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Cinq questions à ceux qui enverront des gens sur Mars en "aller simple"

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Tout le monde peut aujourd'hui prétendre à la nationalité martienne : le projet Mars One, qui prévoit une expédition sans retour vers la Planète rouge, a officiellement ouvert la sélection des candidats. Plusieurs personnes - dont des Russes - se sont déjà inscrites sur la liste, consultable sur le site officiel du projet.

Tout le monde peut aujourd'hui prétendre à la nationalité martienne : le projet Mars One, qui prévoit une expédition sans retour vers la Planète rouge, a officiellement ouvert la sélection des candidats. Plusieurs personnes - dont des Russes - se sont déjà inscrites sur la liste, consultable sur le site officiel du projet.

Les dirigeants de Mars One comptent choisir leurs quatre premiers colonisateurs parmi un million de volontaires. La démarche est simple: il suffit de remplir un formulaire en ligne, payer une certaine somme pour prouver le sérieux de vos intentions et enregistrer une vidéo d'une minute pour expliquer au monde pourquoi vous êtes le candidat idéal.

Le chef du projet Bas Lansdorp, l'un de ses "ambassadeurs", le prix Nobel Gerard 't Hooft, le directeur médical de Mars One Norbert Kraft et le concepteur artistique Bryan Versteeg ont organisé lundi une conférence de presse pour évoquer certains détails du projet que certains qualifient d'invitation vers l'avenir et d'autres de grande arnaque.

Qui sera le roi de la montagne?

La sélection des participants, qui devront effectuer une préparation de sept ans pour s'envoler vers Mars, se terminera en 2015 et se déroulera en quatre étapes, dont deux – nationale et internationale – seront retransmises à la télévision. Mars One a avancé ses exigences en début d'année: les futurs participants devront être majeurs, déterminés, sociables, curieux, créatifs et dotés de bonnes capacités d’adaptation.

L'anglais sera la langue officielle de la colonie martienne mais les organisateurs n'imposent aucune restriction nationale. Par ailleurs, cette langue ne servira vraiment aux participants qu’au niveau international et pour cette raison, on pourra l'améliorer "en cours de route" – en témoignant par la même occasion de sa détermination et de sa volonté de participer au projet.

L'âge maximal n'est pas fixé et du point de vue médical, c'est l'absence de maladies chroniques et d'entraves fondamentales pour les travaux à effectuer par les premiers colons qui intéresse les organisateurs. La condition physique sera bien moins importante sur Mars, où la gravitation est plus faible, que l'aptitude psychologique des candidats - qui sera évaluée durant toute la sélection par les spécialistes de Mars One.

Deux aspects seront déterminants pour le succès des premiers "Martiens": leur capacité à prendre des décisions en évaluant tous les risques et à en assumer la responsabilité; et celle de travailler en équipe. Comme le remarque Norbert Kraft, "on ne pourra pas quitter les gens de son équipe le soir pour rentrer à la maison et se plaindre de son patron" – chaque individu des équipes sélectionnées dépendra de ses camarades car si l'un d'eux était éliminé, alors toute l'équipe le serait.

Seuls Kraft et Lansdorp ont répondu à la question de savoir s'ils étaient prêts, eux-mêmes, à s'inscrire sur la liste; Kraft pense qu'on a davantage besoin de lui sur Terre mais en cas de succès du projet, il prendrait sa retraite sur Mars. Lansdorp a reconnu qu'il en mourait d'envie mais ne pourrait pas suivre son rêve de longue date car il ne veut pas quitter sa moitié - qui ne souhaite pas le suivre sur Mars.

Logement pour Martiens

D'après les plans de Mars One, le premier à partir pour la Planète Rouge sera un vaisseau de transport avec 2,5 tonnes de pièces de rechange, d'équipements, de batteries solaires et d'autres choses utiles pour les futurs colons – ce lancement est prévu pour janvier 2016. Il s'agira surtout d'un vol de démonstration qui sera destiné à tester les techniques d'atterrissage du vaisseau sur la planète – afin que les Martiens soient rassurés pour 2023.

L'un des deux rovers du projet partira en 2018 et aura pour mission de choisir le terrain pour la colonie. Pour l'instant, Mars One sait qu'elle se situera dans une vallée entre les 40ème et 45ème latitudes nord de Mars, là où la lumière du soleil est suffisante pour fabriquer de l'électricité et où la glace est déjà présente. Le site sera choisi à la première étape par des experts qui se réuniront pour une conférence spéciale et le rover devra uniquement s'orienter sur les lieux et choisir l’emplacement exact de la future colonie.

Six vaisseaux devraient se retrouver sur Mars en 2021 dont deux seront des blocs résidentiels, deux avec des équipements de vie, un avec un transporteur et le dernier fera venir le second rover. Les deux appareils devront transporter des chargements sur les lieux et "déblayer le terrain" pour l'arrivée de la première équipe de colons – Mars Team One. Ensuite, tous les deux ans, ils seront rejoints par d'autres groupes.

Selon Gerard 't Hooft, l'objectif du projet à long terme est d’installer sur Mars une colonie permanente qui existera et se renouvellera par ses propres forces. Evidemment cela soulève des questions diverses et variées auprès des concepteurs du projet: ils ne connaissent pas toutes les réponses. Ainsi, par exemple, avant d'autoriser les colons à se reproduire, il est d'abord prévu d'étudier la grossesse sur Mars sur les animaux, qui seront tôt ou tard envoyés sur la Planète Rouge.

