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En dépit de son actuelle réorientation vers l'Asie, la Russie et son économie restent avant tout tournées vers l'Europe.

Par Pascal Lorot

La situation prévalant aujourd'hui est celle d'un isolement de la Russie qui reste somme toute relatif. Certes, la situation en Ukraine a crispé les relations. Des sanctions ont été mises en œuvre. Pour autant, les échanges politiques entre l'ensemble Europe/Etats-Unis et la Russie se poursuivent sur une multitude de questions importantes, l'Ukraine bien sûr mais aussi l'Iran, la Syrie, le terrorisme islamique etc. Autant de sujets pour lesquels la Russie a un rôle à jouer.

Ensuite, on le voit, la pression venant des différentes nations occidentales varie d'un pays à l'autre. A un bout de l'échiquier, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont adopté la posture la plus dure tandis qu'à l'autre bout, la Grèce, Chypre voire l'Italie se montrent les plus récalcitrants vis-à-vis de la question des sanctions. Les deux poids lourds de l'Europe, Allemagne et France, ayant quant à eux adopté une position médiane visant à ne fermer aucune porte.

Au-delà, la "communauté internationale" ne se réduit pas au couple Europe/Etats-Unis. Là, pas de sanctions et nombre de pays parmi lesquels la Chine, l'Inde ou le Brésil se sont démarqués des politiques suivies par Bruxelles et surtout Washington. La présence des deux premiers lors des cérémonies du 9 mai en atteste.

Dans un monde multipolaire, il n'est pas choquant en soi que la Russie se tourne aussi vers l'Asie. Ce continent constitue une des régions les plus dynamiques de la planète. Il offre de fait un débouché important pour l'économie russe mais aussi une source de financement potentiel significatif. Des complémentarités importantes existent par exemple dans l'énergie entre la Russie et la Chine: d'une côté des ressources importantes, de l'autre des besoins colossaux que l'offre locale n'arrive à satisfaire. Qui plus est, Pékin a la capacité à financer, ce qui n'est pas le cas de Moscou, la construction des infrastructures nécessaires. Pourquoi dès lors se priver d'un rapprochement que certains qualifient de stratégique?

Le rapprochement entre la Russie et l'Asie (c'est-à-dire essentiellement la Chine) reste à confirmer. Les déclarations sont une chose, les faits tangibles et observables en sont une autre. Qui plus est, il faut espérer que les sanctions seront levées bien avant que la construction, qui s'étale sur plusieurs années, des infrastructures évoquées entre Moscou et Pékin ne soient achevée. Il n'en demeure pas moins que le renforcement des coopérations — essentiellement économiques — entre la Russie et la Chine/Asie offre un ballon d'oxygène à Moscou ainsi que de nouvelles perspectives.

Au-delà, il ne faut pas se leurrer, la Russie et son économie restent avant tout tournées vers l'Europe. Il sera difficile pour Moscou de s'affranchir de cette réalité. En sens inverse, l'Europe a intérêt au maintien d'un partenariat privilégié avec la Russie. Economique mais aussi politique. Ce pays est participe à la réalité de notre continent. L'Europe ne pourra se faire sans la Russie et encore moins contre elle.

Pascal Lorot est le président de l'Institut Choiseul pour la politique internationale et la géoéconomie (Paris) et le directeur de la revue Géoéconomie.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
Union européenne (UE), Asie, Chine, États-Unis, Russie
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