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    Les menaces de "révolution culturelle" du premier ministre chinois

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    Les propos tenus tout récemment par le premier ministre chinois Wen Jiabao, qui a déclaré qu’en l’absence de réformes politiques décisives son pays pourrait revivre la tragédie de la "révolution culturelle", pourraient probablement surprendre quelqu’un qui n’a pas suivi l’évolution de la situation en Chine au cours des dix dernières années.

    Les propos tenus tout récemment par le premier ministre chinois Wen Jiabao, qui a déclaré qu’en l’absence de réformes politiques décisives son pays pourrait revivre la tragédie de la "révolution culturelle", pourraient probablement surprendre quelqu’un qui n’a pas suivi l’évolution de la situation en Chine au cours des dix dernières années.

    Mais les propos du premier ministre ne sont pas tant un avertissement sur la nécessité de commencer à mettre en œuvre des réformes qu’un bilan de ces réformes de la dernière décennie. Il n’a rien dit de très différents par rapport au sens d’autres discours des dirigeants chinois. Peut-être dans la forme, mais rien de plus.

    Le départ des "anciens"
    La génération actuelle du gouvernement chinois (Hu Jintao et Wen Jiabao) est arrivée au pouvoir (par étapes en succédant à leurs prédécesseurs) entre l’automne 2002 et le printemps 2003. Le changement d’administration commencera à la fin de cette année, et il a déjà commencé de facto. Wen Jiabao, qui fêtera son 70e anniversaire le 15 septembre, partira également.

    Et lorsqu’on fera le bilan de la décennie, on dira probablement que sous l’administration des anciens dirigeants (Jiang Zemin et Zhu Rongji) la Chine avait en un tournemain récupéré son statut de puissance mondiale, tandis qu’à l’époque de Hu-Wen elle s’était plutôt concentrée sur les problèmes intérieurs, avant tout sur l’écart entre les revenus et le niveau de vie du sud-est, sur le littoral, et le nord-ouest en retard.

    Toute une décennie a été consacrée aux réformes, et le processus se poursuivra, d’autant plus qu’il vient d’entrer dans une phase décisive, comme il découle de la déclaration de Wen Jiabao pendant la conférence de presse à l’issue de la session annuelle de l’Assemblée populaire nationale. Les réformes sont toujours une procédure très longue lorsqu’il s’agit d’un pays aussi vaste, donc en ce qui concerne les délais tout est clair. Mais il est difficile de dire si elles se déroulent avec succès.

    Mais parlons tout d’abord de ce qu'il y a de plus sensationnel dans les propos du premier ministre – la révolution culturelle. Qu’est-ce que cette révolution signifie pour ceux qui sont en dehors de la Chine et pour les Chinois eux-mêmes?

    La guerre contre les élites
    Pour le public politisé russe, la révolution culturelle est l'importante action politique de reprise en main du pays menée par Mao Zedong, qui a utilisé à cette fin la "jeunesse rebelle" à moitié illettrée. Pour l’extrême-gauche européenne, c’est une expérience sociale grandiose du changement de valeurs civilisationnelles (qui a échoué).Et ainsi de suite.

    Pour les Chinois eux-mêmes, c’est le symbole d’un désastre socioéconomique total, en fait du ravage du pays (les années 1990 en Russie sont un conte de fées en comparaison), mais également encore une chose.

    C’était en fait la répétition de l’année 1937 (la Grande Terreur en Union soviétique - ndlr), c’est-à-dire l’éradication de l’élite, qui s’était formée dans les vingt années qui ont suivi la révolution. (En cherchant bien, notamment compte tenu de ce délai de 20 ans, on peut voir quelque chose de similaire en Russie aujourd’hui.) Dans ces cas-là, ce sont des gens, constatant que l’égalité, autrement dit la justice sociale, n’a pas triomphé, qui luttent contre l’élite afin de tout recommencer depuis le début. Et la manière dont les gens qui détiennent le pouvoir ou qui le côtoient utilisent l’énergie de la révolte est une question à part.

    En revoyant de plus près tout ce qui a été dit pendant la conférence de presse par Wen Jiabao, il s’avère que les termes "justice sociale" (ou inégalité des revenus) sont également des termes clés.

