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Nouveau gouvernement russe: répartition des portefeuilles

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Le premier ministre russe Dmitri Medvedev avait annoncé son intention de remplacer les trois quarts des ministres lors de la formation du nouveau gouvernement, et il a tenu sa parole. Selon les experts, il s'agit d'un gouvernement de compromis et toutes les décisions clés seront prises non pas par Dmitri Medvedev mais par Vladimir Poutine.

Le premier ministre russe Dmitri Medvedev avait annoncé son intention de remplacer les trois quarts des ministres lors de la formation du nouveau gouvernement, et il a tenu sa parole. Selon les experts, il s'agit d'un gouvernement de compromis et toutes les décisions clés seront prises non pas par Dmitri Medvedev mais par Vladimir Poutine.

Le cabinet formé le 21 mai est un gouvernement de compromis et il serait vain de s'attendre à des réformes d'envergure de sa part, a déclaré Alexeï Makarkine, vice-président du Centre des technologies politique, dans un entretien accordé à RIA Novosti.

"Il n'a rien à voir avec le cabinet Gaïdar (le premier gouvernement russe formé en automne 1991 - ndlr) dont la mission était claire: mettre en œuvre des réformes et partir ensuite, déclare Igor Bounine, président du Centre des technologies politiques. Ce n'est pas non plus un gouvernement "technique", à l'instar de ceux dirigés par les premiers ministres Viktor Zoubkov et Mikhaïl Fradkov [dans la seconde moitié des années 2000]. Et c'est un gouvernement plus dépendant vis-à-vis du président que le cabinet Kassianov (2000-2004 - ndlr).

Les jeux des influences

Le nouveau cabinet comprend des personnes proches du premier ministre et des personnes proches du président, ainsi que des fonctionnaires sans relations privilégiées avec l'un ou l'autre: il s'agit de professionnels loyaux, déclarent les experts. Certains d'entre eux sont d'anciens vice-ministres promus, à savoir Veronika Skvortsova, Maxim Topilin, Denis Mantourov, Dmitri Livanov, Sergueï Donskoï et Alexandre Novak. "Leur avantage est de ne pas avoir besoin de s'adapter aux particularités de la fonction publique: ils connaissent bien les mécanismes de fonctionnement des ministères", explique M. Makarkine.

Les ministres des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, de la Défense Anatoli Serdioukov, des Finances Anton Silouanov, et du Développement économique Andreï Belooussov appartiendraient, selon les politologues, au camp de Vladimir Poutine. "Poutine a conservé la haute main sur le ministère de la Défense, sur les départements chargés de la sécurité et du maintien de l'ordre, ainsi que sur les structures économiques du gouvernement, estime Igor Bounine. Ces personnes permettent au président de contrôler de l'intérieur la prise des décisions cruciales par le gouvernement, notamment dans le domaine économique."

Dmitri Medvedev a remporté à son tour une victoire dans la guerre bureaucratique: il a obtenu la nomination de Vladislav Sourkov au poste de directeur du cabinet du premier ministre.

"L'influence des premiers ministres russes se mesure à leur aptitude à obtenir la nomination de leurs hommes de confiance au poste de directeur de cabinet, déclare Alexeï Makarkine. Les premiers ministres Mikhaïl Fradkov et Viktor Zoubkov n'ont pas eu cette possibilité, et ont donc été des chefs de cabinet "techniques". Dmitri Medvedev montre actuellement qu'il est un homme politique."

Un autre succès de Dmitri Medvedev, selon les politologues, est la nomination d'Arkadi Dvorkovitch au poste de vice-premier ministre responsable des questions économiques. "Dvorkovitch a été investi de très vastes compétences. Il sera à la fois en charge de l'industrie et de l'énergie. Auparavant ces questions étaient l'apanage de plusieurs fonctionnaires, notamment d'Igor Setchine", affirme M. Makarkine.

Les ministères économiques sous la coupe des experts

Selon les experts, les nouveaux ministres des Finances et du Développement économique poursuivront la politique actuelle et les réformes engagées.

