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    La guerre contre le terrorisme est perdue dès sa déclaration

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    Il serait plus juste de célébrer la journée de solidarité dans la lutte contre le terrorisme, instaurée en commémoration des victimes de Beslan, non pas le 3 septembre, lorsque tout s'est terminé, mais le 1er, lorsque l'assaut et l'issue semblaient encore impensables.

    Il serait plus juste de célébrer la journée de solidarité dans la lutte contre le terrorisme, instaurée en commémoration des victimes de Beslan, non pas le 3 septembre, lorsque tout s'est terminé, mais le 1er, lorsque l'assaut et l'issue semblaient encore impensables.

    Ce qui a marqué l'histoire à jamais à Beslan a commencé avant que les terroristes ne se dirigent dans sa direction. De même que la prise d'otage dans le théâtre de la Doubrovka a commencé avant que les camions avec les combattants de Movsar Baraïev ne traversent le périphérique de Moscou.

    Avantage pour les terroristes

    La guerre contre le terrorisme est perdue dès qu'elle commence. L'annonce même de cette guerre, l'appel à la vigilance et l'avertissement du danger sont un acte de reddition, car ni la vigilance, ni les services de renseignement ne pourront nous en protéger. Les analystes les plus perspicaces disposant du meilleur service de renseignement et capables de percer à jour tout complot, éliminer tout organisateur et désamorcer n'importe quelle bombe, échoueront un jour ou l'autre. Et le compte à rebours sera alors lancé à un autre endroit, avec une autre bombe, ou un autre kamikaze prendra un autre bus.

    Le terroriste a toujours une longueur d'avance – comme dans le jeu des "gendarmes et voleurs", les derniers ont toujours l'avantage. Et dans le cas du terrorisme, cet avantage est bien plus désespéré et meurtrier que dans toute autre histoire criminelle. Un crime peut être empêché. Mais pas un fléau. On ne peut que minimiser ses conséquences.

    Il est possible de combattre une entité dont la ressource (économique, humaine, idéologique, temporaire) est vulnérable ou peut au moins être épuisée. Mais le terrorisme ne connaît pas de problèmes de personnel, toute une nation pourrait le servir. Le terroriste aura toujours un motif, et ce motif sera toujours offensif. Le terrorisme peut prendre tout son temps, le temps travaille pour lui et contre ceux qui luttent contre le terrorisme.

    Le terrorisme est extrêmement bon marché. Les dépenses pour les attentats sont largement inférieures aux dépenses pour les prévenir, sans parler du coût de l'élimination des conséquences, et c'est tout à fait logique: l'antiterrorisme doit bloquer toutes les directions d'un éventuel attentat, alors que le terroriste ne vise que l'une d'entre elles.

    Parmi les dépenses engagées pour l'attentat à Boudennovsk ou à l'aéroport de Domodedovo, la majeure partie était certainement destinée à soudoyer les policiers, l'administration de l'aéroport, les services d'immigration et ainsi de suite.

    Le 11 septembre 2001 a été probablement l'attentat le plus coûteux de l'histoire du terrorisme. Mais qu'est-ce que ça représente à côté du Ground Zero et des interminables zéros dans le prix que les Etats-Unis ont dû payer?

    La guerre contre les chimères

    Jamais et nulle part encore le terrorisme n'a atteint l'objectif annoncé, mais cet objectif a toujours une alternative infaillible – il tue simplement des gens et plus personne ne s'intéresse à l'origine de tout cela. Et tout cela est objectif comme la trajectoire d'une météorite qui n'évitera pas la Terre, et le monde ne sait pas lutter contre des "Breiviks", cas les "Breiviks" font partie intégrante de ce monde.

    Après tout, c'est très cynique: le terroriste doit tuer le plus grand nombre possible de gens. Ceux qui luttent, par exemple, lors d'une opération pour sauver des otages, admettent dès le départ que tout le monde ne pourra pas être sauvé. Par conséquent, leur but est de faire en sorte que le terroriste tue le moins de monde possible. C'est une question de nombre de vies. Parce que pour le terroriste qui croit changer l'histoire ou au moins se venger du monde qu'il accuse d'avoir laissé une telle histoire se produire, la guerre est déjà gagnée, quel que soit le résultat de l'opération de sauvetage.

