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    Russie-USA : le "rapprochement" n’est pas gagné

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    Les présidents américains réélus pour un second mandat ont un parcours souvent semé d’embûches. Certains d'entre eux n’ont déclenché aucun fait historique marquant tandis que d'autres n'ont par réussi à vivre jusqu'à la fin de leur second mandat - deux ont été assassinés.

    Les présidents américains réélus pour un second mandat ont un parcours souvent semé d’embûches. Certains d'entre eux n’ont déclenché aucun fait historique marquant tandis que d'autres n'ont par réussi à vivre jusqu'à la fin de leur second mandat - deux ont été assassinés. Enfin un dernier, confronté à la désagréable perspective d’une destitution, a démissionné avant la fin de son mandat.

    Les présidents américains - qui sont à la fois chefs des armées - n'ont pas tous été "victimes" de la "malédiction du second mandat". Theodore Roosevelt, Franklin Delano Roosevelt et Ronald Reagan s’en sont bien sortis, par exemple. Bien que certains des "contras" nicaraguayens, à la retraite depuis longtemps, continuent de penser qu'ils ont été trompés. Reagan n'a jamais vraiment répondu à leurs attentes.

    Barack Obama pourra-t-il rejoindre cette cohorte de présidents qui ont gouverné avec succès durant leur second mandat ? Cela dépendra en grande partie de sa capacité à régler les différends au congrès américain et à résoudre les graves problèmes intérieurs qui, selon la majorité des Américains, portent atteinte à leur bien-être - l'économie américaine arrive en tête de liste de ces problèmes pour sa mollesse et son anémie, suivie par le manque d'emplois et la dette croissante.

    Si la population américaine devait juger les intentions d'Obama pour son second mandat en partant de son discours d'investiture, elle n'aurait plus de doute : cette fois, leur président compte sérieusement s'occuper des problèmes de politique intérieure.Dans son discours du 21 janvier, Obama a avancé un argument brillant afin d’expliquer pourquoi les grands programmes sociaux du gouvernement, destinés aux habitants défavorisés et à la classe moyenne, étaient effectivement des éléments centraux de croissance économique et de liberté individuelle.

    Dans l'ensemble pourtant, Obama a évité les questions de politique étrangère. Dans ce discours, l'absence des initiatives "de marque" de son premier mandat était flagrante - le désarmement nucléaire général ou le renforcement de la sécurité nucléaire internationale par exemple. On avait l'impression que ces questions ne méritaient pas d'être mentionnées, même formellement.

    Cependant, en dépit de problèmes politiques intérieurs très graves, le président américain ne peut simplement pas se permettre de tourner le dos au reste du monde tout en espérant entrer dans les annales de l'histoire comme un grand dirigeant.De nombreux défis internationaux demeurent, qui concernent - ou pourraient concerner - les intérêts des USA dans un monde de plus en plus instable.

    L'Iran et la Corée du Nord continuent de fabriquer l'arme nucléaire. L'Afghanistan est loin d'être un pays viable. Les combattants d'Al-Qaïda étendent leurs activités à travers le Grand Moyen-Orient et en Afrique. Et il ne faut pas oublier la prospérité croissante de la Chine.

    Le président Obama, qui cherche à régler les problèmes politiques internationaux hérités de ses prédécesseurs, constate également l'apparition de nouveaux défis, dont la crise économique en Europe survenue lors de son premier mandat. Certaines initiatives avancées par l'administration Obama pendant son premier mandat s'enlisent, y compris le redémarrage des relations avec la Russie.

    Washington devra pourtant être attentif à ces questions dans un futur proche. Je serais prêt à parier qu'Obama pourrait accorder davantage d'énergie à sa politique intérieure à condition qu'il arrive à approfondir son partenariat avec d'autres pays capables d'endosser une partie de la contribution des USA sur l'arène internationale. La Russie pourrait devenir l’un de ces pays et promouvoir un large éventail de questions qui figurent à l'ordre du jour international - et sont vitales pour les intérêts américains.

    L'époque à laquelle, selon Edward Abbey, l'humanité ne sera pas libre "tant que le dernier commissaire du Kremlin ne sera pas étouffé avec les entrailles du dernier chef du Pentagone" semble déjà révolue. Mais les Etats-Unis, de même que le monde entier, continuent à prendre en compte la Russie, au vu de ses particularités géographiques, ses ressources et autres possibilités.

