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    Le Requin noir ou le vol interrompu

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    Le 17 juin 1982, le pilote d'essai Nikolaï Bezdetnov a fait décoller le premier modèle de l'hélicoptère du projet V-80, connu aujourd'hui sous le nom de Ka-50 Black Shark (Requin Noir). L'histoire de l'aviation d'hélicoptère ne connaît pas d'engin à la fois aussi insolite et au destin aussi malchanceux.

    Le 17 juin 1982, le pilote d'essai Nikolaï Bezdetnov a fait décoller le premier modèle de l'hélicoptère du projet V-80, connu aujourd'hui sous le nom de Ka-50 Black Shark (Requin Noir). L'histoire de l'aviation d'hélicoptère ne connaît pas d'engin à la fois aussi insolite et au destin aussi malchanceux.

    Cet hélicoptère de combat qui n'a pas d'analogue dans le monde, dont la création a été accompagnée par une série d'échecs dramatiques, est resté au stade d'appareil semi-expérimental qui n'a jamais été produit en série.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La réponse soviétique à l'Apache

    A la fin des années 70, l'armée américaine a commencé à recevoir le nouvel hélicoptère d'attaque AH-64 Apache (de la compagnie Hughes Helicopters). Ensuite, le commandement militaire et politique de l'URSS a pris conscience que le principal hélicoptère en dotation dans l'armée soviétique, le Mi-24 d'attaque, mais avant tout appareil de transport et de combat (il accueille jusqu'à 8 personnes) n'avait pas suffisamment d'efficacité offensive par rapport à l'engin américain. Il a été ordonné de surpasser l'Apache.

    Les éternels concurrents, les bureaux d'études Kamov et Mil, ont commencé à élaborer leurs versions d'un hélicoptère de combat de nouvelle génération, dont la principale tâche devait être l'élimination du matériel blindé lourd de l'ennemi sur le champ de bataille. Il convient de noter qu'en 1966 le projet de Kamov d'hélicoptère d'attaque au sol Ka-25F, conçu à partir de la version navale du Ka-25, s'est incliné face au "modèle 240" du bureau Mil, qui est devenu par la suite le fameux Mi-24.

    L'hélicoptère au "bras long"

    A partir de janvier 1977, les travaux de création du nouvel hélicoptère étaient dirigés par le constructeur en chef, puis constructeur général du bureau Kamov, Sergueï Mikheev.

    Le bureau Kamov a présenté l'hélicoptère monoplace V-80 avec un schéma inédit de rotor coaxial (contrarotatif), système qui a connu un grand succès sur les versions terrestres des modèles navals, devenus la carte de visite du bureau Kamov. Ce même système coaxial, lorsque deux rotors principaux se trouvent l'un au-dessus de l'autre pour faire l'économie du rotor anticouple (de queue), était le principal objet des critiques du projet – le contact possible des hélices pendant une manœuvre dangereuse conduirait inévitablement au crash. Le deuxième argument des critiques était la présence d'une seule place à bord – en l'absence du navigateur le pilote est incapable de contrôler la situation sur le champ de bataille.

    Néanmoins, le rotor contrarotatif offrait de nombreux avantages. L'absence de rotor anticouple a réduit la perte de puissance et a augmenté d'un tiers la poussée de l'appareil en offrant une altitude maximale de vol stationnaire plus élevée et une plus grande vitesse ascensionnelle, ainsi qu'une meilleure durée de vie, car la destruction du rotor anticouple par l'ennemi était la principale cause des pertes lors des batailles d'hélicoptères dans les conflits locaux de la guerre froide.

    Un appareil monoplace de moindre taille est plus furtif aussi bien à l'œil nu que pour les radars ennemis, et il est plus manœuvrable. L'absence du navigateur devait être compensée par l'automatisation maximale du processus de recherche et de suivi de la cible. De plus, le nouvel hélicoptère était appelé à agir à faible altitude, entre 5 et 50 mètres, afin de "leurrer", les systèmes de défense antiaérienne de l'ennemi, or le navigateur n'est pas indispensable à une telle altitude.

    Le système d'armements de l'hélicoptère V-80 était basé sur le principe du "bras long", autrement dit, sa portée était supérieure aux systèmes de défense sol-air de l'ennemi.
    Les missiles antichars à guidage laser 9A4172 Vikhr (développé par le bureau de Toula) sont l'arme principale de l'hélicoptère.

    Il est à noter que système à visée automatique Chkval (usine Zenith de Krasnogorsk) était conçu à la fois pour le V-80 et le chasseur d'assaut Su-25T. Le système de visée, de pilotage et de navigation Rubikon a combiné le canal laser de jour avec celui d'imagerie thermique de nuit.

