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    La Russie relance ses brise-glaces nucléaires

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    Il y a 55 ans, le brise-glace Lénine - premier navire de surface à propulsion nucléaire - était mis à l'eau.

    Il y a 55 ans, le brise-glace Lénine - premier navire de surface à propulsion nucléaire - était mis à l'eau.

    Il fut ainsi un précurseur pour les navires russes qui passent leur vie dans les glaces arctiques, sur les itinéraires difficiles de la Route maritime du nord.

    Le premier en son genre

    Le 3 décembre 1957, la météo à Leningrad n'était pas vraiment appropriée pour un brise-glace : une bruine froide se mêlait à de la neige fondue. Ce jour-là, le chantier naval André Marty - qui récupérera quelques jours plus tard son nom historique d’Admiralteïski - lançait le brise-glace Lénine, premier navire de surface à propulsion nucléaire.

    Cette formulation cache un "piège" : elle est celle d’une époque de lutte entre deux systèmes.

    En décembre 1946, Igor Kourtchatov avait également lancé le premier réacteur nucléaire

    "en Europe" mais le premier avait, en réalité, été lancé aux Etats-Unis. Et le premier navire à propulsion nucléaire a été également fabriqué aux USA. Il s'agit du sous-marin Nautilus.

    En misant sur la construction d'un brise-glace nucléaire, l'Union soviétique faisait d'une pierre deux coups : elle mettait au point l'exploitation de réacteurs sur les navires de surface et lançait un navire dont l'utilité pour la navigation arctique était impossible à surestimer.

    En moyenne, un brise-glace nucléaire peut naviguer jusqu'à 6-8 mois sans interruption et jusqu'à 12-14 mois en cas de mission spéciale. Un bateau diesel électrique est loin d'avoir une telle autonomie, facteur critique pour les conditions austères de l'Arctique.

    Un pionnier tracassant

    Les pionniers n'ont généralement pas de chance - et les pionniers nucléaires de la marine soviétique n'en avaient jamais. Le premier sous-marin nucléaire K-3 Leninski Komsomol du projet 627 Kit était par exemple l'un des navires les plus "polluants" du point de vue radioactif. Son "frère" K-8 a même été surnommé "Hiroshima" après deux incidents radioactifs graves et son naufrage dans le golfe de Gascogne. Le premier sous-marin nucléaire soviétique K-19 lanceur d'engins (SNLE) a connu une série d'incidents nucléaires, dont l’un a même été adapté au cinéma par Hollywood.

    Le brise-glace Lénine n'a pas dérogé à cette triste règle. En février 1965, pendant les travaux de réparation, le niveau d'eau du deuxième réacteur est tombé, ce qui a exposé son noyau. Résultat : près de 60% de l'assemblage combustible du réacteur ont été endommagés.

    En 1967, une fuite a été découverte dans le troisième circuit. Après cela, tout le dispositif vapeur a été changé et deux réacteurs OK-900 ont été installés au lieu des trois réacteurs OK-150.

    Le compartiment retiré de l'ancienne propulsion a été coulé dans la baie de Tsivolki, en Nouvelle-Zemble.

    Néanmoins, le brise-glace a encore servi pendant plus de 20 ans et n'a été retiré du service qu'en 1989, sous la pression de la radiophobie faisant suite à la catastrophe de Tchernobyl plus que pour des raisons techniques. Actuellement, le Lénine est un navire-musée sur les quais de Mourmansk.

    Le combustible usagé du Lénine était conservé, encore récemment, sur la base technique flottante Lepse, où était également stocké le combustible des brise-glaces Sibir et Arktika.

    Des déchets radioactifs solides et liquides sont également stockés sur le Lepse.

    En septembre 2012 ce bâtiment, qui n'avait pas navigué depuis 1984, a été remorqué au chantier Nerpa où le combustible usagé et les déchets seront déchargés. Le navire sera également démantelé.

    Brise-glace de type russe

    Le brise-glace nucléaire est hors-catégorie. On pourrait même dire qu’il est purement russe : tous les modèles en circulation dans le monde ont été construits par l'Union soviétique ou, ensuite, par la Russie.

    Seule exception – Vaïgatch et Taïmyr, construits sur le chantier naval Wärtsilä en Finlande.

    Mais  ils l’ont été à la demande de Moscou et, deuxièmement, l’on procédait alors à l'installation de la propulsion nucléaire au chantier Baltiïski, à Leningrad.

    Il existe une explication géographique à cela. Même en omettant l’intérêt des expéditions scientifiques dans la zone circumpolaire - sachant que les brise-glaces russes ont beaucoup contribué à leur succès - la Russie était, plus que personne, intéressée par la possession d'une puissante flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire au vu de l'ampleur de ses frontières maritimes.

    L'Empire russe a percé le passage terrestre entre la partie européenne du pays et l'océan Pacifique à la charnière des XIXème et XXème siècles par le Transsibérien. Cependant, il restait une autre longue route à créer vers l'Extrême-Orient – la Route maritime du nord.

    Cet itinéraire n'a toujours pas dévoilé son potentiel maximal mais après 1991, la Russie n'était plus capable de se maintenir au niveau de navigation de l'époque soviétique. Alors qu'une grande flotte de brise-glaces nucléaires permettrait de transformer la Route maritime du nord en une autoroute marchande entre l'Europe et l'Asie - au lieu du "ruisseau saisonnier" qu’elle est aujourd’hui.

    Les brise-glaces nucléaires de l'époque soviétique sont progressivement retirés de la marine.

    En 2008, le navire Arktika a été mis hors service. Mais le développement de la Route maritime du nord nécessite de nouveaux navires.

    Il y a un mois, le chantier Baltiïski a commencé à la coupe de métal pour la construction d'un nouveau brise-glace universel à propulsion nucléaire, du projet 22220 (LK-60). Ce navire de nouvelle génération, "à double tirant", sera capable de remplacer les brise-glaces Taïmyr et Vaïgatch, à faible tirant d'eau, prévus pout être exploités dans les embouchures des fleuves sibériens - et les brise-glaces de classe Arktika.

    Le navire coûtera près de 37 milliards de roubles (plus de 900 millions d'euros) et sa mise en service est prévue pour fin 2018. Quatre bateaux de cette classe devraient être construits, après quoi des brise-glaces nucléaires plus lourds de classe LK-110 seront lancés.

    On annonce que ces nouveaux bâtiments assureront une navigation tout au long de l'année sur la Route maritime du nord mais le réalisme de cette affirmation ne pourra être apprécié qu'après la mise en service et l'exploitation de ces nouveaux navires.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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