    La capacité de la Russie postcommuniste à contribuer - ou s'opposer - aux efforts menés contre la prolifération d'armes de destruction massive, pour le contrôle des armements, la lutte contre le terrorisme, la stabilité régionale et la sécurité énergétique sous l'égide des Etats-Unis est évidente.

    La décision d'Obama de nommer le sénateur démocrate John Kerry au poste de secrétaire d'Etat ainsi que la nomination de l'ancien sénateur républicain Chuck Hagel au poste de secrétaire à la Défense, permettra-t-elle de rapprocher les positions des deux parties ? On ne peut que l’espérer. Kerry et Hagel sont perçus comme pragmatiques aussi bien à Washington qu'à Moscou. On considère qu'ils prônent une coopération constructive avec la Russie.

    Tous les "fruits à portée de main" ont déjà été cueillis et même ces hommes politiques expérimentés pourraient connaître des difficultés en tentant d'obtenir la coopération de la Russie sur ces thèmes, d'autant que la situation perçue comme une prise de bec de campagne, aussi bien à Washington qu'à Moscou, continue de s'aggraver.

    Il existe un obstacle évident : le programme américain de mise en place d'un système de défense antimissile (ABM) en Europe. Selon les autorités russes, ce système pourrait prendre pour cible et intercepter les missiles balistiques russes.

    Pour régler ce problème, USA et Russie devraient faire preuve de bonne volonté pour parvenir au compromis. Par exemple sous forme d'un acte juridique sur la coopération dans le secteur de la défense antimissile. Ce document pourrait inclure des engagements de ne pas pointer les missiles en direction de l'autre - mais ne prévoirait pas la ratification.

    Cet accord pourrait être un prolongement de l'acte juridique sur la coopération entre l'Otan et la Russie de 1997 et établirait des canaux permanents d'échange d'informations - y compris les données des stations radar et des technologies d'interception de missiles.Un accord sur la coopération pour l'ABM devrait assurer une complémentarité informationnelle des éléments du bouclier des USA, de l'Otan et de la Russie, ainsi que de leurs intercepteurs de missiles. L'échange permanent d'informations - y compris des radars et les technologies d'interception - doit être un premier pas.

    Voici ma réponse aux conservateurs, qui s'opposent à ce genre d'échanges mutuels : il convient de garder à l'esprit que même en pleine Guerre froide, Reagan (et non pas George Lucas), auteur du programme Star Wars, a cru bon de promettre de partager les technologies antimissiles américaines avec l'"empire du mal", à condition que ce dernier accepte la réduction bilatérale des armements nucléaires.

    Evidemment, même une coopération bilatérale ne serait pas une panacée. Les dirigeants russes pourraient demander de grosses contreparties mais je ne vois aucun accord possible qui permettrait aux Etats-Unis de s'assurer l'aide de la Russie pour maîtriser l'ascension de la Chine, tel que Washington aurait voulu le faire dans un monde parfait.

    Indéniablement, un accord sur la coopération pour l'ABM pourrait mettre un terme au récent refroidissement des relations bilatérales et permettre la participation constructive du Kremlin au règlement de questions telles que les réductions d'arsenaux nucléaires de grande envergure, la relance du partenariat russo-américain dans la sécurité nucléaire, ainsi que la stabilisation de la situation en Afghanistan. Il est évident qu'un tel accord contribuerait à une meilleure protection de l'Amérique et de ses alliés contre les attaques de missiles. Moscou, qui de toute évidence est très déterminé à annuler tous les arrangements bilatéraux d'aide américaine à la Russie - qui remontent aux années 1990 - pourrait également tirer profit d'un tel partenariat, aussi bien sur le plan militaire que géopolitique.

    Cependant, même une coopération approfondie pourrait s'avérer inefficace à long terme si elle ne bénéficiait pas d'une base solide. En 2012, la Russie était le 20ème partenaire commercial des USA. A leur tour, les Etats-Unis étaient le 8ème partenaire commercial de Moscou. Compte tenu de ce déséquilibre commercial, les Etats-Unis ne font pas partie du top-10 des investisseurs en Russie en 2012.

    Comment pourrait-on approfondir des relations économiques, notamment connaissant le succès des efforts américains pour l'autosuffisance énergétique et compte tenu du climat d'investissement en Russie ? C'est la question à laquelle Obama, Poutine et leurs successeurs devront répondre.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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