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    Les perspectives de l'économie ukrainienne, avec et sans le Donbass

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    Situation explosive dans l'est de l'Ukraine (1212)
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    Indépendamment de l'issue des négociations entre les milices séparatistes et Kiev, la rupture économique entre le pouvoir central et le bassin du Donbass est un fait accompli. A quoi ressemblerait l'économie ukrainienne sans cette région?

    Indépendamment de l'issue des négociations entre les milices séparatistes et Kiev, la rupture économique entre le pouvoir central et le bassin du Donbass est un fait accompli. A quoi ressemblerait l'économie ukrainienne sans cette région?

    Un déclin économique général

    Aucun pays ne peut compter sur une économie prospère sans une industrie développée. Et faire tourner une industrie est impossible - voire inutile - sans marchés d'écoulement. En 2010, les exportations de produits ukrainiens en Russie ont atteint 35 milliards de dollars, apportant une solide contribution à l'économie ukrainienne. Mais suite à la réorientation du pays vers "l'intégration européenne" avec des slogans comme "Laissons tomber Moscou!", les pertes des positions ukrainiennes sur le marché russe représentent déjà la moitié de cette somme: en 2012 les exportations ukrainiennes en Russie ont chuté jusqu'à 23 milliards de dollars, et jusqu'à 19 milliards en 2013. La dégringolade n'est pas finie.

    Surtout que pendant ce temps, les exportations ukrainiennes vers les marchés européens n'ont pas augmenté. Au contraire, l'UE a adopté des quotas très sévères sur les produits en provenance d'Ukraine: 8.000 tonnes par an sur les produits laitiers par exemple, avec une augmentation jusqu'à 10.000 tonnes d'ici cinq ans. Les produits comme le lait en poudre se sont vus imposer un quota de 1.500 tonnes par an avec une augmentation prévue jusqu'à 2 000 tonnes par an, et le beurre plafonnera à 1.500 tonnes. A titre de comparaison, la compagnie Loostdorf a produit l'an dernier 126 000 tonnes de produits laitiers entiers: ce quota représente donc pour elle une norme inférieure à sa production mensuelle. Et à l'échelle nationale, c'est une goutte d'eau dans l'océan.

    La seule chute des exportations en Russie, non compensée par la hausse des exportations en UE, a provoqué l'effondrement de l'économie ukrainienne. Il faut ajouter à cela les actes et les paroles du nouveau gouvernement de Kiev, qui ont poussé Gazprom à supprimer la remise des tarifs sur les hydrocarbures russes, puis ont laissé s'accumuler une dette gazière conséquente, forçant ainsi le holding russe à suspendre les approvisionnements de l'Ukraine en gaz.

    Les capacités de l'économie ukrainienne sans Donetsk et Lougansk

    La perte du Donbass aurait également un impact négatif sur l'économie ukrainienne. Mais employer le conditionnel est presque inutile car cette région est déjà perdue, indépendamment de l'issue des négociations actuelles. Quoi qu'il arrive, sa reconstitution est pratiquement irréelle dans les conditions avancées par les autorités de Kiev actuellement.

    Les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk comptent environ 6,5 millions habitants (15% de la population ukrainienne) qui vivent sur 53.200 km² (8,9% du territoire ukrainien). Avant le début des hostilités, ces régions assuraient près d'un quart de la production industrielle de l'Ukraine. L'an dernier, le volume exporté depuis le territoire de ces républiques était de 16,6 milliards de dollars et les importations de 7,7 milliards de dollars - soit une balance commerciale excédentaire de 8,9 milliards de dollars.

    L'Ukraine, sans la Crimée, compte 42,5 millions d'habitants répartis sur 550 000 km². Elle a exporté pour 68,2 milliards de dollars en 2013 et importé 80,6 milliards de dollars de marchandises – soit un déficit commercial de 12,4 milliards de dollars.

    L'Ukraine sans le Donbass aurait une population de 36 millions d'habitants et sa superficie diminuerait jusqu'à 497.000 km². Les exportations s'abaisseraient jusqu'à 51,6 milliards de dollars et les importations jusqu'à 72,9 milliards de dollars. Le déficit commercial grimperait pour sa part jusqu'à 21,3 milliards de dollars.

    Le PIB ukrainien perdrait environ 16% après l'indépendance du Donbass, alors que le fardeau fiscal sur les régions restantes augmenterait de presque 15%. Et ce uniquement à partir des statistiques de l'année dernière, sans tenir compte des conséquences négatives du coup d'Etat et de la guerre civile qui a suivi.