    La guerre contre le terrorisme est une guerre contre les chimères. Souvent, les raisons de ceux qui sont à l'origine de la vengeance et les raisons pour les autres d'avoir peur sont obsolètes, et ceux qui poursuivent leur "œuvre" sont incapables de remonter l'histoire lointaine. Et la chimère poursuivie peut être l'indépendance, ou un monde sans juifs, ou une révolution mondiale, ou même le triomphe du dieu unique.

    Mais ce 3 septembre reste à part. Car pour l'instant, heureusement, la Russie ne connaît ni Breivik, ni le Cachemire. Ce qui est devenu en Russie la guerre contre le terrorisme ne devait pas du tout le devenir. La Russie a elle-même créé ses propres chimères.

    La reddition

    Le terrorisme russe et ses origines sont l'imitation de la pratique mondiale dans la même mesure que l'a été la lutte pour la libération nationale en Tchétchénie.

    La transformation d'une simple fête de désobéissance postsoviétique en ce qui a été appelé une guerre pour l'indépendance, a consisté en une forme grossière de poursuite d'un simple litige entre les nouvelles élites postsoviétiques pour le pouvoir. Au Tatarstan, on a trouvé un terrain d'entente. En Tchétchénie, il a été décidé de ne pas le faire, bien que l'accord proposé par Doudaïev ait été une version très modérée de l'accord au Tatarstan.

    Et même après la première guerre de Tchétchénie, Maskhadov a répété trop souvent pour un annonciateur de la souveraineté le mot "commun": l'espace de défense commun, économique commun, et même juridique commun…

    Tout a commencé en apparence comme partout ailleurs où l'on rêve d'une histoire différente. Mais en réalité, les combattants de Bassaïev après les attentats de Boudennovsk n'ont pas été salués en Tchétchénie parce qu'ils avaient commis un acte héroïque de libération nationale. Dans l'esprit des Tchétchènes, ils s'étaient simplement vengés de Grozny détruite, de Chali noyée dans le sang après les bombardements… D'ailleurs, personne n'avait accueilli avec des fleurs Radouïev après les prises d'otages à Pervomaïskoïe et à Kizliar.

    L'histoire n'a pas besoin de terrorisme pour savoir à quel point les héros romantiques se transforment rapidement et facilement en monstres, d'autant plus que Bassaïev n'a jamais été un romantique, comme il n'a d'ailleurs jamais eu la carrure d'un véritable monstre.

    Mais indépendamment de l'objectivité des causes du terrorisme, qu'elles soient romantiques ou non, que le leader soit obsédé par l'idée ou devenu monstre par orgueil, si le pari a été fait sur la technique terroriste, il s'avère que les conséquences sont les mêmes.

    Et ce ne sont plus les idées qui sont primaires, d'autant qu'elles sont erronées et sujettes à la corrosion, mais les méthodes qui priment largement sur les idées, devenues insignifiantes. Il n'existe pas un système intègre d'idéologies qui pousseraient à commettre un attentat à Domodedovo, de même qu'il n'existe pas de logique politique claire qui réunirait ce qui passent du "côté obscur".

    Et seule la technique du meurtre de masse est capable de faire ressembler ces motivations absentes à un semblant de vérité chimérique, pour laquelle on tente de changer le cours de l'histoire quelque part au Cachemire.

    Mais après tout, le gouvernement se jette la tête la première dans ces jeu d'imitation – la lutte contre le terrorisme promet beaucoup de bonus politiques, indépendamment du contenu du code idéologique terroriste. Cependant, en jouant selon ces règles, l'Etat se retrouve désespérément perdant également: pour commencer, il persuade tout le monde des origines et des sources "al-quaïdiennes" des événements, puis tout se déroule réellement "à la Al-Qaïda".

    Au départ, le gouvernement qualifie tous les suspects de wahhabites et de terroristes, puis ces suspects découvrent que le drapeau vert justifie effectivement beaucoup de choses, et le mythe commence à ressembler à la vérité, de la même manière que l'imitation d'hier devient l'histoire d'aujourd'hui.

    Et il n'y a plus de vainqueurs. Il ne reste que la solidarité avec les victimes. Par conséquent, ce qui représente la huitième journée de commémoration de l'attentat de Beslan sonne en réalité comme un acte de reddition. Dans une guerre qui se poursuit depuis presque vingt ans. Et qui n'était pas du tout nécessaire.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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