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    Les perspectives de Mikhaïl Prokhorov et Alexeï Navalny dans la politique

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    Mikhaïl Dmitriev, président du Centre de recherches stratégiques et co-auteur d'un rapport retentissant sur la menace de crise politique en Russie, estime que le mouvement de protestation en Russie sous sa forme actuelle de "rassemblements" n’est plus pertinent, et que les nouveaux visages apparus dans la politique seront confrontés à de sérieux défis, dont le principal est la méfiance de l’électorat potentiel.

    Mikhaïl Dmitriev, président du Centre de recherches stratégiques et co-auteur d'un rapport retentissant sur la menace de crise politique en Russie, estime que le mouvement de protestation en Russie sous sa forme actuelle de "rassemblements" n’est plus pertinent, et que les nouveaux visages apparus dans la politique seront confrontés à de sérieux défis, dont le principal est la méfiance de l’électorat potentiel.

    Les perspectives du nouveau parti du milliardaire Mikhaïl Prokhorov sont assez floues, et le seul homme politique public efficace sur le flanc droit est Alexeï Navalny, mais sa carrière politique reste également incertaine, a déclaré l’expert dans une interview accordée à RIA Novosti.

    Le mouvement d’opposition sous sa forme actuelle s’est épuisé car il poursuivait des buts à court terme autour de l’organisation des élections. Pour continuer à demeurer un facteur d’influence contribuant aux changements institutionnels et politiques profonds dans le pays, ce mouvement doit se reformater, déclare Mikhaïl Dmitriev.

    Selon lui, les objectifs avancés par l’opposition doivent devenir plus constructifs et substantiels et concerner la réforme des institutions du pouvoir et de la gestion gouvernementale.

    "Par exemple, le renforcement du système judiciaire indépendant, le changement des procédures politiques, la démocratisation du gouvernement au niveau local et régional. Il existe un important ordre du jour qu’il est nécessaire de mettre en œuvre", fait remarquer l’expert.

    Toutefois, Mikhaïl Dmitriev n’a pas précisé dans quelle mesure la restructuration de l’opposition était réalisable.

    "Le principal problème et obstacle aujourd’hui est l’inaptitude et la réticence [de l’opposition] à prendre part aux formes systémiques et organisées d'activité politique", a-t-il déclaré.

    La classe moyenne revient en Russie, mais il n’existe pour l’instant aucun parti susceptible de représenter ses intérêts, et il est difficile de dire s’il apparaîtra dans un avenir prévisible, constate Mikhaïl Dmitriev.

    "Les manifestants ne sont pas prêts à s’occuper des questions de la délégation de représentants défendant leurs intérêts dans les organismes fédéraux législatifs. Pour l’instant, la seule chose que les membres du mouvement d’opposition aient réussi à faire, c'est d'initier les formats réseau tels que la Ligue des électeurs, mais elle n’est pas chargée de la mise en place d’une représentation politique organisée de la classe moyenne, et veille seulement au respect de la loi pendant des élections. Mais à quoi sert-il de veiller à l’honnêteté des élections s’il est impossible d’avancer ses représentants aux élections?", s'interroge l’expert.

    Les manifestations importantes en Russie ont commencé après les élections législatives du 4 décembre 2011, accompagnées par de nombreuses constatations d’infractions pendant le vote et le comptage des voix. Le rassemblement "Pour les élections honnêtes" à Moscou, qui s’est tenu sur la place Bolotnaïa le 4 février dernier, était le plus nombreux, bien qu’il n’ait pas atteint le nombre de 50.000 personnes annoncé par le comité d’organisation. Cependant, le 5 mars, le nombre de manifestants d’opposition sur la place Pouchkinskaïa (place Pouchkine), selon le ministère russe de l’Intérieur, était d’environ 14.000 individus. Et la manifestation du 10 mars sur l'avenue Novy Arbat n’a rassemblé qu’environ 10.000 personnes, selon la police moscovite.

    Le soutien de Mikhaïl Prokhorov
    Selon le président du Centre des recherches stratégiques, l’absence en pratique de leaders manifestes d’opposition est due en grande partie à la nature internet du mouvement de protestation actuel et à la méfiance élevée de ce mouvement envers tout leader professionnel.

    "Ce mouvement n’apprécie pas le leadership formel, la délégation du pouvoir et la formalisation d’une activité politique quelconque", affirme Mikhaïl Dmitriev.

    Cela explique également les perspectives floues du parti créé actuellement sur le flanc droit par Mikhaïl Prokhorov.

    Ce dernier déclarait auparavant que son parti serait basé sur "l’activité civile des individus libres et indépendants" et construit "selon le principe de l'apolitisme": le milliardaire espère réunir les représentants de la société civile ayant diverses opinions politiques.

    On ignore si l’opposition urbaine fera confiance au travail de parti organisé. Selon les sondages, l’attitude envers les partis dans ce milieu est aujourd’hui très négative, et on ignore si Prokhorov réussira à inverser cette tendance et devenir un leader, fait remarquer Mikhaïl Dmitriev.

    Selon l’expert, le bon résultat de Prokhorov à l’élection présidentielle est dû à "l’apparition en Russie d’un groupe important de personnes qui souhaitent une politique davantage orientée sur l'économie de marché et des réformes économiques et politiques plus axées à droite."

    Cependant, selon Mikhaïl Dmitriev, si l’homme d’affaires et homme politique (Mikhaïl Prokhorov) avait adopté une position plus cohérente depuis le début, "sans louvoyer et faire du populisme de gauche", il aurait pu bénéficier d’un soutien encore plus important des électeurs. Selon le Centre des recherches stratégiques, cela aurait pu représenter bien plus que 10% de la population.

    Le potentiel d’Alexeï Navalny
    Evoquant les perspectives du blogueur Alexeï Navalny, Mikhaïl Dmitriev fait remarquer qu’il possède un "énorme potentiel" de succès futurs.

    Mais ce potentiel s'inscrit dans une perspective à long terme, et Navalny ne deviendra pas une figure dominante dans les prochains 6 mois ou 1-2 ans sur ce flanc, déclare l’expert.

    Alexeï Navalny pourrait également être confronté à de sérieux concurrents, sur ce plan son avenir politique est incertain, ajoute le politologue.

    Selon Mikhaïl Dmitriev, il existe des raisons objectives qui empêchent aujourd’hui le rassemblement de l’opposition autour d’une personnalité marquante.

    "Avant tout, le rôle de la politique publique en termes de promotion d’un leader national en Russie reste limité. Et le mécanisme de l’élection présidentielle est organisé différemment – le rôle joué par les qualités publiques d’un homme politique dans ce mécanisme n’est pas crucial", estime l’expert.

    La question de savoir si cette situation changera pour la prochaine élection présidentielle est rhétorique pour l’instant.

    De plus, la forte méfiance de l’électorat de droite envers tout leader politique et les partis que ces leaders créent pourrait être un obstacle à la réalisation des ambitions politiques de Navalny, de la même manière que de Prokhorov et toute autre figure sur le flanc droit, déclare Mikhaïl Dmitriev.

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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    Condamnation de Navalny (34)

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