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    Alexandre Loukachenko n'est pas invité au JO de Londres

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    Jeux olympiques de Londres (152)
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    A deux jours de l'inauguration des Jeux Olympiques de Londres, le président du Comité olympique russe Alexandre Joukov a écrit sur sa page Twitter: "Alexandre Loukachenko n'a pas reçu l'accréditation du Comité d'organisation des Jeux Olympiques de Londres."

    A deux jours de l'inauguration des Jeux Olympiques de Londres, le président du Comité olympique russe Alexandre Joukov a écrit sur sa page Twitter: "Alexandre Loukachenko n'a pas reçu l'accréditation du Comité d'organisation des Jeux Olympiques de Londres." Toutefois, le comité lui-même n'a pas confirmé cette déclaration, faisant seulement remarquer que les invitations avaient été envoyées à tous les chefs d'Etat. Quant aux visas, c'est la prérogative du ministère britannique de l'Intérieur. A son tour, le ministère s'est refusé à tout commentaire.

    La vérité a été révélée quelques heures plus tard par le moyen le plus offensant pour Loukachenko, directement à Minsk. "Loukachenko est inscrit sur la liste des personnes interdites de séjour dans les pays de l'Union européenne, a déclaré la porte-parole de l'ambassade britannique à Minsk Inna Romachevskaïa. L'interdiction restera en vigueur pendant le déroulement des Jeux Olympiques"…

    A en juger par le final tardif de cette histoire, la Biélorussie a utilisé toutes les réserves de sa diplomatie contre Londres, mais de toute évidence le dirigeant biélorusse ne semblait pas croire au succès de ces démarches. En tout cas, presqu'un mois avant les Jeux Olympiques, le 3 juillet, pendant la célébration de la Journée de l'Indépendance biélorusse, il parlait des Jeux avec un dénigrement suspect. Il affirmait qu'aucune Olympiade ne pourrait être comparée au festival Bazar slave, qui avait ouvert ses portes le 12 juillet. Et pratiquement à la veille, en visitant Belaruskali, la grande entreprise de potasse et d'engrais, il a enfoncé le dernier clou en disant: "L'Olympiade, c'est de la saleté."

    Le communiqué de Londres n'a pas bouleversé la Biélorussie. Le pays n'a rien appris de nouveau sur son dirigeant, de même que Londres n'a aucunement contribué à l'enrichissement des relations qui se sont établies depuis longtemps entre Loukachenko et l'Union européenne qui refuse de l'accueillir. Tout simplement Loukachenko, selon les observateurs biélorusses, n'a pas réussi à parer l'attaque, ce qui arrive rarement dans les relations avec l'Europe, et une attaque très puissante.

    Peut-être même à l'endroit le plus sensible. L'athlète Loukachenko, le président sur des skis et des patins à glace, l'incarnation de la force et de la puissance, "plus vite, plus haut, plus loin!", aurait aimé donner la réponse aux personnes malveillantes qui cherchent le moindre prétexte pour remettre en doute l'indestructibilité du leader. Loukachenko, à la tête de la délégation de son pays à l'Olympiade, c'est l'un des sommets de son auto-affirmation, et pendant longtemps il a eu beaucoup de chance: pendant six ans, après Turin, les JO se déroulaient à Nagano, à Vancouver et à Pékin – loin de l'Europe inhospitalière. Le lendemain intéresse Loukachenko seulement lorsqu'il devient aujourd'hui, et il est convaincu depuis longtemps qu'il y survivra. Bien sûr, en dispersant la foule le 19 décembre 2010 (après l'élection présidentielle), il ne songeait pas au 27 juillet "olympique" 2012. Il n'y pensait pas non plus lorsque les coupables de l'attentat dans le métro de Minsk ont été fusillés. C'était contre ses règles que de lui rappeler ce qu'il a lui-même oublié avec le temps.

    Or, on le lui a rappelé.

