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Drapeau de l'Etat islamique en Irak et au Levant

Irak: l'effet domino... jusqu'à la guerre nucléaire?

© Sputnik. Andrey Stenin
Opinion
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Aggravation de la situation en Irak (185)
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Les combattants de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), une organisation sunnite qui a proclamé dimanche la création d'un califat islamique en Syrie et en Irak, agit dans l'intérêt stratégique des États-Unis.

Les combattants de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), une organisation sunnite qui a proclamé dimanche la création d'un califat islamique en Syrie et en Irak, agit dans l'intérêt stratégique des États-Unis.

Ils remettent en effet en cause le gouvernement du premier ministre irakien chiite Nouri al-Maliki, qui s'est rapproché de l'Iran, s'est opposé au renversement de Bachar al-Assad et a fait revenir dans le pays des compagnies russes pour leur accorder 15% des contrats d'exploitation des gisements de pétrole et de gaz.

Washington est-il réellement confus par les agissements de l'EIIL et ignore-t-il comment stopper l'offensive sur Bagdad? Non: s'il arrêtait de financer les branches de l'organisation en Syrie, les armes n'arriveraient plus entre les mains des terroristes en Irak. Mais Washington ralentit sciemment l'aide à Bagdad, permettant à l'EIIL d'élargir son influence au maximum.

Croisades contre le socialisme arabe

Les principaux représentants du socialisme sunnite arabe, au XXIe siècle, étaient la famille Assad, Saddam Hussein, Yasser Arafat, Mouammar Kadhafi. D'un côté ils niaient en bloc la démocratie occidentale et de l'autre, ils construisaient une communauté sociale.

Par exemple, à l'époque de Saddam Hussein, les citoyens ordinaires étaient exempts de taxes communales : l'État prenait sur son budget pour couvrir ces dépenses. Les prix de l'essence étaient très bas et la majeure partie de la population possédait une voiture. Les petites entreprises ne payaient pas d'impôts, ce qu'Hussein expliquait ainsi: les entrepreneurs gagnent eux-mêmes leur argent, dégageant l'État de ses obligations en matière de prestations sociales. Le gouvernement ne doit pas, en plus, les taxer.

Nasser, Kadhafi, Hussein, Assad et Arafat: tous avaient conscience du fait que le Proche-Orient, avec ses immenses ressources pétrolières, était un morceau de choix pour les multinationales. Pour cette raison, ils prônaient l'unification de tous les Arabes.

Cela a forcément provoqué le mécontentement de Washington, qui part du principe "diviser pour mieux régner". C'est précisément ce qui a entraîné l'invasion de l'Irak en 2003, puis le Printemps arabe. Au final Kadhafi et Hussein ont été tués, Arafat a été soit assassiné, soit mort naturellement. Les Américains n'ont même pas épargné leur ancien collaborateur et principal idéologue du socialisme arabe et du panarabisme de Nasser: le président égyptien Hosni Moubarak. Ce dernier avait depuis longtemps renoncé aux idées de son mentor pour obéir à toutes les directives des Américains mais il a tout de même été renversé.

Seul le chef du parti socialiste Baas, Bachar al-Assad, tient encore le coup en Syrie.

Chiites et salafistes

Pour se débarrasser des sunnites socialistes, Washington s'est servi de chiites orientés vers l'Iran et des sunnites salafistes (wahhabites) soutenus par l'Arabie saoudite. En particulier, le premier ministre irakien chiite al-Maliki (partisan du rapprochement avec l'Iran) a combattu avec ferveur le gouvernement d'Hussein. Pour leur part, les Saoudiens ont également soutenu l'invasion américaine en Irak en 2003.

Les chiites iraniens sont partisans de la Révolution islamique de 1979 et suivent l'ayatollah Rouhollah Khomeini. Le salafisme s'est formé comme un courant religieux à la fin du XVIIIe-début du XIXe siècle grâce aux travaux du théologien arabe Mohammed ben Abdelwahhab (d'où l'appellation wahhabisme). Les deux courants sont réformateurs: ils sont basés sur l'obligation de mener une vie ascétique et spirituelle, à l'instar des premières communautés musulmanes.

Le salafisme (wahhabisme) était traditionnellement une religion des bergers bédouins de la péninsule arabique (différente des idées de Khomeini de rétablir la grandeur de la "civilisation perse"). Son courant radical rejette la culture urbaine et la civilisation, les considérant comme des nids de perversion et d'injustice. Cette thèse est fondamentale pour l'EIIL.

Après le renversement des partisans du socialisme arabe et du panarabisme, le moment était venu de brouiller entre eux les chiites (partisans de la Révolution islamique) et les salafistes. C'est ici que l'EIIL entre en jeu.

Après l'échec du Viêt Nam, Washington a activement soutenu les Khmers rouges du dictateur cambodgien Pol Pot contre les Vietnamiens, tout en se distançant publiquement du dirigeant.

Aujourd'hui, la politique étrangère de Washington est élaborée par des hommes qui ont participé ou soutenu la guerre au Viêt Nam – Biden, Kerry, McCain. L'EIIL, de leur point de vue, doit jouer le rôle des Khmers rouges, mouvement radical utile tant que les USA étaient en guerre contre le Viêt Nam. Dès que les Vietnamiens ont quitté le Cambodge, les Khmers rouges ont perdu leur intérêt aux yeux des Américains.

Dick Cheney: l'arme nucléaire bientôt utilisée par les terroristes?

Quand les islamistes auront accompli leur "mission", les Américains les traiteront de la même manière que Pol Pot, écarté du commandement des Khmers rouges avant de décéder dans des circonstances mystérieuses.

Voilà donc les conséquences de l'effet domino lancé par l'invasion de l'Irak en 2003. Cette dernière a déclenché une succession de coups d'État et de guerres et il est très difficile de prédire comment tout cela finira.

L'un des acteurs de la guerre en Irak, l'ancien vice-président américain Dick Cheney, a récemment prédit que dans les 5-6 prochaines années les USA devaient s'attendre à des attentats sur leur territoire, qui emporteraient plus de vies que ceux du 11 septembre 2001. Il a également fait allusion au fait que les terroristes pourraient recourir à l'arme nucléaire. Si cela se produisait, peu importe de savoir si ce nouvel "11 septembre" serait un jeu machiavélique des services de renseignement ou une vengeance des terroristes en colère.

L'importance est ailleurs. La doctrine militaire américaine prévoit une riposte nucléaire dans les conflits locaux. Et si la prédiction de Cheney se réalisait, il est fort probable que Washington appliquerait ce point de sa doctrine militaire au Moyen-Orient.

"Un homme est inhumain tant qu'il aspire à vivre caché derrière les mitrailleuses, les canons et les chars", écrivait à une époque l'ayatollah Khomeini, commentant la politique de l'Occident dans le monde islamique...

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