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    Russie: l’incident de Pougatchev ou des nouvelles dimensions des conflits ethniques

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    Un conflit domestique tout à fait ordinaire survenu dans la ville de Pougatchev (région de la Volga) s'est transformé en bagarre sanglante et a fait beaucoup de bruit dans la société. Pourquoi ? Car cet évènement a fait converger un large éventail de problèmes et pas seulement celui de la xénophobie.

    Un conflit domestique tout à fait ordinaire survenu dans la ville de Pougatchev (région de la Volga) s'est transformé en bagarre sanglante et a fait beaucoup de bruit dans la société. Pourquoi ? Car cet évènement a fait converger un large éventail de problèmes et pas seulement celui de la xénophobie.

    Chacun juge cet incident d'envergure régionale à sa manière. Certains y voient manifestement un bénéfice incontestable pour leurs intérêts propres, carriéristes et politiques. 

    L'analyse des réactions des internautes politisés, des forces politiques et des fonctionnaires de niveau différent à la situation à Pougatchev indique que tout le monde est au courant de l'identité réelle du monstre auquel nous faisons face. Et ce monstre n'est pas du tout la xénophobie malgré les apparences.  

    Le scénario de Kondopoga ?

    Les évènements de Pougatchev rappellent une histoire qui s'est déroulée il y a sept ans à Kondopoga : un conflit alcoolisé dans un restaurant s'est soldé par une bagarre massive avec les Caucasiens. Deux habitants de la ville sont morts de blessures à couteau et cinq personnes avaient été hospitalisées. Kondopoga avait ensuite été le théâtre de protestations massives exigeant d'expulser tous les Caucasiens de la ville.

    Des évènements similaires ont eu lieu en Russie avant et après Kondopoga. Aujourd’hui c’est le tour de Pougatchev où, comme il s'est avéré, de tels conflits ont déjà éclaté plus d'une fois - des Caucasiens avaient déjà tué de trois à cinq personnes, selon les témoignages. 

    Si on examine chaque cas plus attentivement, il semble que ni à Pougatchev ni dans d'autres villes russes les hôtes caucasiens attaquent les habitants gratuitement. Ils prennent leur couteau en réponse à une violence, à des menaces, des humiliations, voire à des remarques inoffensives comme ce fut le cas en novembre dernier dans un tramway de Moscou.

    Le premier problème est donc celui des conflits avec des gens venus d'un autre espace culturel et social. Dans ces cas-là il est très difficile de mettre de côté les émotions mais si on arrive à le faire, la perception de la situation est profondément différente.

    Traditions vs traditions ?

    La réaction disproportionnée des Caucasiens qui, faute de dague traditionnelle à la ceinture, sortent trop facilement le couteau de leur poche, constitue un problème purement criminel qu'on peut résoudre dans le cadre du Code pénal. Les évènements de Kondopoga ou de Pougatchev le démontrent parfaitement : les tueurs passeront de nombreuses années derrière les barreaux.  

    Le problème réel est ailleurs. Les conflits avec les Caucasiens s'expliquent par le fait que leur mode de vie, tout à fait ordinaire dans leur région natale et respecté au sein de la diaspora, suscitent le rejet de la population locale et son indignation justifiée. Pardon. Est-elle vraiment justifiée ? 

    Les Caucasiens ne sont pas des intrus mais des citoyens russes, qui se trouvent donc dans leur propre pays. Selon les normes morales de coexistence il leur faut bien sûr respecter les traditions locales. Mais que faire s'ils n'aiment pas ces traditions ? Y a-t-il de bonnes raisons pour les forcer à suivre ces coutumes qui leurs sont étrangères ?

    L'amitié des peuples ou un "quartier asiatique" ?

    Il n’y a pas de solution toute prête. Il y a, de fait, deux moyens de résoudre ce problème. Le premier est d'atteindre un consensus à l'aide du respect et de concessions mutuelles. Le deuxième prévoit la formation de diasporas, de quartiers asiatiques et d'autres ersatz des régions natales des migrants - c'est-à-dire leur isolement.  

    L'union soviétique a déjà testé cette première option, appelée "l'amitié des peuples" et "le peuple soviétique comme nouvelle entité historique". Pendant un certain temps elle a même été efficace malgré un nombre important de défauts, dont le plus important était la nécessité d'un mécanisme impitoyable de répression, capable d'écraser immédiatement tous les brins de "nationalismes locaux".  

    La deuxième option est mise en œuvre dans la plupart des démocraties occidentales. Une troisième n'existe probablement pas en principe. C'est pourquoi nous aussi devrons tôt ou tard ouvrir nos yeux et faire un choix.   

    Faute de quoi des incidents comme celui de Pougatchev seront un terrain propice à des conflits tout à fait différents et pas forcement sociaux et ethniques.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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