    Sans charbon, électricité ni métal

    © RIA Novosti .
    Dégâts causés par des tirs d’artillerie à Mospino, dans la région de Donetsk

     

     

     

     

    Et encore, ce scénario n'est le résultat que de simples opérations mathématiques réalisées avec des indices macroéconomiques. En réalité, la situation économique de l'Ukraine est encore plus déplorable. Les processus de ce genre ne peuvent pas être calculés de manière rectiligne: il faut tenir compte de très nombreux facteurs secondaires. L'indépendance du Donbass, qui rejoindrait alors la Novorossia, aura bien d'autres conséquences négatives pour l'Ukraine.

    Il risquerait par exemple de n'y avoir plus de charbon du Donbass pour les centrales (le Donbass produit environ trois quarts du charbon du pays), ce qui renforcerait encore les problèmes d'électricité et de chauffage du pays. Kiev est déjà privée d'eau chaude depuis des semaines et depuis le début du mois, on a commencé à couper aléatoirement le courant lors des pics de consommation le matin et le soir à travers l'Ukraine.

    Les usines minières de Dniepropetrovsk, propriétés de l'oligarque Igor Kolomoïski, seront inutiles et non rentables, les poussant à la fermeture. Tout simplement parce que leur production est essentiellement déchargée dans les entreprises de la Novorossia (Nouvelle-Russie), dont beaucoup ont besoin de réparations suite aux bombardements, voire ont été détruites. Le chef du service fiscal ukrainien Igor Biloous a récemment annoncé qu'environ 600 entreprises avaient été détruites.

    Les marchés de Nouvelle-Russie se réorienteront sur la consommation de marchandises russes et biélorusses, aussi bien pour les produits alimentaires que l'industrie légère (des accords préalables ont déjà été obtenus). Encore une fois, cela affecterait les producteurs ukrainiens.

    Enfin, sans les régions industrielles du sud-est, Kiev aurait bien plus de mal à obtenir des crédits du Fonds monétaire international (FMI) et d'autres institutions internationales. En effet, dans les conditions avancées par le FMI pour obtenir de nouvelles tranches d'aide, il est clairement indiqué que l'Ukraine doit au préalable rétablir le contrôle dans les régions insurgées.

    La victoire du rural sur l'urbain

    L'économie fait la force et la prospérité de tout pays. Sans économie il n'y aurait pas d'armée, de science ni de culture. Mais on ne peut pas développer l'économie quand les prétendues autorités de Kiev exacerbent l'hystérie antirusse – sûrement inspirée par les patrons américains de la junte de Kiev - au lieu d'essayer de normaliser les relations avec ses voisins. La possibilité de s'entendre sur la reprise d'une coopération commerciale et industrielle en est encore plus illusoire.

    Une grande partie du potentiel industriel de l'Ukraine est concentrée dans le sud-est du pays et attachée aux marchés de la Russie et de la CEI - personne d'autre n'a besoin de ses produits. Pour cette raison, l'abandon de la coopération avec les pays de la CEI et "l'intégration européenne" sont en fait synonymes d'un abandon de l'industrie et du retour de l'Ukraine à l'ère préindustrielle.

    © Sputnik . Mikhail Voskresensky
    Incendie à l’usine Tochmash (Donetsk) qui a été la cible de tirs d’artillerie de l’armée ukrainienne

     

    Les troubles de la place Maïdan ont débouché sur une révolte du rural contre l'urbain, de l'archaïsme contre le moderne. Et la destruction méthodique de l'industrie du Donbass par l'artillerie et l'aviation ces derniers mois en est une parfaite illustration. Les militants du Maïdan sont des néo-luddites - appelant au "retour aux sources", détruisant l'industrie et les porteurs de la culture urbaine, et croyant dur comme fer que Jésus, Bouddha et Mahomet étaient ukrainiens.

    Les études menées par des économistes célèbres comme Glaziev ou Katassonov montrent que seule une profonde intégration dans les Unions douanière et eurasiatique permettrait de sauver l'économie ukrainienne en déclin. L'Union européenne ne peut pas fournir à l'Ukraine les hydrocarbures dont elle a besoin, ni des marchés d'écoulement pour ses marchandises. Qui plus est, ce n'est pas dans l'intérêt de l'UE.

    Tant que des marionnettes américaines seront au pouvoir à Kiev, protégeant les intérêts des dirigeants américains plutôt que ceux des Ukrainiens, rien de positif ne se produira dans le pays.

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