Pendant la conférence de presse, Bas Lansdorp a souligné que la "terraformation" – mise en place de conditions terrestres sur une autre planète – ne fait pas partie des plans de Mars One à l'étape actuelle.

Mars – une ville libertine?

"Un jour la colonie pourrait simplement proclamer son indépendance de la Terre et ce sera un grand jour historique", a déclaré Lansdorp pendant la conférence de presse. Mais il a été immédiatement interrompu par Gerard 't Hooft: "Si cela se produisait un jour, ce serait dans un avenir très lointain et de la même manière que les "Martiens" devront consacrer leur vie à la nouvelle mission, les Terriens devront prendre des engagements à long terme pour soutenir les colonies".

En particulier, les Martiens auront besoin d'une liaison permanente avec la Terre – par exemple aujourd'hui, en dépit de tous les succès des sondes orbitales, cette liaison n'existe pas car Mars est cachée par le Soleil. Pour régler ce problème Mars One aura besoin de satellites de liaison intelligemment disposés: l’un en orbite synchrone autour de Mars et un autre en orbite autour du Soleil. Selon Bas Lansdorp, la société britannique SSTL (Surrey Satellite Technology Ltd) se penche déjà sur ce problème.

Il estime également que pendant les dix années qui précèderont le vol de Mars One, l'humanité inventera un moyen pour gérer l'activité de l'homme sur Mars en élargissant ainsi la législation "spatiale" sous forme de Traité sur l'espace et d'un Accord régissant les activités des Etats sur la Lune et d'autres corps célestes. Il serait préférable de le faire avant car sinon, les colons devront constamment tout inventer en temps réel, ce qui n'est pas forcément un mal – "ils seront mieux placés sur Mars", estiment les auteurs du projet.

La sécurité planétaire pourrait être un autre aspect important: il est évident qu'il est impossible de stériliser les vaisseaux spatiaux, sans parler des gens. A ce sujet Mars One a fait appel aux services de John Rummel, président du Groupe sur la protection de la planète du COSPAR (Committee on Space Research). Le projet promet de faire tout son possible pour réduire au minimum la pollution et chercher à ne pas anéantir par accident les "habitants locaux".

Qui régale?

Les auteurs du projet pensent que le plus grand risque est le manque de financement. L'envoi des premiers colons de Mars One demandera 6 milliards de dollars et 4 milliards de dollars pour les suivants. D'ailleurs, cet argent est nécessaire dès aujourd'hui mais le retour sur investissement ne sera pas immédiat – loin de là.

Selon Bas Lansdorp, les agences spatiales nationales "peuvent difficilement concevoir une mission sans retour" – en d'autres termes, les agences qui existent avec l'argent du contribuable ne sont pas vraiment prêtes à envoyer qui que ce soit sur Mars en aller simple.

Sans compter les investisseurs privés et les dons, Mars One espère obtenir sa principale source de financement en faisant de son entreprise un divertissement. Ses concepteurs souhaitent en effet vendre aux chaînes TV les droits de retransmission de l’aventure. A titre d'exemple Lansdorp fait référence aux Jeux olympiques, qui récoltent ainsi une très belle somme.

S'il s'avérait, à une étape, que Mars One était voué à l'échec, l'argent récolté ne serait pas perdu et n'irait pas dans les poches des fondateurs du projet. Le fonds à but non lucratif déclare qu'il est prêt à donner cet argent pour financer le même objectif – la conquête d'autres planètes. L’argent pourrait alors être transmis à la plus grande organisation qui contribue à la recherche sur Mars et d'autres planètes – Planetary Society.

Mars One a l'intention de donner un salaire à ses "Martiens" afin qu'ils puissent nourrir leurs familles, qui resteront à jamais à sept mois de route. La somme du contrat n'est pas précisée.

Les organisateurs n'indiquent pas non plus si les participants sélectionnés pourront gagner de l'argent en capitalisant sur leur propre gloire par d'autres moyens.

Première saison

La transmission de la première émission devrait commencer dès cette année. Après deux ans de sélection, tout le monde pourra profiter d'une retransmission 24h/24 du premier, puis du second rover. Et si les projets de Mars One devenaient réalité, le 23 avril 2023, RIA Novosti pourrait retransmettre en direct l'atterrissage du vaisseau sur la Planète Rouge.

Le spectacle ne s'arrêterait pas là - il ne ferait que commencer. Mars One compte poursuivre la retransmission depuis Mars et, par exemple, montrer le travail des colons sur la planète.

Le risque? Un éventuel refus des participants de vivre "derrière la vitre": les auteurs l'ont théoriquement reconnu pendant la conférence de presse: il leur suffirait pour cela d'obturer l'objectif des caméras.

Les spécialistes médiatiques du divertissement affirment que l'émission de Mars One aura un immense succès et pourrait potentiellement ne jamais connaître de fin. Il est à noter que John de Mol, auteur de l'idée originale de Big Brother, est l'un des consultants de Mars One sur la question.

"Il ne s'agit pas seulement du premier atterrissage sur Mars ou de la pose du premier drapeau. Pendant la sélection et leur préparation, ces gens deviendront amis avec des millions d'individus qui voudront suivre leur évolution. Ce seront nos envoyés sur une autre planète – tout le monde pourra voir Mars à travers leurs yeux", conclut Bas Lansdorp.

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