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    Su-35 : un chasseur à la charnière de deux générations

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    L'armée de l'air russe a reçu ses premiers chasseurs Su-35S fabriqués en série. Cet appareil arrive dans les forces armées avant le chasseur de cinquième génération PAK FA, mais il servira à ses côtés.

    L'armée de l'air russe a reçu ses premiers chasseurs Su-35S fabriqués en série. Cet appareil arrive dans les forces armées avant le chasseur de cinquième génération PAK FA, mais il servira à ses côtés.

    Les douze premiers Su-35S construits en 2013 ont été officiellement transmis au 23e escadron de chasse basé à Dzemgui (qui est également l’aérodrome d'usine du chantier de la compagnie Sukhoï à Komsomolsk-sur-l'Amour). "Il s'agit d'un appareil hautement manœuvrable dont les performances dépassent celles de ses concurrents étrangers. Il est capable de remplir un grand spectre de missions de combat et peut être exploité dans des conditions climatiques difficiles.

    Ce chasseur est une base pour créer un complexe d'aviation de cinquième génération", a déclaré le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou lors de la cérémonie de remise des chasseurs.

    Du deuxième coup

    Il existe deux modèles du Su-35 et ils sont régulièrement confondus, même s’ils ne se ressemblent pas du tout en apparence. Au début des années 1990, la Russie avait présenté le T-10M (Su-27M) sur les salons internationaux. La campagne de publicité était centrée autour de l’idée "qui veut acheter un appareil complètement nouveau ?"

    Ce Su-35 était une modernisation profonde du Su-27, la première tentative de faire d'un intercepteur un chasseur polyvalent. Le cahier des charges du T-10M en 1982 prévoyait que l’avion puisse utiliser des armes guidées contre les cibles au sol, ce qui nécessitait un nouveau radar de bord et des changements considérables dans le système de contrôle des armes. L'empennage de l'aéronef avait également été revu.

    Le plan n'a pas fonctionné pour plusieurs raisons : après un premier décollage en 1988, il n’a été mis au point que très lentement au début des années 1990 avec les miettes du budget de la défense. Lorsqu'il s'est avéré plus tard que les commandes publiques étaient terminées pour longtemps, les usines Sukhoï se sont concentrées sur des tâches bien plus surmontables : la production des Su-27 déjà au point pour les clients étrangers, la modernisation des modèles de base jusqu'au modèle Su-27SM et la mise au point de la version d'exportation Su-30MK, devenue une référence sur le marché étranger de l'aviation à la charnière des années 1990 et 2000.

    L'indicatif 35 a été repris presque dix ans plus tard, en 2005, et un Su-35 propulsé par un nouveau moteur a décollé de l'aérodrome de Ramenskoïe de l'Institut de recherche Gromov en février 2008.

    Cet appareil n'avait rien à voir avec le T-10M, hormis un "ancêtre" en commun, le Su-27. Pendant une brève période il fut identifié comme le Su-35BM, puis simplement Su-35 auprès des clients étrangers. Après l'apparition d'un intérêt flagrant de l'armée de l'air est arrivée la version Su-35S (la lettre S désigne généralement les modèles destinés au ministère russe de la Défense).

    L'armée de l'air russe n'avait pas reçu d'avions de combat en quantité commerciale depuis 1993. Les appareils qu’elle se fait livrer aujourd’hui dépassent donc largement les avions actuels de l'armée de l'air fabriqués à la charnière des années 1980 et 1990 - et surtout conçus dix ans plus tôt. Aujourd'hui, le Su-35 est le chasseur le plus sophistiqué de la grande gamme des modèles
    T-10 (Su-27/Su-30).

    Avec la production parfaitement mise au point du Su-30SM (héritier des modèles d'exportation Su-30MKI/MKM pour l'Inde et la Malaisie), le Su-35 devrait progressivement devenir l'image de l'aviation de combat russe – au moins jusqu'à l'apparition du chasseur de cinquième génération PAK FA. Il servira ensuite aux côtés de ce dernier.

