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    L'ennuyeux Romney contre le triste Obama

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    Le républicain numéro deux de la course électorale aux Etats-Unis, Rick Santorum, a retiré sa candidature, car il ne souhaitait pas affronter le leader incontestable de son parti, Mitt Romney.

    Le républicain numéro deux de la course électorale aux Etats-Unis, Rick Santorum, a retiré sa candidature, car il ne souhaitait pas affronter le leader incontestable de son parti, Mitt Romney. C'était une décision logique et attendue, et, d'ailleurs, même le récent sondage du Washington Post – ABC News montre que l'élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis sera très ennuyeuse dans beaucoup de sens du terme.

    C'est Mitt? Oh non!

    Le public ne retrouvera pas en novembre ce qu'il apprécie généralement lors de la présidentielle – deux adversaires égaux, il n'y aura pas non plus d'affrontements entre des personnalités fraîches et marquantes aux yeux des électeurs. Dans le sens où le président Barack Obama est déjà devenu un acteur habituel, tandis que son opposant républicain Mitt Romney, bien qu'il ait pratiquement gagné le droit de représenter son parti, a déjà réussi à lasser même son électorat potentiel.

    On a constaté qu'après la victoire de la semaine dernière aux primaires dans le Wisconsin, le Maryland et dans le district de Columbia, Mitt Romney était fatigué, avait commencé à faire des lapsus et à dire des absurdités. Et ces derniers jours il a carrément disparu de la scène publique.

    Il aurait pu très bien s'octroyer un peu de repos. Bien que formellement il ne soit pas encore candidat, il a déjà recueilli le nombre nécessaire de voix républicaines. D'ailleurs, le sondage mentionné auparavant a déterminé que 44% des républicains et des partisans sans parti des républicains voulaient voir Romney en tant que candidat.

    Toutefois, 25% ne souhaitaient pas voir Rick Santorum sortir de la course. C'est un public particulier – des protestants américains zélés qui avaient, certes, conscience que Santorum n'était pas un candidat, mais qui appréciaient simplement ses sermons sous la forme de discours de campagne. Mais comme on peut le voir, Santorum est encore plus épuisé que Romney.

    Donc, d'une part les conservateurs américains ont déjà fait leur choix, et d'autre part… Il y a quelques jours, le New York Times a publié un commentaire intitulé "C'est Mitt? Oh non!" (It's Mitt! Oh No!). Le fait est que le parti, et avec lui presque la moitié de la population américaine politiquement active, comptait sur un redémarrage complet de l'idéologie républicaine dont l'image a été détériorée par l'administration de George W. Bush, y compris en termes de cadres. Et en voyant qu'il n'y a pas de meilleur candidat que Romney, cette frange de l'électorat a été déçue.

    Apparemment, aucun miracle ne s'est produit, et les affaires des républicains ne sont guère brillantes – ils n'ont personne de comparable à Ronald Reagan, qui est considéré aujourd'hui pratiquement comme un personnage mythique (on ne se souvient plus de ce qu'on disait de lui pendant sa présidence – c'est loin d'être un intellectuel, il dort beaucoup, etc.).

    Les femmes préfèrent Obama

    Mais revenons à l'étude très détaillée mentionnée précédemment et réalisée à la demande de deux géants médiatiques américains. Elle contient beaucoup de choses intéressantes. Pour commencer, à l'heure actuelle Obama est le favori évident, et il s'imposerait aujourd'hui face à Romney avec un score de 51-44% (5% hésitent encore). Toutefois, en 1988, George H. W. Bush a lancé sa campagne avec un immense retard pour finalement gagner à l'arrivée.

    En ce qui concerne les groups ethniques, 90% des afro-américains voteront pour Obama (après tout, c'est logique), mais on ignore ce qu'il en est du groupe nombreux et diversifié des latino-américains, considéré comme la réserve de Romney.

    Le point le plus faible d'Obama est l'économie. Pas besoin de sondages pour remarquer que le président est devenu triste, n'enflamme plus le public par ses discours et tente en vain de persuader les Américains que la situation s'arrange. Les électeurs n'apprécient pas la hausse des prix du carburant, le chômage et… l'incapacité d'Obama à sauter par-dessus les croche-pieds des républicains au Congrès, qui bloquent et rendent stériles toutes ses initiatives économiques.

    Et quant à son rival… Il s'est avéré que le beau gosse Romney ne plaisait pas beaucoup aux femmes. Et notamment aux femmes instruites, indépendamment de la couleur de leur peau. Elles préfèrent largement Obama. Comme, d'ailleurs, les électeurs de moins de 29 ans.

    Ce sont les hommes, notamment ceux qui n'ont pas fait d'études supérieures, qui sont loyaux envers Romney (ou si vous préférez, les conservateurs républicains). Pourquoi? Peut-être parce que dans la perception générale du président actuel, plus du double des interrogés considèrent Obama comme "amical et sympathique", ainsi que plus "exaltant" que Romney.

    En s'appuyant sur ces chiffres et les faits, cette histoire des femmes qui n'apprécient pas Romney est la plus éloquente. Il semblerait que dans leur conservatisme exacerbé les républicains se sont tiré une balle dans le pied, en disant (il s'agit de tous les prétendants, pas seulement de Romney) beaucoup de choses qui n'ont pas plu aux femmes.

    Les résultats similaires des sondages antérieurs ont déjà été analysés, et l'idée est simple: pendant les changements de la période post-Bush, l'idéologie républicaine est devenue trop masculine, tandis que les femmes préfèrent les idées des démocrates, par exemple l'aide aux enfants, aux personnes âgées et aux malades.

    Les Américains n'ont rien à voir avec les Japonais

    Les particularités de la situation américaine ne peuvent être bien comprises que vues de l'extérieur, et de préférence perçues par un Japonais. Mitsuyoshi Nishimura était diplomate, ambassadeur du Japon chargé de l'environnement, et en tant que tel a eu la chance d'observer les particularités de nombreux pays.

    Voici ce qu'il dit aujourd'hui au sujet de la campagne américaine: "Les peuples du Japon et des Etats-Unis ne peuvent pas avoir des valeurs identiques, il n'y a aucune raison à cela. Néanmoins, le Japon doit comprendre le sens du "combat de boxe" qui se déroule actuellement aux Etats-Unis, notamment lorsque la plus grande divergence idéologique des 120 dernières années risque de diviser le pays."

    Alors quel est ce sens de la course présidentielle? L'ambassadeur rappelle que les Etats-Unis ont toujours rejeté le collectivisme (si cher au cœur des Japonais, et pas seulement) et croyaient en l'autonomie de l'individu. Mais aujourd'hui, cette idéologie (et surtout ses résultats) a conduit à creuser aux Etats-Unis le fossé entre les pauvres et les riches, et les républicains réagissent à la situation de manière inappropriée. Pour être bref, l'observateur japonais voit dans les événements actuels le passage du conservatisme à l'extrémisme, le franchissement des frontières du raisonnable et de l'utile pour les conservateurs eux-mêmes. Or, évidemment, c'est une situation de crise.

    Et ajoutons que dans le contexte actuel la réélection d'Obama n'est pas garantie, de même que la gouvernance des démocrates pour toute la période pendant laquelle les républicains se remettront en question par la méthode des essais et des erreurs. A l'époque des "grandes divergences idéologiques" tout peut arriver.

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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