capitale allemande. La veille, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné la contribution des immigrants du travail turcs à l’économie et à la vie sociale de l’Allemagne. "Ils ont apporté leur contribution à la prospérité allemande, a déclaré Angela Merkel en reconnaissant le rôle important des 2,8 millions de Turcs vivant en Allemagne. Ils font partie intégrante de notre pays, ils l’ont changé". Le ministre allemand des Affaires étrangères et
    vice-chancelier Guido Westerwelle a fait remarquer dans une interview accordée au quotidien turc Hürriyet que durant les années qui se sont écoulées depuis la signature de l’accord les millions de ressortissants turcs étaient devenus une partie intégrante de l’Allemagne.
    Il a souligné : "Pour commencer, il ont contribué à notre miracle économique, puis leurs familles et leurs enfants sont également arrivés. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont des entrepreneurs importants, des hommes politiques, des vedettes du show-biz ou de la télé".

    Tout a commencé en automne 1961 par la signature à Ban-Godesberg, une banlieue de Bonn, d’un accord intergouvernemental bilatéral sur le recrutement provisoire et limité de la main d’œuvre. Cette convention a été initiée par la Turquie, qui souhaitait compenser le déséquilibre défavorable à Ankara dans le commerce avec la RFA. Le gouvernement turc comptait sur le flux des transferts d’argent effectués au profit de leurs familles et de leurs proches par les travailleurs turcs immigrés en Allemagne. Un accord similaire était en vigueur depuis 1955 entre l’Allemagne et l’Italie, qui poursuivait exactement le même but. Dans les dix premières années qui ont suivi la signature de la convention, près de 750.000 travailleurs turcs sont venus en Allemagne.

    A partir de la fin des années 50, la RFA a connu une croissance économique stable, comparable à celle de la Chine actuellement – une croissance du PIB de pratiquement 10% par an. Une maison particulière et une voiture par adulte et par famille était la norme pour les Allemands de RFA. Cependant, en août 1961 après la construction du mur de Berlin, barrière destinée à empêcher la fuite des cerveaux et de la main-d’œuvre qualifiée de RDA vers la RFA, le miracle économique a été menacé. L’Allemagne a décidé d’inviter de la main d’œuvre de Turquie, du Maroc, du Portugal de Tunisie et de Yougoslavie.

    Le délai officiel de séjour d’un travailleur immigré en RFA se limitait généralement à deux ans. Les arrivants étaient répartis entre les entreprises, et ils étaient logés dans de simples baraquements en bois près du lieu de travail. En général ils accomplissaient des travaux physiquement pénibles et insalubres que les Allemands refusaient de faire. Les travailleurs immigrés rencontraient beaucoup de difficultés – la barrière de la langue, des travaux souvent inhabituels, une autre mentalité des chefs directs. On parlait aux travailleurs immigrés de l’Allemagne, de la population, des coutumes et des traditions à l’aide de films à vocation éducative

    En 1966-1967, les premiers signes du déclin économique, qui a entraîné une hausse du taux de chômage, ont commencé à se faire sentir en RFA. La société débattait de plus en plus activement de la nécessité de réduire le nombre de travailleurs immigrés sur le marché local du travail.
    Une barrière officielle limitant le nombre de la main-d’œuvre étrangère en RFA a été dressée par décision gouvernementale en 1973. Mais paradoxalement, bien que le taux de main-d’œuvre étrangère ait semblé diminuer, le nombre d’étrangers en Allemagne a commencé à croître.
    Les travailleurs immigrés restaient dans le pays sous tous les prétextes possibles et imaginables, et par la suite a commencé l’arrivée massive de leurs familles. Actuellement, même sans tenir compte de la main d’œuvre étrangère, les Allemands d’origine turque représentent le plus grand groupe ethnique d’origine étrangère.

    Nous sommes assis dans un minuscule café turc à l’ouest de Berlin avec une politicienne locale, mère de deux enfants âgée de 50 ans, membre de l’Union chrétienne démocrate (CDU) Emine Demirbüken-Wegner. Elle est membre du gouvernement et porte-parole de la fraction de CDU pour la famille et la jeunesse. En 1964, le père d’Emine est arrivé de Turquie à Stuttgart pour y travailler en tant que charpentier. "Au début, nous n’avions pas le droit de venir le voir, se souvient-elle. A l’époque j’avais huit ans et je me souviens qu’il amenait du chocolat à la maison. Plus tard la famille s’est réunie, on a déménagé à Berlin". Au départ, c’était difficile, à l’école elle ne comprenait pas un seul mot d’allemand, mais ensuite elle a tellement adoré la langue allemande qu’elle a étudié la philologie germanique à l’université. Puis elle est entrée en politique, et elle a adhéré à la CDU où le destin lui a fait rencontrer son futur mari, un authentique Allemand.

    Les principaux obstacles à l’intégration sont la méconnaissance de la langue, le nombre insuffisant de places dans les établissements d'enseignement, ainsi que d'emplois. Le plus souvent, explique Emine, les jeunes descendants des travailleurs immigrés des années 60 ont des difficultés non pas avec l’allemand, mais avec le turc. Pourquoi les jeunes turcs en Allemagne doivent-ils apprendre le turc? Parce que près de 41% de diplômés d’origine turque n’arrivent pas à trouver du travail en Allemagne et partent souvent travailler en Turquie. Ils ne voient aucune perspective en Allemagne, il n’y a pas de travail pour eux.

    Aujourd’hui, l’Allemagne éprouve un manque chronique de personnel qualifié, mais dans ce contexte on assiste à un départ important de diplômés d’études supérieures à l’étranger. 
    "Des décisions politiques sont nécessaires, estime Emine, car il a été prouvé que si un Allemand d’origine et un ressortissant étranger postulent pour un même emploi, le premier sera avantagé". En l’absence de changements, les jeunes spécialistes diplômés d’origine turque partiront – la Turquie est attrayante, les diplômes des universités allemandes y sont les bienvenus et la connaissance des deux langues permet de travailler dans le milieu des affaires. Actuellement 6.000 entreprises et sociétés conjointes allemandes exercent leur activité en Turquie.
    C’est approximativement l’équivalent de la présence des Allemands en Russie. La croissance économique stable de la Turquie contemporaine est largement due aux spécialistes venus d'Allemagne – les flux d’immigration de la main d’œuvre s’inversent.

    Emine Demirbüken-Wegner est convaincue que si les enfants grandissent dans un milieu bilingue, ils possèdent une vision plus large de la vie et réussissent mieux. Toutefois, même la présence en Allemagne de trois millions de ressortissants turcs ne nécessite pas d’écoles spéciales turques : "Où tout cela conduirait si on mettait en place des écoles turques, russes, polonaises et autres? Après tout, les représentants de 190 ethnies vivent à Berlin. De la même manière, il ne faut pas créer des partis en fonction de l’ethnie. Les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous, et par conséquent il est nécessaire de lutter pour ses droits dans le cadre des partis politiques existants".

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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