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    Le perpétuel équilibre au bord d'une guerre contre l'Iran

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    Nucléaire iranien (2014) (1478)
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    Si quelqu’un pensait que l’arrivée des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en Iran permettrait aussitôt de rétablir les négociations internationales sur le nucléaire pacifique iranien, ces espoirs étaient vains.

    Si quelqu’un pensait que l’arrivée des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en Iran permettrait aussitôt de rétablir les négociations internationales sur le nucléaire pacifique iranien, ces espoirs étaient vains. Il n’y aura pas de "aussitôt." Les inspecteurs de l’AIEA ont travaillé en Iran pendant trois jours et sont repartis mercredi. Le communiqué au sujet de leur visite fait par l’agence de presse iranienne ne pouvait pas être plus bref.

    Une crise sans fin

    Le siège de l’AIEA à Vienne a déclaré que les négociations s’étaient bien déroulées, et prochainement une nouvelle délégation se rendra à Téhéran. Par la suite on annoncera des négociations éventuelles entre l’Iran et les Six médiateurs internationaux (la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne). On parle même déjà de l’endroit où ses négociations se tiendraient – Istanbul.

    Elles pourraient effectivement avoir lieu en Turquie. Mais tout cela a déjà eu lieu – les négociations sans résultat notable, les sanctions contre l’Iran adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, les fuites d’informations menaçantes dans les médias disant que si les Etats-Unis n’attaquaient pas les centres nucléaires iraniens, Israël le ferait…

    Existe-t-il des crises internationales qui durent presque infiniment? Aussi étrange que cela puisse paraître, oui. La crise actuelle autour de l’Iran est identique par son "contenu nucléaire" à celle de la Corée du Nord, et à bien d’autres en fouillant bien dans l’histoire.

    Il est pratiquement impossible de prédire l’issue de la crise iranienne selon la formule "la paix ou la guerre" (bien que tout le monde le fasse). En revanche, on peut se pencher sur certaines particularités de la situation actuelle, qui ne concernent pas tant l’Iran en tant que tel, que le tableau mondial dans l’ensemble. Et c’est précisément leur intérêt.

    Téhéran et la présidentielle américaine

    Commençons par le plus évident: la transformation de l’Iran en puissance nucléaire, la plus forte au Moyen-Orient, qui plus est résultant directement de l’invasion américaine de l’Irak qui s’est achevée l’année dernière, n’est certainement pas la nouvelle dont a besoin Barack Obama durant l’année électorale.

    On lui dirait sinon qu’il aurait dû "faire quelque chose." Mais il serait stupide d’affronter l’Iran en solo, car Obama est lauréat du prix Nobel de la paix. C’est également une mauvaise idée dans les conditions de restriction du budget militaire et des effectifs. En revenant sur la récente opération de l’Otan contre la Libye, les Etats-Unis ont fait en sorte que quelqu’un d’autre fasse la guerre en leur lieu et place. Voyons qui cela pourrait être dans le cas de l’Iran.

    Mardi dernier, plusieurs représentants de la communauté du renseignement américaine ont présenté un rapport annuel devant le Congrès. Ce rapport incluait entre autres les remarques écrites du directeur du renseignement américain James Clapper. Le directeur de la CIA David Petraeus et d’autres ont également participé à la présentation du rapport.

    Un équilibre remarquable se distingue dans la situation autour de l’Iran. Un an serait "probablement" nécessaire pour la fabrication d’une ogive nucléaire. Encore 1-2 ans s’écoulerait avant l’apparition d’un vecteur. C’est la "ligne rouge" pour les Etats-Unis et Israël. Toutefois, on laisse clairement entendre qu’aucun événement important (par exemple, une guerre) ne se prépare actuellement.

    Et cela n’apporterait rien de nouveau, y compris ce "probablement", si l’affaire de l’attentat contre l’ambassadeur saoudien n’était pas intervenue durant les dépositions devant le Congrès. Cette histoire a eu lieu en octobre dernier et a provoqué beaucoup de sourires sceptiques: on prétend que l’attentat a été planifié par les services de renseignement iraniens sur le territoire américain, mais ils ont commis tellement de "boulettes" qu’il est difficile de le croire.

    Puis un grand silence a suivi, comme si de rien n’était, et aujourd’hui cette histoire de l’attentat contre Adel Al-Jubeir refait surface. Elle ressemble fortement à une invitation publique lancée aux Saoudiens à participer au règlement de la question iranienne.

    Cette histoire est intéressante car en réalité ce sont l’Arabie saoudite, le Qatar et d’autres monarchies du Golfe qui ont joué un rôle considérable dans la guerre en Libye, et dans le renversement des régimes en Egypte et en Tunisie au profit des intégristes. En Libye ils ont utilisé l’Otan pour régler leurs problèmes dans la région, et l’Otan les a utilisés à son tour.

    Evidemment, il vaut mieux pour les Etats-Unis que les principaux efforts dans la lutte conter l’Iran soient entrepris par les monarchies arabes, et non pas un pays isolé de la région, à savoir Israël. Les Arabes n’aiment traditionnellement pas l’Iran, depuis plus de douze siècles, probablement au point que cela crée une sorte d’alliance saoudo-israélienne. Or c’est une victoire absolue pour Obama.

    Mais la Syrie d’abord

    Les événements actuels autour de la Syrie, allié crucial de l’Iran au Proche-Orient, rappellent cette "guerre saoudo-iranienne", mais par personnes interposées (Bachar al-Assad et son opposition). On sait déjà très bien qui fournit les armes à l’opposition syrienne et on connaît les filières. Ce ne sont pas les Etats-Unis, mais les monarchies du Golfe.

    On pourrait supposer que personne ne s’occupera de l’Iran avant de tirer au clair le sort de la Syrie. Par exemple, réussira-t-on à amener l’Iran à apporter une aide active au régime de Bachar al-Assad et à se mettre ainsi en porte-à-faux? Il y a beaucoup de questions de ce genre.

    Et il s’avère qu’un rôle important jouent ici la Russie, la Chine et d’autres pays du BRICS (le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud), derrière lesquels se trouvent des dizaines de pays qui observent avec contrariété les événements. Moscou et ses partenaires ont déjà annoncé qu’ils ne créeraient pas de précédent juridique en légalisant le renversement d’un régime qui ne convient pas à l’étrange alliance arabo-occidentale.

    Parallèlement un autre sujet se développe, qui se réduit également à la question de savoir qui soutiendra qui dans le nouveau jeu proche-oriental. Ce sujet concerne le pétrole iranien, que l’Union européenne renonce à acheter à partir du 1er juin (sous la forme de sanctions). Qui récupérera ce pétrole et apportera ainsi de l’argent à l’Iran? Les sanctions seraient alors inutiles, comme d’ailleurs toutes les autres en vigueur à l’heure actuelle.

    La situation est la suivante: le pétrole iranien est acheté par les pays asiatiques, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Pour l’instant, ils, notamment la Chine, sont très loin de soutenir l’embargo européen. Mais ils craignent qu’une guerre dans la région les prive d'hydrocarbures, et ils étudient donc la situation, conscients que des décisions doivent être prises.

    L'affaire en est arrivée au point que les pays d’où le pétrole iranien est acheminé ou pourrait transiter vers l'Est acquièrent une importance particulière, par exemple le Turkménistan. Où, d’ailleurs, une délégation s’est rendue d’un pays inattendu – Israël.

    Finalement, on pourrait supposer que l'équilibre actuel au bord d’une guerre dans la région se maintiendra pendant encore une certaine période et montrera à quoi ressemble le monde après le retrait annoncé des Etats-Unis du Grand Moyen-Orient.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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