Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Accords Moscou-Pékin: mieux qu'un long discours

    Opinion
    URL courte
    0 0 0

    Vladimir Poutine sera demain en Chine et avant cette visite d'Etat, tout est fait pour montrer que le dossier ukrainien ne monopolisera pas à l'ordre du jour. Un ex-ambassadeur de Chine à Moscou affirme que "la discussion du thème ukrainien n'est pas le but de la visite" et un autre diplomate chinois note que "le comportement des Etats-Unis sur l'arène internationale offre une nouvelle opportunité de développer le partenariat entre la Chine et la Russie".

    Vladimir Poutine sera demain en Chine et avant cette visite d'Etat, tout est fait pour montrer que le dossier ukrainien ne monopolisera pas à l'ordre du jour. Un ex-ambassadeur de Chine à Moscou affirme que "la discussion du thème ukrainien n'est pas le but de la visite" et un autre diplomate chinois note que "le comportement des Etats-Unis sur l'arène internationale offre une nouvelle opportunité de développer le partenariat entre la Chine et la Russie". Enfin, on met en avant le fait qu'un nombre "record" d'accords et d'autres documents devrait être signé, d'après le conseiller du président russe Iouri Ouchakov. Traduction?

     

    L'Ukraine chinoise

    Officiellement la visite de Vladimir Poutine aura lieu le mardi 20 mai mais les présidents des deux pays assisteront également au 4e sommet de la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) le lendemain. Lors de ce second sommet pour

    Vladimir Poutine, il devra inévitablement évoquer un dossier qui fait écho à la situation ukrainienne aujourd'hui.

    En effet la Chine a sa propre Ukraine - une copie presque identique – avec les Philippines et le Vietnam. Chacun de ces pays joue, dans les relations entre la Chine et l'Occident, le même rôle que l'Ukraine dans les relations entre la Russie et l'Occident.

    Peu de temps avant la visite de Vladimir Poutine, la Chine a dû rapatrier au moins 3 000 de ses citoyens du Vietnam pour les sauver des pogroms qui ont fait deux morts et une centaine de blessés. Une sacrée ouverture pour parler des mesures de confiance en Asie..

     

    Le Vietnam n'est pas la Chine

    Début mai, la Chine a tenté d'effectuer une exploration pétrolière près des îles Paracels (Xisha), à 27 km des côtes chinoises et à 241 km des côtes vietnamiennes. Mais le Vietnam, qui revendique ces territoires, a envoyé une flotte près des plateformes pour y découvrir des plongeurs tentant d'installer des filets. Ce n'est pas le premier accrochage dans ces eux, ni le dernier.

    Difficile de dire comment les pogroms dans les usines chinoises du Vietnam (dont une partie appartient aux Taïwanais) s'inscrivent dans ce conflit. Le gouvernement vietnamien a présenté ses excuses et arrêté un millier de fauteurs de troubles - cette affaire montre une nouvelle fois que même si l'on pense organiser un Maïdan "contrôlé", les événements suivent ensuite leur propre cours.

    Pourquoi le Vietnam est-il une Ukraine chinoise ? C'est une longue histoire. Il y a deux mille ans ce pays faisait partie de la Chine. Mais ce n'est plus le cas depuis l'an 880. Pendant les siècles qui ont suivi l'indépendance, les intellectuels vietnamiens ont beaucoup travaillé pour montrer que le Vietnam n'était pas la Chine.

    Quelqu'un de naïf se poserait immédiatement beaucoup de questions: quelles sont les différences? L'apparence, la langue, les bases culturelles? La province chinoise de Guangdong, par exemple, ressemble pourtant au Vietnam sur tous ces plans. D'ailleurs, sa langue est tout aussi incompréhensible que le vietnamien pour d'autres provinces chinoises.

    Et dans l'ensemble toutes les provinces chinoises se distinguent les unes des autres.

    Bref, voici le contexte émotionnel global de leurs relations. Ce qui fait du Vietnam une arme très pratique pour causer des problèmes à la Chine – de la même manière que l'Ukraine pour la Russie.

    Et n'oublions pas que la Chine a mené sa dernière guerre contre le Vietnam (en 1979, une guerre courte et pas vraiment victorieuse pour les Chinois). Peu importe la raison: un fait est un fait.