    Evidemment, il s'en remettra. Mais selon le politologue biélorusse Alexandre Klaskovski, la somme de ces petites piqures, à défaut de devenir critique, commence progressivement à être interprétée en tant que telle, il commence à être nerveux, les élites se moquent de lui et racontent des blagues à son sujet, et tout lui tombe des mains. Les ours en peluche des avions suédois, Londres, et dans peu de temps la Fédération internationale de hockey qu'on essaye de persuader de priver Loukachenko de l'affaire de toute sa vie, le championnat du monde de 2014, risque de lui porter un sérieux coup.

    Malgré son assurance apparente, Loukachenko ne veut pas être un paria, estime Alexandre Klaskovski. Il était même franchement offensé de ne pas être accueilli en Europe, où Kadhafi plantait impunément sa tente. Serais-je pire que Kadhafi?, s'indignait-il avec une douleur sincère.

    Apparemment, les négociations entre la Biélorussie, d'une part, et Londres et l'Union européenne, d'autre part, ont duré jusqu'au dernier moment, ce qui signifie que Loukachenko avait un espoir: comme de coutume: l'Europe préférera une "paix fourrée". Que lui restait-il sachant qu'elle s'est retrouvée elle-même otage de son pacifisme. Après tout, après avoir un jour adopté des sanctions contre lui et les membres de sa nomenclature, l'Europe en est restée là pendant de nombreuses années.

    Comme si elle cherchait à apaiser sa conscience par le fait qu'il est inutile de renforcer la pression, que les sanctions ne fonctionnent pas, et que les maintenir ne serait qu'un signe de son impuissante indignation. D'autant plus que même si la pression sur les compagnies représentants le portefeuille du gouvernement, telles que Belneftekhim ou les entreprises de l'oligarque biélorusse Iouri Tchij, atteint Loukachenko, en Europe il y des gens hostiles à ces sanctions, car après tout les affaires sont les affaires.

    Dans l'ensemble, c'était comme l'une des règles du jeu: Loukachenko dépasse les bornes d'un centimètre, l'Europe tolère, puis Loukachenko va de plus en plus loin, en considérant sincèrement ses agissements comme inoffensifs. C'était également une partie du calcul de l'équilibre global, où ce centimètre s'inscrivait dans la configuration de la fraternité avec la Russie, afin qu'il n'y ait aucune rupture ou bouleversement sur l'axe est-ouest. C'était d'ailleurs la formule: avec Moscou, quel qu'il soit, on peut toujours s'entendre, parce qu'après tout ce sont les nôtres, et l'Europe devait le tolérer pour ne pas faire aggraver la situation, et elle subissait. Et on pouvait vivre ainsi, chose que Loukachenko faisait.

    Et voici aujourd'hui l'incident de Londres. Il s'avère que parfois même le gentleman le plus poli ne peut se refuser le plaisir de répondre à coup de revers, comme le fait généralement Loukachenko. Et ce, à l'endroit le plus sensible. De sorte que l'adversaire étouffe de douleur et de rancune. En risquant son éternelle pureté juridique. Et certainement en éprouvant du plaisir. En effet, l'Europe semble avoir lancé avec un certain soulagement: le mouvement olympique en dehors de la politique n'existe pas! Et il n'y a aucune honte à avoir, notamment si le mouvement olympique se trouve sous l'égide de Loukachenko en personne. Et c'est le plus plaisant dans l'affaire – pouvoir jouer cartes sur table avec Loukachenko.

    Et le prendre au dépourvu.

    Même si rien de spécial ne se soit produit. Les sanctions contre les entreprises de Iouri Tchij sont bien plus douloureuses pour le régime que cette histoire londonienne. Et le monde ne s'est pas effondré, et personne ne dira qu'il ne sera plus jamais tel qu'il était avant Londres. Il restera le même. Bien que les avis divergent sur la récupération du souffle de Loukachenko.

    Les optimistes pensent que désormais, forcé de débloquer les relations avec l'Europe qui a fait preuve de caractère, il relâchera les prisonniers politiques. Les réalistes précisent que même s'il le faisait, d'abord il mettrait quelqu'un d'autre en prison, pour éviter qu'on le soupçonne de faiblesse. Par exemple, en ce qui concerne l'affaire des ours en peluche. Par tradition, il doit tout de même tirer au moins une intrigue tactique des offenses qui lui ont infligées.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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