    Le sud riche et l’ouest pauvre

    Le sens des réformes mises en œuvre par l’administration chinoise actuelle réside dans le fait que Pékin cherche à refréner l’énergie indomptée du capitalisme, c’est-à-dire la soif d'enrichissement individuel, par une politique sociale cohérente de la redistribution des richesses.

    Pour commencer, il est question du développement des régions sous-développées. Or c’est une tâche colossale. Combien d’argent faut-il injecter dans les provinces éloignées, telles que le Gansu (où a travaillé à une époque Hu Jintao), si leurs populations, au contraire, fuient ces régions vers les riches provinces littorales du sud-est à la recherche d’argent?

    D’ailleurs, la Chine est loin d’être un pays surpeuplé, au contraire. Son principal problème est le manque de ressources humaines pour le développement de la région ouest déserte. Et même dans le riche sud survient constamment le problème du manque de main-d’œuvre, quel que soit l’afflux en provenance des zones de dépression.

    En fait, les problèmes de ces dizaines de millions de nouveaux migrants se sont avérés cruciaux en Chine, simplement parce que ce sont des gens qui luttent contre les habitants "autochtones" pour avoir des opportunités équitables.

    Parmi les nombreuses réformes mises en œuvre pendant cette décennie, Wen Jiabao a mentionné cette fois celle des retraites. Il n’existe pas de système unique et généralisé de retraites en Chine, mais à l’heure actuelle on assiste à une sorte de prolifération, une jonction des systèmes de retraites locaux des divers départements ou entreprises, villes, etc.

    Le premier ministre chinois a également mentionné un autre domaine primordial – l’éducation, en évoquant la nécessité de porter les dépenses pour ce secteur à 4% du PIB. Le sens est clair – que pourrait espérer un migrant du Gansu, si le manque de main-d’œuvre touche le secteur des emplois hautement qualifiés?

    Si Wen Jiabao avait encore mentionné la santé, on aurait eu l’impression de voir la politique nationale de Barack Obama.

    Les problèmes locaux
    Mais n’oublions pas que le premier ministre chinois brandissait la menace d’une révolution culturelle en parlant de réformes politiques. Qu'est-ce que cela signifie?

    Le problème de la Chine (et de la Russie) réside probablement dans le fait que la grande majorité des problèmes sont locaux, or ce sont les autorités centrales qui doivent trop souvent les prendre en charge. En Chine les mécontents n’ont pas eu l’idée de prendre le gouvernement central pour source de tous leurs problèmes, sinon la révolution culturelle serait inévitable.

    Pour l’instant, la question est de savoir ce qu’il faut faire avec la société civile "locale", très active et internetisée, et souvent révoltée. Les autorités centrales discutent activement avec elle, et cette fois à la conférence de presse beaucoup de choses ont été dites à ce propos.

    Mais avant tout, pendant toutes ces années Pékin s’est efforcé de développer la démocratie aux niveaux locaux, y compris rural. Et il s’est constamment attaqué aux autorités locales qui montraient tous les signes de stagnation. Cette fois Wen Jiabao a également parlé de la poursuite du développement de la démocratie locale. D’ailleurs, la menace de révolution culturelle semble viser les dirigeants qui ont tendance à créer des principautés féodales, parce que Pékin est loin.

    La question la plus intéressante est probablement de savoir si la Chine arrivera à un système multipartite concurrentiel. Pourquoi pas à titre d’expérience dans une ou deux provinces ou même districts.

    Mais quelle forme cette expérience revêtirait-elle? Faut-il appliquer à une société un produit de développement importé d’autres sociétés complètement différentes, pas exemple, occidentales? Qui plus est si aujourd’hui ce "produit" montre tous les signes de fatigue, voire même échoue quand on cherche à l'imposer aux Arabes ou aux Afghans.

    Apparemment, à son habitude la Chine créera quelque chose d’adaptée à elle-même, comme cela se faisait avec succès jusqu’à présent avec son économie. Mais ce sera la tâche de la nouvelle génération de dirigeants chinois.



    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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