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Les sous-marins pour Israël causent un scandale en Allemagne

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La presse allemande a fait éclater au grand jour une histoire sensationnelle: il s'est avéré que l'Allemagne livrait à Israël des sous-marins capables de lancer des missiles nucléaires. Ce scandale retentissant a déjà attiré l'attention des députés du Bundestag.

La presse allemande a fait éclater au grand jour une histoire sensationnelle: il s'est avéré que l'Allemagne livrait à Israël des sous-marins capables de lancer des missiles nucléaires. Ce scandale retentissant a déjà attiré l'attention des députés du Bundestag. L'histoire qui semblait uniquement intéresser l'opinion publique allemande pourrait exercer un impact extrêmement négatif sur la situation au Proche- et au Moyen-Orient.

Un scoop nucléaire dans un ciel serein


Les journalistes allemands ont ouvert les yeux de l'opinion publique sur les particularités de la coopération militaire et technique entre l'Allemagne et Israël. Selon le magazine Der Spiegel, le gouvernement allemand livre à Israël des sous-marins du type Dolphin capables d'être équipés avec des armes nucléaires.

La une du magazine représentant la chancelière fédérale Angela Merkel avec un sous-marin en toile de fond est manifestement destinée à ne laisser aucun doute sur la protagoniste du scandale.

La publication de l'article est apparemment liée à la remise le 3 mai 2012 à la marine israélienne du sous-marin Tanin, quatrième sous-marin diesel-électrique du type Dolphin. Les trois autres avait été reçus par Israël en 1999 et en 2000.

Selon Der Spiegel, les sous-marins de ce type peuvent être équipés avec des missiles de croisière nucléaires de longue portée. Rappelons qu'Israël n'a jamais reconnu officiellement qu'il possédait des armes atomiques mais les experts militaires qualifient l'Etat hébreu de puissance nucléaire de facto au moins depuis le début des années 1970.

Après avoir pris connaissance des révélations sensationnelles des journalistes allemands, on pourrait se sentir perplexe, toutefois moins par la monstruosité de l'entente cynique du gouvernement de Berlin avec la machine de guerre israélienne que par le lien entre le scoop, le moment et le lieu de sa publication. Que se passe-t-il donc

Un scoop tout frais sentant la naphtaline

L'histoire de la conception par Israël d'un missile nucléaire de longue portée lancé à partir d'un sous-marin remonte au milieu des années 1990. Après que la Maison blanche dirigée par Bill Clinton avait fait comprendre que les Etats-Unis ne fourniraient pas à Israël de missiles de croisière de longue portée Tomahawk (sous le prétexte traditionnel de ne pas vouloir déstabiliser la région), l'Etat hébreu a procédé à la conception de ses propres missiles de ce type.

Le système, dont le nom de code serait, selon certaines sources, Popeye Turbo SLCM (Submarine-launched Cruise Missile), a été créé sur la base du missile de croisière air-sol Popeye (connu également des experts américains en tant que AGM-142). Sa principale particularité, hormis le lancement à partir d'un sous-marin, a été une portée augmentée par rapport à la version Popeye II, à savoir 900 milles marins au lieu de 200.

Toutefois, le premier tir d'essai visant à établir la portée maximale du missile a eu lieu dès 2000 dans l'océan Indien (depuis des sous-marins du même type Dolphin que ceux qui viennent d'être livrés à la marine israélienne). Et c'est à cette époque que remontent les soupçons selon lesquels ces missiles étaient destinés à devenir des vecteurs d'ogives nucléaires.

Il est difficile de comprendre pourquoi les yeux de l'opinion publique allemande ne se sont dessillés que douze ans plus tard. On peut seulement émettre des hypothèses et réfléchir aux éventuelles conséquences de ce phénomène.

Les pots allemands cassés dans la cuisine proche-orientale

Chaque épisode composant cette histoire est clair et décrit depuis longtemps. La seule question est de savoir ce qui est à l'origine de la réanimation aujourd'hui d'un sujet antédiluvien lié à l'armement nucléaire israélien.

Aucune raison apparente ne peut être retracée pour expliquer la dynamisation des attaques contre la coopération militaire et technique entre l'Allemagne et Israël. Certes, cette année leur coopération dans le domaine des sous-marins a cessé d'être au point mort. Après des années au cours desquelles les parties négociaient intensément et que Berlin avançait des revendications politiques concernant les territoires palestiniens (largement ignorées par Israël), l'Etat hébreu a fini en mars 2012 par commander un nouveau, le sixième du nombre, sous-marin du type Dolphin.

Il est à noter que la publication dans Der Spiegel (connu pour ses relations étroites et de longe date avec la gauche allemande) a été instantanément reprise par l'opposition de centre-gauche au parlement, à savoir par les sociaux-démocrates et les Verts. Les deux ont crié au scandale en accusant pratiquement leur gouvernement allemand de fournir des armes nucléaires à Israël.

Le Chancellerie fédérale allemande a réagi à ces insinuations de manière relativement irritée ce qui n'a fait qu'attiser le feu. Le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert a déclaré qu'au moment de la remise à l'armée israélienne, les sous-marins n'étaient pas équipés d'armes nucléaires. Et que les équipements installés par la suite ne concernaient pas le gouvernement allemand. Et que l'Allemagne se sentait en général particulièrement concernée par la sécurité de l'Etat hébreu.

Au final, on a une impression tenace qu'il s'agit d'une histoire qui ne concerne que la politique intérieure allemande: l'opposition a tenté de s'attaquer une nouvelle fois à la coalition de centre-droit au pouvoir réunissant les démocrates-chrétiens et les libéraux-démocrates dans un contexte d'élections fédérales qui s'approchent (elles auront lieu en automne 2013).

Rappelons que pas plus tard que trois semaines auparavant, la coalition au pouvoir a été battu à plate couture aux élections régionales anticipées en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L'histoire a été tellement désagréable et inattendue que la chancelière Angela Merkel a remercié sans autre forme de procès le ministre fédéral de l'Environnement Norbert Röttgen, tête de liste des démocrates-chrétiens aux élections régionales.

Il est très probable qu'enhardie par ce succès impressionnant, l'opposition a décidé de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Certes, les moyens avec lesquelles le centre-gauche attaque le gouvernement Merkel pourraient paraître douteux à certains.

Et on ignore complètement comment l'orage médiatique qui a éclaté en mai en Allemagne et au cours duquel ont été évoqué les mots clé "Israël" et "armement nucléaire" se répercutera sur la situation au Proche-Orient. Or, cette dernière n'incite pas souvent ces derniers mois les observateurs à utiliser à tout bout de champ les termes de "stabilisation" et de "prospérité".


L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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