    Quant aux Philippines, l'histoire est un peu différente. L'élite intellectuelle de ce pays n'a pas réussi à se faire au "départ" des Américains d'Asie – les Philippines en étaient la colonie.

    Le gouvernement philippin actuel se sent plus rassuré dans son ancien rôle d'allié américain et il souhaiterait rétablir une telle alliance. Pour cela, il suffit de maintenir une certaine tension dans les relations avec la Chine, ne serait-ce qu'en brandissant des litiges concernant les eaux territoriales. La mer est grande, il y aura suffisamment de litiges pour tout le monde. Notons tout de même que jusqu'au départ des USA les pays de cette région d'Asie se passaient de conflits et de litiges.

     

    Ne pas parler en vain

    Les Américains ne cherchent pas non plus à cacher vraiment le fond de la situation. Tout est fait ouvertement : il faut planter une épine ou deux dans les pieds de la Chine pour montrer à toute l'Asie que le dragon n'est pas tout-puissant. Elle ne réagit pas aux revendications territoriales de voisins plus faibles concernant des îles qui n'intéressaient personne il y a une vingtaine d'années? Alors elle est faible. Elle réagit et offense les faibles: ce n'est pas bien, elle est trop puissante et tout le monde a besoin de l'Amérique pour rétablir l'équilibre régional.

    C'est à cela que ressemble depuis plusieurs années la politique de "retour en Asie" de l'administration Obama. On constate la même signature que dans le cas de la Russie avec l'Ukraine: il faut utiliser un petit pays qu'on ne regretterait pas au pire des cas. Un ou deux. De plus, la Russie et la Chine ne sont pas les seules cibles de cette politique, les Etats-Unis ont déjà organisé des scénarios similaires à travers le monde. C'est devenu une sorte de norme.

    Alors imaginons que Moscou doive prononcer un discours à ce sujet. Se placerait-il du côté de la Chine en insinuant que le Vietnam a tort? Mais le Vietnam est un partenaire de la Russie et les Philippines ne sont pas son ennemi non plus. Que gagnerait la Russie, hormis des complications, en faisant des grands discours? Et que gagnerait la Chine en disant à l'Europe et aux USA: nous savons parfaitement qui organise quoi contre la Russie grâce à la crise ukrainienne, parce que nous subissons la même chose?

    D'ailleurs, pourquoi la Russie ou la Chine auraient besoin d'un tel soutien mutuel si elle n'attaquent personne? La Russie a conscience qu'on cherche à l'affaiblir. Mais elle peut se permettre de l'ignorer et continuer à signer des contrats.

    D'ailleurs, le nombre "incroyable" de contrats était déjà prêt, sans lien particulier avec l'Ukraine, et c'est également une sorte de réponse. Personne n'a l'intention de fuir l'axe de coopération occidental au profit de l'oriental, simplement parce que ces processus demandent des années. Et ces années n'ont pas passé en vain pour la Russie et la Chine.

    Et les grands discours ne sont pas faits pour les hommes politiques mais pour le public.

    La Russie, concernant l'Ukraine, et la Chine, au sujet des îles en mer de Chine méridionale, veulent avant tout la vérité, des mots justes. Le sentiment le plus fort dans la conscience de masse russe dans ces histoires est la rancune: comment ces Américains ou Européens peuvent-ils mentir aussi ouvertement sur chaque épisode ukrainien? Après tout, ils savent que les Russes sont au courant de l'état réel des choses. Mais ils continuent à mentir – "on va ensemble en découdre avec ces Russes ou ces Chinois et on dira les choses telles qu'elles sont".

    Mais rappelons une particularité de la culture russe et chinoise: ne pas lancer des paroles en l'air. Les choses les plus importantes sont celles dont il ne faut pas parler. Gardons notre rancune pour nous.

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

    Lire aussi:

    National Interest: les USA préparent un «cadeau» à la Chine en 2018
    Le Président des Philippines appelle à éviter une guerre en mer de Chine méridionale
    «Liberté de navigation»? La Chine proteste contre les manœuvres de la Royal Navy
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik