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    Le russe en Ukraine, Timochenko, l'Euro 2012: le diabolique écheveau

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    Une nouvelle échauffourée au parlement ukrainien s'est conclue par le blocage de la tribune.

    Une nouvelle échauffourée au parlement ukrainien s'est conclue par le blocage de la tribune. L'une des précédentes actions de ce genre, tout aussi importante et agressive, organisée par le Parti des régions, actuel parti au pouvoir, avait paralysé le parlement. A l'époque, en avril 2008, le gouvernement ukrainien (le président Viktor Iouchtchenko, la première ministre Ioulia Timochenko et le président du parlement Arseni Iatseniouk) avait signé, en contournement du parlement, un appel à l'Otan contenant la demande d'octroi à l'Ukraine de statut de candidate à l'alliance. Et le Parti des régions, conjointement avec les communistes, a alors bloqué la tribune parlementaire au point que cette institution a cessé de fonctionner jusqu'à l'automne.

    Les choses semblent s'être inversées: l'ancien leader de l'opposition, Viktor Ianoukovitch, est désormais président de la république, l'ex-président Viktor Iouchtchenko "cultive son jardin", Ioulia Timochenko est détenue dans une prison de Kharkov, et Arseni Iatseniouk revendique les lauriers de chef de fil de l'opposition en Ukraine. Mais en réalité, tous ces changements dissimulent les contradictions internes de la politique ukrainienne. Or, cette dernière reste immuable: l'image diffusée par la télévision est uniquement destinée à l'électorat, alors que les principales causes des conflits et des démarches sont enfouies très profondément, tout comme quatre ans auparavant. Ainsi, avant d'évoquer les problèmes de la langue russe en Ukraine, il serait logique de commencer par le sort de Ioulia Timochenko.

    Une publicité néfaste pour Kiev

    De derrière les barreaux de sa cellule de Kharkov, l'ex-première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko a porté un grand préjudice non seulement à l'image du gouvernement actuel mais, ce qui est tout aussi important, aux projets politiques et économiques des autorités. Globalement, elle a complètement privé de sens l'Euro 2012 aux yeux de l'élite ukrainienne. Ce n'est pas par hasard que l'on affirme en Europe que le football européen c'est avant tout de la politique. Dans les locaux conviviaux des tribunes VIP des stades ukrainiens, il était prévu de discuter des questions clé qui préoccupent l'Ukraine, à savoir son adhésion à l'Union européenne et les investissements, et il était en général prévu d'exhiber le côté avantageux de l'Ukraine en tant que pays démocratique et civilisé avec lequel les politiques européens peuvent avoir affaire. Et cela aurait fait gagner des points supplémentaires au gouvernement ukrainien à la veille des élections législatives de l'automne prochain.

    Et même si l'Euro 2012 ne commence que dans près de deux semaines, il est déjà clair que ce plan est voué à l'échec. On vient d'apprendre que les principaux politiques européens, ainsi que pratiquement tous les ministres des Affaires étrangères de l'UE (et, par conséquent, tous les hauts fonctionnaires subalternes) ont déclaré qu'ils ne feraient pas le voyage de la Coupe de l'Europe de football. Ils protestent ainsi contre le récent placement derrière les barreaux de l'ex-première ministre ukrainienne. Cela ne se fait pas en Europe. Par ailleurs, les partisans de la prisonnière déclarent que Ioulia Timochenko a été condamnée pour des raisons politiques, à force d'être la principale opposante du gouvernement en exercice.

    Certes, les Européens n'examinent pas vraiment le dossier Timochenko et ne connaissent pas le verdict qui ne la condamne pas pour ses contrats "gaziers" conclus avec la Russie mais pour une contrefaçon de documents pure et simple. Rappelons que le contrat de livraison de gaz, toujours en vigueur entre le russe Gazprom et l'ukrainien Naftogaz, n'avait pas été signé par les premiers ministres russe et ukrainien de l'époque (Vladimir Poutine et Ioulia Timochenko) mais par les présidents des deux entreprises énergétiques (Alexeï Miller et Oleg Doubina). Mais avant de signer le contrat, le président de Naftogaz de l'époque, Oleg Doubina, avait exigé de Timochenko une consigne écrite du cabinet des ministres. Et Timochenko lui a effectivement remis ce document, manifestement fabriqué directement à Moscou à l'aide d'une imprimante de l'ambassade. Il s'est avéré après que le gouvernement de Timochenko n'avait jamais avalisé la signature du contrat. Et le gouvernement actuel de l'Ukraine affirme que Timochenko n'est pas coupable d'avoir signé des contrats désavantageux pour l'Ukraine mais d'avoir contrefait des documents…

    Et la Russie dans tout cela?

