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    Affaire Litvinenko: le polonium empoisonne les relations russo-britanniques

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    Le 23 novembre est la date du 5e anniversaire du décès dans un hôpital londonien d’Alexandre Litvinenko, ex-agent du Comité pour la sécurité de l’Etat (KGB) puis du Service fédéral de sécurité (FSB) de Russie, dénonciateur des "machinations du Kremlin", émigrant, réfugié politique et protégé de l’oligarque déchu Boris Berezovski.

    Le 23 novembre est la date du 5e anniversaire du décès dans un hôpital londonien d’Alexandre Litvinenko, ex-agent du Comité pour la sécurité de l’Etat (KGB) puis du Service fédéral de sécurité (FSB) de Russie, dénonciateur des "machinations du Kremlin", émigrant, réfugié politique et protégé de l’oligarque déchu Boris Berezovski. L’affaire Litvinenko qui, comme on l’affirme, est mort empoisonné par l’élément radioactif polonium-210, obère toujours les relations russo-britanniques et les empêche de redémarrer.

    En septembre 2011, le premier ministre britannique David Cameron s’est rendu pour la première fois en visite à Moscou et il semblait que le froid s'était atténué et que l'atmosphère s'était même quelque peu réchauffée dans les relations russo-britanniques. Mais tout a buté une nouvelle fois sur l’histoire tragique de Litvinenko. C’est l'élément le plus crispant des relations russo-britanniques des 30 dernières années.

    Litvinenko a quitté la Russie et s’est installé au Royaume-Uni en 2000, y a obtenu l’asile politique, et en 2006, rapidement après l’obtention de la citoyenneté britannique, il est décédé dans une unité de soins intensifs de l’hôpital University College.

    Cinq ans plus tard, la Cour du coroner de Londres a décidé qu’une enquête complète serait menée sur l’affaire de l’assassinat de Litvinenko. Par ailleurs, il n’est pas exclu que l’affaire soit transmise à la plus haute instance judiciaire du pays, la Haute cour de justice britannique.

    Litvinenko dans le passé et le futur

    La table derrière laquelle a apparemment été bu le thé fatal le 1er novembre 2006, a été depuis longtemps enlevée du Pine Bar de l’hôtel londonien Millenium. Litvinenko aurait bu ici le thé empoisonné au polonium qui a provoqué sons décès trois semaines plus tard. Un piano a été installé à la place de cette table: dans tous les hôtels du quartier prestigieux de Mayfair il y a des clients très respectables, et il est inutile de leur rappeler des choses désagréables.

    Beaucoup voudraient oublier l’affaire Litvinenko, des deux côtés, mais non seulement elle refuse de s'estomper dans l'oubli, mais au contraire, l’année dernière elle s’est à nouveau dressée entre Londres et Moscou.

    Les avocats de la veuve de Litvinenko, Marina, ont réussi à obtenir l’ouverture d’une nouvelle enquête au début de l’année prochaine. La police, les services de renseignement britanniques (MI5, sécurité intérieure, et MI6, renseignement extérieur) et beaucoup de témoins hauts placés seront invités à faire des dépositions et témoigner.

    En termes d’ampleur, cette procédure sera identique aux enquêtes sur les attentats de Londres en juillet 2007 ou la mort de la princesse Diana. Et il serait inconsidéré de sous-estimer l’importance de cette affaire.

    En examinant l’affaire Litvinenko et l’attention portée à cette affaire au Royaume-Uni, la Russie oublie souvent un fait important, c’est-à-dire l’octroi de la citoyenneté britannique à Litvinenko à seulement deux semaines des événements du 1er novembre 2006 à Londres. Cela a changé toute l’approche de l’affaire: enquêter sur la mort d’un immigrant russe est une chose, mais instruire le décès d’un citoyen britannique en est une autre.

    Selon les avocats de la veuve du défunt, le but de l’enquête complète consiste à mettre à jour les responsabilités, à établir si le gouvernement russe est impliqué dans l’affaire et s'il agissait en la personne de l’ex-agent du FSB Andreï Lougovoï, actuellement député à la Douma (chambre basse du parlement russe).

    Il s'agit également de comprendre si les services de renseignement britanniques et la police étaient au courant de la préparation de l’attentat, et si oui, pourquoi ils ne l’ont pas empêché. Le Royaume-Uni considère Andreï Lougovoï comme le principal exécutant et exige son extradition pour être interrogé. Conformément à sa constitution, la Russie n’extrade pas ses citoyens et exhorte Londres à lui fournir des preuves irréfutables. Moscou est même prêt à juger Andreï Lougovoï en Russie, mais affirme ne pas avoir reçu les informations suffisantes pour cela.