    Au lieu de canon traditionnel de 30mm, l'hélicoptère a été doté du canon 2A42, utilisé sur les véhicules de combat d'infanterie et de débarquement.

    L'hélicoptère a reçu un blindage puissant – plus de 300 kg de plaques d'aluminium et d'acier rien que pour le pilote et le système d'éjection.

    Le Requin noir et l'Alligator

    En 1984 ont commencé les essais comparatifs nationaux du V-80 et de l'hélicoptère de combat biplace Mi-28, présenté par le bureau Mil. Et fin 1985 le ministère de la Défense a opté pour le V-80, qui a été reconnu comme principal futur hélicoptère de combat de l'armée soviétique.
    La production de la première série a commencé par 12 hélicoptères, qui ont été officiellement baptisés Ka-50, sur le chantier Progress d'Arseniev (Primorie) en 1990.

    En 1993, le Ka-50 est devenu une star du cinéma après la sortie sur les écrans du film d'aventure Requin noir. C'est sous ce nom qu'il est aujourd'hui connu dans le monde entier. L'hélicoptère est devenu un habitué des salons internationaux de l'aéronautique. Le 28 août 1995, l'hélicoptère Ka-50 a été mis en service dans l'armée russe par décret présidentiel.

    Cet engin avait un grand avenir devant lui, mais la réduction considérable du budget militaire russe dans les années 90 y a mis une croix. Le ministère russe de la Défense a dû renoncer à l'achat prévu de plusieurs centaines de Requins noirs.

    Au total, 14 Requins noirs ont été fabriqués, dont deux se sont crashés pendant les essais.
    Le 3 avril 1985, le pilote d'essai Evgueni Lariouchine s'est tué pendant la présentation du nouvel appareil à Matchoulichtchy (Biélorussie). Le 17 juin 1998, le général Boris Vorobiev, chef du Centre d'application de l'aviation militaire (Torjok, région de Tver) est décédé pendant les essais du Ka-50. Dans les deux cas, le crash a été provoqué par le contact entre les rotors principaux.

    Le "chant du cygne" du Ka-50 était la deuxième guerre tchétchène. Entre décembre 2000 et février 2001 le groupe d'assaut de deux Ka-50 et d'un hélicoptère de reconnaissance Ka-29 ont accompli avec succès plusieurs missions.


    Mais après de nombreuses années de "concours", son concurrent, l'hélicoptère d'attaque
    Mi-28N chasseur nocturne a eu le dernier mot. Il a été mis en service dans l'armée à partir du 15 octobre 2009 et le nombre de fournitures des "Chasseurs" augmente chaque année. Pour 2015, l'aviation militaire devrait avoir 97 appareils de ce type, et au total il est prévu d'acquérir plus de 300 Mi-28N.

    Cependant, toutes les avancées techniques uniques du Requin noir n'ont pas été inutiles et ont été utilisées pour la conception de son successeur – l'hélicoptère de combat biplace Ka-52 Alligator.

    Le holding Hélicoptères de Russie et le ministère russe de la Défense ont signé en août 2011 un accord pour l'achat de 140 Alligators.

    Caractéristiques techniques de l'hélicoptère Ka-50:

    Longueur du fuselage – 14,21 m

    Hauteur – 4,93 m

    Diamètre des rotors principaux – 14,50 m

    Envergure – 7,44 m

    Masse maximale au décollage – 10.800 kg

    Charge utile - 2800kg

    Deux moteurs TV3-117VMA, puissance en régime de décollage – 2.400 ch, en vol de croisière – 1.750 ch

    Vitesse de croisière – 270 km/h, maximale – 315 km/h

    Autonomie de vol-1160 km/h

    Plafond en vol stationnaire – 4.300 m

    Plafond opérationnel – 5.500 m

    Vitesse ascensionnelle – 30 m/s

    Armement:

    1 canon intégré de 30mm 2A42, avec 460 munitions

    Deux canons de 23mm UPK-23-250 extérieurs avec 500 munitions pour chacun

    Des missiles non guidés NAR S-13 (deux unités de cinq missiles chacune), NAR S-8 (4*20 missiles), le missile lourd non guidé S-24

    Des missiles antichars à guidage laser Vikhr (2-6 missiles), des missiles de haute précision
    H-25ML

    Des missiles air-air: Igla V (2*2 missiles) et R-73

    Bombes: FAB-500 (-250, -120, -100), KMGU-2, ZB-500, RBK-500 –250).




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