    "Les Russes sont les grands gagnants de l'affaire, déclare un fonctionnaire haut place du cabinet du président ukrainien. Maintenant que l'Europe a tourné le dos à l'Ukraine, le président [Ianoukovitch] n'a qu'une seule voie, celle du nord-est, menant à la Russie…"

    Les relations entre l'Ukraine et son voisin principal, la Russie, sont une question à part. Mais dans le cadre de l'affaire Timochenko la Russie n'a pas vraiment réalisé de gros bénéfices. Quoi qu'il en soit, l'histoire du contrat signé de manière relativement malhonnête, ternit la réputation du gouvernement russe. Certes, tout a été fait correctement du point de vue du droit international. Mais ce dernier n'a pas seulement la lettre mais également un esprit particulier. Ainsi, il aurait mieux valu que Timochenko ne soit pas emprisonnée à Kharkov pour cet accord. C'est assez gênant et pas très européen: le contrat reste en vigueur, alors que Timochenko est en prison.

    L'affaire Timochenko a d'ailleurs une autre particularité importante que les politiques ukrainiens essayent d'éluder. On pouvait évidemment condamner Timochenko, mais pourquoi la jeter en prison? Une femme de plus de 50 ans s'est retrouvée dans un centre de rééducation par le travail où cette ancienne idole de millions de contestataires devait revêtir la salopette d'ouvrière en confection et conduire une machine-outil. Une condamnation avec sursis aurait largement suffit pour l'empêcher de participer aux prochaines élections de l'automne 2012. Et le parti au pouvoir avait cette possibilité: le parlement examinait un projet de loi dépénalisant les paragraphes pour lesquelles l'ex-première ministre avait été condamnée, mais la majorité justement détenue par le Pari des régions l'a rejeté. Ainsi cette occasion a été ratée.

    Une tempête dans un verre d''eau parlementaire

    On considère officieusement que le parlement n'a pas profité de l'occasion mentionnée ci-dessus car la condamnation de Timochenko à la prison ferme constitue la coupe sous laquelle l'équipe du président ukrainien tient… son patron. Dans les conditions actuelles, le président affaibli se voit bon gré mal gré dans la nécessité de chercher un soutien, de louvoyer et de prêter l'oreille à des opinions alternatives.

    Or, ce ne sont pas les opinions qui manquent au sein de l'équipe présidentielle. En tout cas on sait que le "choix européen" de l'Ukraine paraît préférable à la "voie asiatique" à beaucoup de camarades d'armes de Viktor Ianoukovitch. Quant à l'élite financière du pays, elle est majoritairement axée sur l'Occident, à la fois en termes d'affaires et de mentalité.

    Ainsi, le rapprochement qui s'est profilé entre l'Ukraine et la Russie, ne constitue pas du tout le scénario escompté par certains membres de l'équipe de Ianoukovitch.

    C'est là que la question de statut de la langue russe en Ukraine est entrée en jeu. Ce n'est pas le fond du projet de loi débattu depuis deux jours qui compte, mais le moment de son apparition sur la scène politique.

    Tout au début de son mandat, Viktor Ianoukovitch déclarait déjà que son parti ne disposait pas du nombre suffisant de voix au parlement afin de régler le problème du statut de la langue russe. Qu'est-ce qui a changé depuis? A-t-il acquis des voix supplémentaires? Qui plus est, il est doublement inconséquent de soulever la question de statut de la langue russe en tant que langue régionale dans le contexte de la campagne législative qui a, en fait, démarré dans le pays. Non seulement le parti au pouvoir n'a pas les voix nécessaires, mais il donne à l'opposition ukrainienne, ouvertement pro-occidentale, un nouvel atout, de nature purement nationaliste, pour sa campagne électorale.

    Dans ce sens, la présentation totalement inappropriée d'un projet de loi sur le statut de la langue russe au parlement ukrainien est une sorte de réaction de la fraction pro-occidentale de l'équipe présidentielle. "Vous [monsieur le président] tournez vos regards vers la Russie, or le parlement s'y oppose." Et il ne s'oppose pas seulement à la Russie (ce ne serait pas tellement dramatique pour l'Ukraine) mais il brave le président lui-même.

    C'est par une tempête similaire dans un "verre d''eau parlementaire" qu'a commencé quatre ans auparavant la chute de Viktor Iouchtchenko qui a culminé dans son résultat infinitésimal à la dernière élection présidentielle (5%). C'est ce que l'on cherche probablement à rappeler à Viktor Ianoukovitch. Et la tentative émanerait à la fois de ses adversaires et de ses "partenaires jurés" au sein de son parti.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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