    Les saisons judiciaires russes de Londres
    L’automne qui se termine et l’hiver qui commence sont de véritables "saisons judiciaires russes." Depuis début octobre on assiste au litige entre les oligarques Boris Berezovski et Roman Abramovitch (on y mentionne franchement des choses qu’il vaut mieux ne pas entendre), à la mi-octobre s’est tenue une audience sur l’affaire Zatouliveter, une Russe qui a fait partie de l’équipe de Mike Hancock, membre de la Chambre des communes. Elle est accusée d’espionnage et on s’apprête à l’expulser. Mais l’apogée commencera au début de l’année prochaine, lorsque se tiendront les nouvelles audiences sur l’affaire Litvinenko.

    Chacun de ces procès est peu agréable pour la Russie, bien que toutes les affaires soient controversées et que les preuves soient peu tangibles, voire même inventées. Mais mettez-vous à la place des Britanniques, ou même du premier ministre britannique: comment peut-on procéder à un redémarrage avec un pays, dont on parle sans cesse dans les tribunaux britanniques?

    La date exacte de l’audience sur l’affaire Litvinenko n’a pas encore été fixée. Il faut dire que même Foreign Office est nerveux à l’idée du "lavage de linge sale" à venir. Comme l’a fait remarquer le quotidien The Guardian, Londres aurait préféré des audiences peu retentissantes dans un format réduit, et non pas un événement aussi marquant.

    Ce qui est bien légitime dans l’ensemble. Les problèmes politiques dans les relations entre les deux pays bloquent, et même freinent fortement le développement des liens économiques. Et Londres, notamment en raison de la crise actuelle, regarde avec une certaine jalousie le développement rapide des relations de Moscou avec Berlin, Paris et Rome.

    Mais on ne parvient pas à surmonter l’affaire Litvinenko. A qui la faute? C’est toujours la question des questions.

    Que des questions
    Marina Litvinenko et Alex Goldfarb ont publié en juin 2007 le livre Meurtre d’un dissident: l’empoisonnement d’Alexandre Litvinenko et le retour du KGB. Evidemment, ce n’est pas une enquête, ni une constatation des faits, mais plutôt une manipulation de ces derniers.

    Les auteurs présentent ce qui s’est passé, ainsi que les événements de l’histoire contemporaine de la Russie sous un éclairage qui leur est favorable. Et ils interprètent les fait si librement qu’une simple question balaye les "ponts", à première vue solides, qui conduisent de l’empoisonnement et de divers événements soit au Kremlin, soit à Poutine, soit au Service de renseignement extérieur (SVR) de Russie, soit au FSB.

    Le livre paraît sinistre. Pour des amateurs. Mais il y a tout de même des failles. Rien n’explique notamment pourquoi Andreï Lougovoï serait venu à Londres avec son épouse et ses trois enfants pour tuer Litvinenko au polonium. Est-il fou? On ne se déplace pas en famille à l'étranger pour exécuter ce type de mission. Et pourquoi laisser des traces de l’isotope radioactif à travers toute la capitale britannique? Qui plus est, comme si quelqu’un avait marché exprès avec ses grands sabots sur la neige de l’hôtel Millenium en laissant une trace jusqu’aux portes du Kremlin.

    Pourquoi le Kremlin avait-il besoin de se venger sur l’ex-agent du KGB et du FSB, qui a été limogé en 1998, a immigré sans problèmes au Royaume-Uni en 2000 et a obtenu l’asile politique en 2001, de manière aussi sophistiquée et même exotique?

    Ce qu’il a écrit en Grande-Bretagne (les livres sur la mafia russe des années 1990 et sur l’implication des services de renseignement russes dans les attentats de Moscou à la fin des années 1990) a été tiré des journaux russes. De quoi Moscou pouvait-il se venger sur un homme qui ne connaissait aucun secret? Et pourquoi le Kremlin, avec sa mauvaise réputation persistante en Occident, voudrait-il se compromettre de cette manière?

    Pas de procès sans sponsor
    Depuis la sortie du livre mentionné ci-dessus en 2007, on dit qu’un studio d’Hollywood aurait acheté pour 1,5 million de dollars les droits de l’adapter au cinéma avec la participation de Daniel Craig (dernier James Bond), Johnny Depp ou John Malkovich. Mais l’adaptation au cinéma n’a toujours pas eu lieu.

    En 2007, Marina Litvinenko s’est rendue au festival de Cannes où dans la catégorie du film documentaire a été présenté le film d’Andreï Nekrassov Rébellion: l'Affaire Litvinenko.

    Connaissant le coût élevé des procès britanniques (la veuve Litvinenko a d’ailleurs l’intention de porter plainte auprès de la Cour de Strasbourg, ce qui est très coûteux également), Marina Litvinenko aura certainement besoin d’argent. Beaucoup d’argent.

    Les journaux britanniques écrivent que le prix d’une nouvelle enquête sur toutes les circonstances de l’affaire Litvinenko pourrait s’élever à 1 million de livres. C’est une grosse somme pour une veuve solitaire. Elle dit déjà avoir ouvert un fonds pour récolter des sommes pour le procès.

    Il serait intéressant de voir qui investira le plus. Mais mieux vaut ne pas citer de noms pour ne pas prolonger les "saisons judiciaires russes."



    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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