    © RIA Novosti/Avrora. Serguei Razbakov, Anton Filanovitch
    Le Su-35S présenté au salon du Bourget

    Quatrième génération et demie

    Que voulait dire Sergueï Choïgou en disant que le Su-35, de la quatrième génération des avions, était une base pour créer un chasseur de cinquième génération ? Le Su-35 et le PAK FA ont été présentés à plusieurs reprises et ils n'ont pas beaucoup de points communs. Le PAK FA n'est certainement pas un successeur du Su-35, comme ce dernier l'était par rapport au Su-27.

    Il faut souligner le sens réel, littéral de ces propos. Le Su-35 n'est pas une base pour le chasseur de cinquième génération mais pour son processus de fabrication. Autrement dit, hormis le fait que le Su-35 ait une valeur militaire en soi, il a également joué le rôle de "stand de vol" pour élaborer certains systèmes et solutions pour le PAK FA.

    Il a ainsi permis de tester les équipements de bord électroniques comme le système de contrôle des armes, le complexe de navigation et de visée et les systèmes de transmissions. Tous ces équipements donnent au pilote un tableau général de la bataille et permettent de contrôler le matériel et les armes. L'ensemble des dispositifs radioélectroniques de l'avion sont intégrés dans un système unique.

    Le second élément de "cinquième génération" du Su-35 est son moteur, ou plutôt certains de ses éléments. Le moteur AL-41F1S (117S) amélioré est en effet la modernisation du fameux AL-31FP, apparue dans le cadre du programme Démon au cours de l'élaboration du moteur intermédiaire de la "première étape" (117S) du PAK FA.

    Voyage au-delà des trois mers

    En attendant l'apparition des appareils de cinquième génération, le marché mondial de l'aviation tactique arrive progressivement à bout du matériel de quatrième génération. Les Européens cherchent à écouler leurs Eurofighter Typhoon et Dassault Rafale – deux appareils qui devaient fusionner avant que les Français ne décident une fois de plus de "la jouer en solo". Alors que la Russie continue de récolter les fruits du succès de la gamme Su-27/Su-30 et prépare le modèle d'exportation du PAK FA.

    Les Etats-Unis, qui ont bien gagné grâce aux ventes du F-16, sont déjà prêts pour la cinquième génération : le F-35, dont les essais se terminent, a été choisi en tant que plateforme d'exportation principale de l'aviation tactique.

    Mais tant que le marché n'est pas inondé de matériel de cinquième génération, les avions de pointe de quatrième génération (4++) ont encore leurs chances. Le Su-35 sera en concurrence avec les F-15SE Silent Eagle et les dernières versions du F-16, mais il est tout à fait capable de se faire une place sur le marché. Ils seront encore compétitifs même après le lancement des ventes d'avions de cinquième génération car ces derniers, coûteux, ne seront pas accessibles à de nombreux pays du Tiers monde, qui ont aussi besoin d'avions.

    Le Su-35 n'a pas encore été vendu à l'étranger. Il ne laisse pas indifférent la Chine, qui hormis les équipements de bord s'intéresse particulièrement aux moteurs. La construction de moteurs a particulièrement avancé en Chine ces dernières années mais elle reste incapable de satisfaire à part entière les besoins de sa propre armée de l'air pour créer des copies fiables du moteur soviétique standard AL-31F – sachant que les ingénieurs chinois ont mis la main sur ce moteur il y a déjà 20 ans.

    Les principaux risques de vente des Su-35 à la Chine se réduisent à la copie non autorisée et à la reproduction du moteur et des systèmes de l'appareil. En principe, si cette question pouvait être réglée (par exemple en signant un contrat dont le montant compenserait la part de risque), la Russie pourrait continuer à équilibrer ses livraisons entre Pékin et New Delhi.

    C'était déjà le cas il y a 10 à 15 ans, quand l'Inde avait reçu l'excellent Su-30MKI et la Chine des appareils tout aussi sophistiqués – d'abord les Su-27SK puis les Su-30 MKK et Su-MK2. L'Inde fait déjà la queue pour la version d'exportation du PAK FA (FGFA), par conséquent la vente du Su-35 en Chine n'enfreindrait pas cet équilibre.

    En résumé, le Su-35 a ouvert la porte au PAK FA.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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