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    L'Europe s'engage sur un nouveau Front de l'Ouest

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    Le 27 mai 2014, un sommet informel à Bruxelles a réuni les dirigeants de l'UE pour évoquer les résultats des législatives européennes.

    Le 27 mai 2014, un sommet informel à Bruxelles a réuni les dirigeants de l'UE pour évoquer les résultats des législatives européennes. Les dirigeants de la France, du Royaume-Uni, de l'Italie et de la Grèce ont fermement condamné la politique fiscale imposée par Berlin aux pays de l'UE. Aucune réaction n'a suivi de la part de la chancelière allemande Angela Merkel.

    La France: à droite toute

    Quand le général Charles de Gaulle a été écarté de l'arène politique, la France, deuxième puissance économique européenne, est devenue de plus en plus dépendante des Etats-Unis - et aujourd'hui de l'Allemagne. Cette situation est humiliante pour un pays vainqueur de la Seconde Guerre mondiale et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Les Français ont toujours eu, historiquement, un fort sentiment de dignité nationale.

    Les législatives européennes l'ont confirmé une fois de plus: le Front national a obtenu 24,85% des voix, devenant ainsi le parti français le plus représenté au Parlement européen. Ce succès a été enregistré dans pratiquement tous les départements, à l'exception des DOM-TOM, de la Corse et de certaines régions du sud-ouest. L'UMP a été soutenu par 20,8% des votants et seulement 13,98% d'entre eux ont voté pour le PS.

    S'appuyant sur les résultats des législatives, Marine Le Pen a sommé le président Hollande de dissoudre l'Assemblée nationale. Manifestement, l'organisation de législatives anticipées (prévues pour 2017) sera le prochain point du programme du FN.

    La dissolution de l'Assemblée nationale n'est pas quelque chose d'extraordinaire en politique française. Par exemple, François Mitterrand a commencé ses deux mandats par des législatives anticipées. En revanche, il l'avait fait dans le but d'accroître la présence du PS au Parlement, tandis que Marine Le Pen suggère à Hollande de priver le PS de la majorité de ses propres représentants.

    Plus encore, si le Front national remportait les législatives nationales, il pourrait parfaitement former son propre gouvernement avant de soulever la question de la destitution du chef d'Etat.

    Dans ce sens l'UMP, arrivé deuxième, pourrait s'allier avec Marine Le Pen. En juin 2014, ce parti élira son nouveau leader, il pourrait s'agir de l'ex-premier ministre François Fillon. Ce dernier prône la coopération avec la Russie et critique fermement la position des USA et de Hollande vis-à-vis de l'Ukraine.

    Le Front de gauche, qui a reçu 6,61% aux législatives européennes, n'apprécie pas non plus la politique du président actuel. Son leader Jean-Luc Mélenchon a condamné le soutien des néonazis en Ukraine par Hollande. Par sa politique incohérente le président français a dressé contre lui aussi bien la gauche que la droite, et même une partie des centristes.

    Il serait donc logique qu'en cas d'élection d'un nouveau parlement ils votent la destitution de Hollande pour manquement à ses engagements. Cette formulation a été ajoutée à la Constitution grâce aux efforts de Jacques Chirac. Ce dernier, encore président, risquait être relevé de ses fonctions soupçonné de détournement de fonds lorsqu'il était maire de Paris. Comme dans le cas de Jacques Chirac, à défaut de pouvoir destituer le président de ses fonctions (ce qui nécessite deux tiers des voix au parlement), Marine Le Pen pourrait significativement limiter l'activité de Hollande jusqu'à la présidentielle de 2017.

    La Grèce: à gauche toute

    Et si la France est devenue un symbole du "cap à droite" en UE, la Grèce a mis la barre à gauche. La Coalition de la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras est arrivée première avec 26,6% des voix, et les communistes ayant une idéologie proche de Syriza ont obtenu 6,07% des votes.

    Alexis Tsipras a déjà exigé d'organiser des législatives nationales anticipées. Il souhaite confirmer son succès et former une coalition gouvernementale. A l'issue des élections en juin 2012, Syriza avait la possibilité d'entrer au gouvernement mais y avait renoncé à l'époque. Il a clairement l'intention, aujourd'hui, de devenir lui-même premier ministre.

    D'autant que s'il ne profitait pas de cette nouvelle occasion, les sympathies des électeurs pencheraient du côté de l'extrême droite, notamment vers le parti de l'Aube dorée. Ce dernier, comme la gauche, s'opposer au diktat de l'Allemagne sur l'UE et gagne en popularité, comme en témoigne sa troisième place aux législatives européennes avec un score de 9,38%.

    Tsipras critique depuis longtemps et avec intransigeance la politique des eurobureaucrates, mais aussi celle d'Angela Merkel, y compris vis-à-vis de l'Ukraine.