Le ministre des Finances, Anton Silouanov, a été à juste titre reconfirmé dans ses fonctions, déclarent les experts. Non seulement c'est un professionnel, mais il a possède également l'expérience des relations interbudgétaires et de la gestion des finances régionales, or l'une des tâches cruciales est aujourd'hui de réorganiser la répartition des compétences à tous les niveaux de gestion de l'Etat et de trouver des sources de revenus pour les budgets municipaux", déclare Nikita Maslennikov, conseiller de l'Institut du développement moderne.

Le nouveau ministre du Développement économique, Andreï Belooussov, est un fonctionnaire compétent et prêt à exercer des fonctions ministérielles. Les représentants des milieux d'affaires espèrent qu'il mènera une politique industrielle active.

Cependant, Dmitri Orlov, directeur de l'Agence des communications politiques et économiques, affirme que le développement économique de la Russie sera désormais déterminé par des experts, certes hautement qualifiés mais dénués d'expérience pratique. Belooussov et Dvorkovitch sont tous les deux issus de ce milieu. "Nous nous retrouvons avec une économie gérée par des experts à tous les niveaux, et ce n'est pas forcément un point fort, estime M. Orlov. Je m'attendais à ce qu'au moins un membre du bloc économique du gouvernement soit plutôt lié à la gestion pratique de la fonction publique ou des secteurs industriels."

Selon l'expert, l'expérience d'Elvira Nabioullina, ex-ministre du Développement économique, reste extrêmement sollicitée. "Nabioullina, ainsi que l'ex-ministre de la Santé et du Développement social, Tatiana Golikova, exerceront, ne serait-ce que dans un premier temps, une influence considérable sur le fonctionnement du gouvernement en contribuant à l'efficacité de sa gestion au quotidien, explique M. Orlov. Dvorkovitch et Belooussov, deux hommes compétents, érudits et énergiques, ne disposent d'aucune expérience administrative ou de gestion de secteurs industriels, et c'est un problème majeur."

Les ministres qui devaient partir

En ce qui concerne les ministères chargés du secteur social, la nécessité de remplacer les deux ministres les moins appréciés de la population russe, à savoir Andreï Foursenko (ex-ministre de l'Éducation et de la Science) et Tatiana Golikova (ex-ministre de la Santé et du Développement social), était depuis longtemps évoquée par la société. Cette décision attendue a enfin été prise, et ces deux ministres ont été remplacés par trois personnes, car le Ministère de la Santé et du Développement social vient d'être scindé en deux départements.

A partir d'aujourd'hui, les fonctions de ministre de l'Éducation et de la Science seront exercées par Dmitri Livanov, recteur de l'Institut de l'acier et des alliages de Moscou, physicien et juriste de formation.

Le nouveau ministre a une solide expérience de la gestion dans le secteur de l'éducation. Auparavant, il a été pendant un an et demi l'adjoint du ministre Andreï Foursenko en charge des projets de loi liés à la science et à l'éducation, a expliqué à RIA Novosti Irina Abankina, directrice de l'Institut du développement de l'éducation du Haut collège d'économie.

Selon l'experte, Dmitri Livanov a réalisé des projets importants en tant que recteur de l'Institut de l'acier et des alliages et a réussi à faire octroyer à son école le statut d'Université de recherche nationale. Livanov a imprimé une nouvelle trajectoire au développement de son école en promouvant de nouveaux axes et des technologies modernes.

Le nouveau ministre sera avant tout chargé de la réforme des formations à vocation professionnelle visant à améliorer leur compétitivité au niveau international, estime l'experte.

"Dmitri Livanov est relativement jeune, il a 45 ans, pourtant il bénéficie d'une autorité reconnue: récemment il a été élu président du Conseil des recteurs. J'estime qu'il s'agit d'une promotion importante pour un homme parfaitement capable de diriger le secteur russe de l'éducation", souligne Irina Abankina.

Le ministère de la Santé et du Développement social vient d'être divisé en deux organismes: le ministère du Travail et du Développement social dirigé par Maxim Topilin, ex-adjoint de la ministre Tatiana Golikova, et le ministère de la Santé qui sera placé sous la direction de Veronika Skvotskova, également ex-adjointe de M. Golikova.

