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C'est comme ça que les juifs de France voient leur avenir.

Suite aux attentats terroristes de janvier et aux tombes vandalisées dans un cimetière juif en France, la communauté juive se pose de plus en plus de questions, bien attisée par les discours répétitifs de Benyamin Netanyahou premier ministre d'Israël qui appelle les juifs de France à immigrer.

Mais selon le vice président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France Francis Kalifat, on ne peut pas parler de fuite des juifs de France, selon lui il n'y a même pas de peur et de panique, juste un profond désir que les autorités françaises fassent des gestes importants:

Radio Sputnik. La situation des juifs de France après les attentats de janvier et les tombes du cimetière juif vandalisées, quelle est la situation des juifs de France en ce moment, est-ce qu'il y a une peur ou une crainte dans cette tranche de population?

Francis Kalifat. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a vraiment une inquiétude. On ne peut par parler de peur car la peur signifierait panique. Il n'y a pas de panique. Il y a une vraie inquiétude des juifs de France quant à l'avenir des juifs dans leur pays — la France. Je crois que cette inquiétude est surtout pour l'avenir de leurs enfants, parce que les juifs de France se posent la question de l'avenir de leurs enfants en France, parce qu'aller à l'école protégés par l'armée et prier dans les synagogues protégés par l'armée ça ne peut être qu'une mesure transitoire de sécurité, en attendant de trouver des mesures fortes et définitives qui fassent que les juifs en France puissent retrouver leur sérénité.

Radio Sputnik. Quelles mesures fortes vous attendez du gouvernement, ce qu'ils font pour l'instant ça ne vous convainc pas du tout?

Francis Kalifat. Ce n'est pas que ça nous convainc pas, jusqu'à présent nous avions eu des discours très forts avec des mots forts qui ont rassuré. Mais on ne peut pas se contenter aujourd'hui uniquement de mots et de déclarations. Je crois que le gouvernement doit maintenant passer aux actes. Aujourd'hui dans tous les ministères chacun réfléchit à des propositions qui vont être mises en place. Nous avons fait nous même des propositions à différents ministères, pour l'instant c'est sur 3 axes que les choses doivent se faire:

1 — C'est bien évidemment l'éducation. La base est à l'éducation. Il faut retrouver dans le système éducatif français cette éducation au vivre ensemble. Quand on voit ce qui s'est passé dans le cimetière en Alsace, quand il s'agit de jeunes adolescents qui ont commis ces méfaits, je crois que l'on a un vrai problème d'éducation qu'il faut résoudre. Il faut tout reprendre à la base et inculquer aux enfants le respect de l'autre dans sa différence.

Un crucifix renversé à Tracy-sur-Mer, dans le Calvados
© AFP 2019 CHARLY TRIBALLEAU
2 — Ensuite c'est au niveau de la justice que nous attendons aussi qu'il puisse y avoir des mesures fortes sur les djihadistes notamment la déchéance de nationalité lorsqu'ils sont binationaux, on aimerait bien qu'il puisse y avoir une rétention administrative pour ceux qui sont nationaux, on ne peut pas les déchoir de leur nationalité, mais on peut les suivre avec des bracelets.

Et surtout on souhaite qu'il n'y ait pas de remises de peines pour les condamnations qui sont liées au terrorisme. Les corolaires sont les prisons bien évidemment parce que l'on sait qu'aujourd'hui la radicalisation des islamistes se fait en grande partie en prison et il faut également trouver des solutions pour que la prison ne soit plus un lieu de radicalisation.

3 — Le troisième axe sur lequel il faut agir c'est Internet et tout ce qui en découle, Twitter, Facebook etc. parce que l'on sait qu'Internet est l'un des vecteurs principaux de la haine raciale, de l'antisémitisme, de la haine du juif et de la radicalisation aussi. Je crois qu'il y a un gros travail à faire.

Radio Sputnik. Vous avez dit que vous êtes inquiet pour l'avenir des juifs de France, mais est-ce que vous pensez qu'il y a vraiment un avenir? Quand on regarde les dernières décennies il y a une immigration assez importante des juifs et la population ne cesse de décroitre.

Francis Kalifat. Les juifs de France ils ont acquis la nationalité française en 1791 de mémoire, ça veut dire que la présence juive en France et le témoignage de la présence juive en France se voient à travers les prix Nobels que les juifs ont donné à la France, à travers les hommes politiques issus de la communauté juive dont la France a hérité, à travers les professeurs de médecine. Je ne dis donc pas que les juifs de France sont intégrés à la société française, ils sont partie prenante de la société française. La présence de juifs en France n'est pas du tout remise en question, ce qui est inquiétant c'est la capacité à juguler cette vague antisémite qui n'est pas que sur la France, elle touche toute l'Europe, on a vu ce qui s'est passé à Copenhague, à Bruxelles, sa s'étend même en dehors de l'Europe — au Canada, à l'Australie. Nous sommes quasiment dans une guerre quasiment mondiale que le djihadisme livre aux démocraties occidentales et les juifs de France sont au premier plan de cette guerre qui est menée.

Quand à ceux qui décident de partir, bien évidemment c'est leur liberté et choix personnel, la seule chose que nous disons, c'est qu'ils doivent avoir le choix de rester ou de partir. Si ils veulent partir pour des raisons qui appartiennent à chacun, ça peut être des raisons économiques, idéologiques ou religieuses, parce qu'ils sont des tenants du sionisme ou s'il sont persuadés qu'Israël est le meilleur endroit où ils peuvent s'accomplir en tant que juifs, c'est leur liberté personnelle. Ce que nous voulons c'est qu'il puissent avoir le choix entre partir ou rester mais qu'ils ne soient pas obligés de partir. On n'est pas non plus dans des chiffres qui nous laisseraient penser qu'il y a une fuite des juifs ou que les juifs quittent la France en masse.

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Tags:
Benjamin Netanyahu, Juifs, antisémitisme, Francis Kalifat, France
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