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    Les trains russes porte-missiles se remettent sur les rails

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    Un fonctionnaire haut placé du complexe militaro-industriel russe a déclaré à RIA Novosti que d'ici 2020, la Russie se doterait d'un nouveau système ferroviaire porte-missiles (BJRK). De quoi s'agit-il?

    Un fonctionnaire haut placé du complexe militaro-industriel russe a déclaré à RIA Novosti que d'ici 2020, la Russie se doterait d'un nouveau système ferroviaire porte-missiles (BJRK).
    De quoi s'agit-il ?

    Pourquoi rendre publique la décision de développer les BJRK ?

    La Russie montre ainsi qu’elle riposte à l'expansion du système ABM américain en développant une arme de représailles. Cette démarche ne dépend pas de la volonté des militaires russes de se doter d'un nouveau BJRK ou de la capacité de l'industrie à le livrer.

    Les origines de l'idée

    Les missiles stratégiques mobiles installés sur des plates-formes ferroviaires datent des années 1980. A l'époque, l'Union soviétique développait une riposte au Gardien de la paix américain (missile Peacekeeper, ou MX), arme à dix ogives dotée d’un propulseur à propergol solide, conçu initialement pour être lancée depuis des silos et des rampes mobiles. Les Etats-Unis ont finalement renoncé à cette double vocation et ont déployé ces missiles uniquement dans des silos. L'URSS, quant à elle, a mené son projet à bien et riposté aux "manigances de Reagan" par des BJRK, équipés de missiles RT-23 (code OTAN SS-24 Scalpel).

    Qu'est-ce qu'un BJRK ?

    Il s'agit d'un train dont les wagons ont la même apparence que les wagons réfrigérés, de transport de bagages et de passagers. Un train abritait trois containers de lancement de missiles et avait le statut de régiment de missiles.

    Chaque division se composait de quatre trains et l'armée disposait de trois divisions dotées de BJRK : les NN 10, 36 et 52, déployées respectivement près de Kostroma, de Krasnoïarsk et de Perm, soit 36 rampes de lancement au total.

    En développant les BJRK, les concepteurs ont intégré une multitude de solutions techniques extrêmement intéressantes, allant du système de délestage du wagon lance-missiles - permettant de transférer le poids du missile sur les wagons voisins - au système inédit d'écartement de caténaires empêchant le lancement de l'engin.

    A partir de 1991, dans le cadre de la politique de désarmement, les 12 trains ont cessé de circuler sur le réseau ferroviaire russe et n'ont plus quitté leurs lieux de stationnement - selon certaines informations, des exercices étaient quand même organisés mais très rarement. En 2005, le dernier BJKR a été détruit.

    Quels sont les avantages des BJRK ?

    Dans les années 1980, les estimations et l'expérience pratique ont montré que les BJRK figuraient parmi les armes stratégiques les plus furtives : les Américains ne parvenaient pas à détecter avec certitude les "trains porte-missiles" et les exercices conduits en Russie ont également démontré leur haut degré de furtivité. Ainsi, les BJRK sont très résistants à une attaque "neutralisante" de l'ennemi et sont capables de faire preuve d'une grande capacité de survie au cours de la riposte.

    Par ailleurs, les BJRK étaient capables d'embarquer des missiles plus lourds que les systèmes mobiles routiers (PGRK) fabriqués à la même époque. Rappelons que la capacité des RT-23 (code OTAN : SS-24 Scalpel) était quatre fois supérieure à celle des missiles Topol
    (code OTAN : SS-25 Sickle) datant de la même époque - et 3,4 fois supérieures à celles des Topol-M2 développés plus tard.

    Quels sont les défauts des BJRK ?

    Selon l'opinion souvent exprimée par Iouri Solomonov, directeur de l'Institut moscovite de technologie thermique, les BJRK ne bénéficient plus aujourd'hui d'avantages décisifs en termes de furtivité et de capacité de survie par rapport aux missiles mobiles routiers (PGRK), qui ont été largement améliorés. Par ailleurs, la reconstruction de l'infrastructure des BJRK reviendrait nettement plus cher que la fabrication de rampes de lancement mobiles supplémentaires pour les missiles déjà existants.

    Qui plus est, les BJRK provoquent une usure accélérée des lignes ferroviaires : cela s'est souvent produit en URSS avec les rails légers, ce qui nécessitait une modernisation des voies ferrées plus fréquente là où la circulation des "trains lance-missiles" était prévue.

    Pourquoi les missiles ont été mis hors service ?

    On imagine souvent que l'Occident éprouvait une peur bleue face aux BJRK russes et qu'il a fait tout son possible pour que la Russie les mette hors service. Ce n'est vrai qu'en partie. Le problème ne se réduisait pas aux obligations internationales de Russie. Le fait est que les missiles RT-23 avaient été conçus par l'entreprise ukrainienne Ioujmach et étaient fabriqués à Pavlograd, également en Ukraine.

    A leur "date de péremption" – 15 ans à l’époque – les missiles devaient être retirés du service et la Russie n'a pas été en mesure d'organiser leur fabrication sur son territoire, notamment pour des raisons financières.

    Les délais annoncés sont-ils réalistes ?

    On ignore quand l'industrie russe des missiles sera capable de réaliser ce projet et de mettre en service les systèmes, en coordination étroite avec la compagnie nationale des chemins de fer. D'autant plus que d'après les plans, les bureaux de conception seront déjà fortement sollicités dans les années 2010.

    Dans ce contexte, la déclaration initiale selon laquelle les BJRK entreraient en dotation d'ici 2020 semble assez optimiste, même si on intégrait dans le nouveau projet des missiles déjà existants (faisant partie des systèmes Iars ou Boulava, par exemple). Toutefois, l'utilisation de missiles légers pourrait réduire à néant toute une série d'avantages importants dont bénéficiaient initialement les BJRK, dotés du missile lourd RT-23.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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