Alexandre Baranov, vice-président de la Chambre médicale nationale et président de l'Union russe des pédiatres, a salué cette dernière nomination. Selon M. Baranov, Veronika Skvortsova est une experte du secteur de la médecine et spécialiste des problèmes de la santé, elle est membre correspondante de l'Académie des sciences médicales de Russie, et elle a également acquis une vaste expérience en tant que vice-ministre.

"J'attache une grande importance au fait que la nouvelle ministre est à la tête de l'une des branches cruciales de la médecine d'aujourd'hui, à savoir le traitement des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Sous sa direction, un service médical à cet effet a pratiquement été mis en place en Russie. Certes, son énergie et son opiniâtreté dans promotion de nouvelles technologies dans le domaine de la santé seront sollicitées", estime l'expert qui espère également qu'à son poste de ministre Veronika Skvortsova continuera à améliorer les contacts entre le ministère et la communauté des professionnels de santé.

"Elle a pris une part active au récent Forum russe des employés du secteur médical. Cela signifie que la voix des associations professionnelles et de la société civile sera entendue par la nouvelle ministre", souligne Alexandre Baranov.

Les ministères chargés de la sécurité au garde-à-vous

Les ministères de la sécurité et de l'ordre ont été très peu touchés par les derniers changements au sein du cabinet. Les ministres compétents forment un groupe à part qui requiert une approche personnalisée que l'on qualifie en Russie de "gestion manuelle." Ainsi, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, que l'on pourrait avec certaines réserves ranger dans cette catégorie, est resté à son poste comme prévu. En revanche, tout le monde s'attendait au départ de Rachid Nourgaliev, ministre de l'Intérieur, et les attentes n'ont pas été déçues. Toutefois, on croyait que Nourgaliev, issu des structures du KGB, serait remplacé par un membre de cette même organisation, notamment par Viktor Ivanov, directeur du Service fédéral russe pour le contrôle des stupéfiants (FSKN). Toutefois, ce poste est échu à Vladimir Kolokoltsev, chef de la police municipale de Moscou.

Parmi d'autres policiers haut placés, Kolokoltsev a été personnellement confronté aux manifestations de Moscou de 2010-2012. De ce fait, d'une part, il possède une expérience importante du dialogue avec l'opinion publique en colère (c'est un avantage dans le contexte de l'image plutôt ternie du ministère de l'Intérieur aux yeux de la population). D'autre part, il a une idée assez précise de la "politique moderne de la rue".

Par ailleurs, Vladimir Kolokoltsev est connu pour être exigeant envers ses collaborateurs et par son amour des décisions radicales dans la gestion des ressources humaines, il l'a notamment montré en 2009 en limogeant de nombreux policier haut placés de la ville de Moscou dont les subordonnés avaient commis des infractions retentissantes.

En revanche, tous les autres ministres en charge de l'armée et de la sécurité sont restés à leurs places. L'intrigue clé, à savoir l'avenir du ministre de la Défense Anatoli Serdioukov, s'est conclu par la reconduction du fonctionnaire dans ses fonctions.

La politique de M. Serdioukov à la tête du ministère de la Défense a souvent été violemment controversée: le diktat de son équipe joint à une ligne souvent incohérente dans la mise en œuvre de la réforme radicale de l'armée irritait aussi bien les militaires que les capitaines de l'industrie russe de défense.

Dans le même temps, la reconduction du ministre de la Défense dans ses fonctions est un message clair de soutien de ses efforts réformateurs de la part du président Poutine. Cela veut dire que l'équipe du ministre Serdioukov poursuivra son travail malgré tout.

Le ministère des Situations d'urgence ne connaîtra certainement pas non plus de changements brusques: après le départ de l'indéboulonnable Sergueï Choïgou nommé gouverneur de la région de Moscou, il a été remplacé par son premier adjoint, Vladimir Poutchkov. Ce dernier n'est pas le seul vice-ministre à être promu ministre dans le nouveau cabinet, aussi peut-on parler du maintien d'une certaine cohésion au sein des structures gouvernementales dans un contexte de changement de cadres. Par ailleurs, Sergueï Choïgou nommé à son poste dès avant l'effondrement de l'URSS devait partir tôt ou tard.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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