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    Un scénario afghan ou irakien pour l'Ukraine?

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    Règlement de la situation en Ukraine (2014) (2149)
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    Qui résisterait à la tentation de connaître son avenir si l'occasion se présentait? Le gouvernement ukrainien, justement, a cette chance. Mieux: pour la saisir, il n'a même pas besoin d'un miracle ou d'une machine à voyager dans le temps - il lui suffit de disposer d'un ordinateur connecté à internet.

    Qui résisterait à la tentation de connaître son avenir si l'occasion se présentait?

    Le gouvernement ukrainien, justement, a cette chance. Mieux: pour la saisir, il n'a même pas besoin d'un miracle ou d'une machine à voyager dans le temps - il lui suffit de disposer d'un ordinateur connecté à internet.

    En effet, les hommes politiques ukrainiens pourront facilement connaître l'un des scénarios qui attend leur pays en consultant les informations en provenance du Moyen-Orient. Tout du moins celui qui semble inéluctable si l'élite politique actuelle de Kiev ne change pas radicalement sa manière d'être et de penser.

    Le 1er mai 2003, dans un uniforme de pilote, le président américain George W. Bush atterrissait sur le pont du porte-avions Abraham Lincoln et prononçait l'un des discours les plus scandaleux de ses deux mandats présidentiels. Sur fond d'une immense affiche"Mission accomplie!" Bush déclarait: "Les Etats-Unis et leurs alliés ont remporté la bataille d'Irak".

    Certes, le discours de Bush contenait également des formulations plus prudentes comme "notre mission continue" ou "la guerre contre le terrorisme continue". Mais l’emphase de l’allocution du président américain ne laissait aucune place au doute: Bush était sincèrement convaincu d’être à deux doigts du triomphe définitif de sa politique irakienne. Comme annoncé dans ce discours du président américain, "la guerre contre le terrorisme n’est pas infinie. Nous ne connaissons pas le jour exact de la victoire définitive. Mais nous avons déjà assisté à un tournant".

    Aujourd'hui, le régime mis en place en Irak par les Américains est au bord du gouffre.

    Le président américain Barack Obama doit prendre des mesures d'urgence pour empêcher les hordes de terroristes de prendre le contrôle du pays et une nouvelle opération terrestre des USA dans la région se profile à l'horizon.

    Ce n'est ni une blague ni une volonté de rire du malheur d'autrui - la coalition terroriste en Irak et en Syrie représente une menace directe et flagrante non seulement pour l'Amérique, mais également pour la Russie. C'est simplement un argument menant à la conclusion qui suit.

    L'establishment diplomatique américain est enclin à l'optimisme excessif, à une appréciation primitive et incorrecte de la réalité, à la surestimation de ses propres connaissances et de son savoir-faire ou encore à la sous-estimation de la complexité des tâches fixées.

    En 2003, l'Amérique croyait dur comme fer en ses propres capacités et elle a endossé le fardeau d'apporter à l'Irak un avenir prospère. Aujourd'hui, malgré le fait que les Etats-Unis ignorent comment se débarrasser de ce fardeau, malgré la fatigue psychologique, morale, financière, militaire et politique qu'il leur impose, les USA ont quand même engagé leur responsabilité pour le sort d'un autre pays: l'Ukraine.

    On peut les comprendre les Américains. L'Ukraine fait partie du monde européen et la simplicité de ses problèmes politiques fait qu'on peut la manoeuvrer sans trop s'investir financièrement.

    Mais on ne peut pas comprendre les politiciens ukrainiens. Tout le monde sait que les dirigeants de Kiev ne prennent aucune décision importante sans consulter au préalable leurs homologues américains. Peut-être ignorons-nous quelque chose d'important - mais on se demande quand même sur quoi s'appuie la conviction des leaders ukrainiens selon laquelle cette méthode d'agir sera efficace, raisonnable et utile pour le pays?

    Les Américains ont voulu contrôler le sort de l'Irak et ont échoué. Idem en Afghanistan - il suffit de relire à ce propos les récentes déclarations du président afghan sortant Hamid Karzaï. Alors pourquoi les politiciens ukrainiens placent-ils le sort de leur pays entre les mains de ces mêmes Américains?

    On ne peut pas dire que les politiciens américains sont méchants et stupides, au contraire des politiciens russes, incarnation de la raison et de l'altruisme. On peut écouter du matin au soir les conseils des autres mais on ne peut pas se soumettre à la volonté extérieure et devenir un exécutant aveugle de leur politique.

    Après 2003 en Irak et après 2001 en Afghanistan, les leaders de ces pays n'avaient pas vraiment le choix. Leur nouveau système étatique avait été créé par les Américains et ne pouvait pas survivre sans leur tutelle permanente. Les nouveaux dirigeants d'Ukraine en 2014, par contre, avaient ce choix. Mais ils ont délibérément accepté ce niveau de tutelle de la part de l'Amérique, alors que les politiciens irakiens et afghans l'ont fait car ils n'avaient pas d'alternative.

    On voit aujourd'hui apparaître les premiers fruits de cette politique. Certes, l'Ukraine ne s'est pas transformée en "nouvelle édition" de l'Irak ou de l'Afghanistan. Mais on peut déjà facilement parler d'une certaine "afghanisation de l'Ukraine". Le président Viktor Ianoukovitch était un très mauvais dirigeant. Ce qui s'est produit et continue d'arriver dans le pays en 2014 est en bonne partie de sa faute.

    Mais pendant son mandat, Ianoukovitch cherchait à manœuvrer, à mener une politique d'équilibre des intérêts. Et il n'y avait pas de guerre civile en Ukraine. Après le coup d'Etat à Kiev la politique d'équilibre des intérêts a été jetée à la poubelle. La guerre civile, d'une cruauté comparable aux événements en Irak et en Afghanistan, est devenue un fait accompli.

    L'Ukraine doit mener une politique fondée sur une certaine dose d'égoïsme national. Aujourd'hui, Kiev semble avoir des problèmes à le faire. D'un côté, on y constate une hostilité hystérique et contreproductive vis-à-vis de la Russie et une confiance naïve, presque infantile envers l'Amérique. C'est compréhensible – mais pas forcément juste ni raisonnable.

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    Règlement de la situation en Ukraine (2014) (2149)

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