    L'Ecosse et la Catalogne: un pas de plus vers l'indépendance

    En Grande-Bretagne, la première place revient au Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) de Nigel Farage (27,5%), tandis que les conservateurs de David Cameron ont connu une défaite humiliante en arrivant à la troisième place (23,9%). Hélas, Farage ne pourra certainement pas afficher un résultat aussi brillant aux législatives nationales à cause d'un mode de scrutin majoritaire.

    Les résultats des élections en Ecosse sont bien plus intéressants pour l'avenir du pays car un référendum sur l'indépendance y sera organisé le 18 septembre 2014. Le Parti national écossais, qui prône l'indépendance de la région nord des îles Britanniques tout en restant membre de l'UE, est arrivé premier avec 29% des voix. Les travaillistes (25,9%), les conservateurs (17,2%) et les libéraux-démocrates (7,1%), qui défendent l'intégrité du pays, au total ont rassemblé plus de voix. Selon les sondages, en mai 2014 entre 34 et 40% des Ecossais étaient prêts à voter pour leur séparation du Royaume-Uni. Une partie d'entre eux a soutenu UKIP (10,6%), ce qui témoigne d'une montée des sentiments antieuropéens parmi les partisans de la séparation de l'Ecosse.

    Les législatives européennes en Catalogne – une autre région européenne qui cherche à former son propre Etat – ont illustré un renforcement significatif des partisans de l'indépendance. Les indépendantistes de gauche ont obtenu 23,67% des votes, Convergence et Union – 21,86%, les Verts – 10,3%. Ces trois forces politiques prônent l'indépendance. Le taux de participation s'est avéré inhabituellement élevé – supérieur à la moyenne européenne et espagnole. 55,83% des électeurs ont voté pour des partis voulant l'indépendance de la Catalogne. Telle est la réponse des Catalans aux menaces de Bruxelles, ainsi qu'à l'interdiction du parlement espagnol d'organiser un référendum le 9 novembre 2014. En janvier 2014, seulement 44,9% des habitants de cette région étaient prêts à soutenir la séparation de l'Espagne. Visiblement, la montée des sentiments antieuropéens en Ecosse et en Catalogne est inévitable si Bruxelles et Berlin continuent de mener cette politique.

    L'Italie: une autre épine dans le pied de Merkel

    L'Italie présidera le Conseil de l'UE au second semestre 2014. Dans le pays c'est le Parti démocrate de Matteo Renzi qui remporte le meilleur score avec 40,8% des suffrages. Les eurosceptiques (Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo et Ligue du Nord) ont obtenu au total seulement 27,4% des voix. A première vue, cela pourrait témoigner du sentiment favorable à l'intégration européenne dans les Apennins. Il ne faut pas oublier que le leader de Forza Italia d'opposition (18%) de Silvio Berlusconi a des comptes personnels à régler avec Merkel.

    La nomination du leader du parti démocrate au poste de premier ministre en Italie en février 2014 a été considérée par certains comme antidémocratique, car il ne bénéficiait pas du soutien du parlement. Et aujourd'hui, avec le soutien de l'Autre Europe de Tsipras (4,03%) et des eurosceptiques, Berlusconi pourrait faire renvoyer Renzi et causer un autre mal de tête à Merkel et aux bureaucrates de Bruxelles.

    Réaction de Berlin

    Tandis que Merkel reste mystérieusement silencieuse, son entourage proche commente le résultat des législatives européennes dans une forme ouvertement outrageuse: le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a qualifié le FN de parti "fasciste".

    Cependant, l'histoire nous apprend que l'idée de la suprématie et du chauvinisme extrême se manifestaient ailleurs: c'est l'écrivain germanophile Houston Stewart Chamberlain qui a été l'auteur de la plus grande théorie raciste, ce sont les Allemands qui dans la pratique faisaient preuve de racisme envers les Chinois, qui ont organisé le génocide des Africains et aidaient les politiciens turcs à cacher la vérité sur le génocide arménien pendant la Première Guerre mondiale. Le chancelier allemand Adolf Hitler est devenu le symbole du nazisme et du fascisme. D'ailleurs, Wolfgang Schäuble a lui-même fait des déclarations frôlant le racisme, humiliant les musulmans et soutenant leur intimidation à grande échelle.

    L'approche et l'arrogance, dont font preuve les dirigeants du CDU avec l'accord silencieux de Merkel, ne peuvent que susciter de l'aversion au XXIe siècle.

    Il est logique que la colère contre le diktat de Berlin monte dans les pays de la coalition antihitlérienne (Royaume-Uni, France, Grèce et autres). Alors les actions de Le Pen, Tsipras et Farage, des partisans de l'indépendance écossaise et catalane et des antagonistes à l'UE en Italie rappellent déjà le Front de l'Ouest contre la politique des USA et de l'Allemagne.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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