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    Rouble

    Le rouble a vocation à devenir une monnaie de change?

    © AFP 2019 Alexander Nemenov
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    Valérie Smakhtina
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    Alors que le forum économique a débuté jeudi à Saint-Pétersbourg, la Russie vient d’apprendre que ses actifs et propriétés ont été gelés en Belgique, de même qu’en France et en Autriche.

    Quant à la pierre de discorde entre l'Occident et la Russie, les sanctions ont été prolongées la veille de cet événement d'envergure, lors du sommet du G8 transformé en G7. Ainsi, le système de finance global qui, depuis plus de 40 ans, accélérait le processus de mondialisation, est aujourd'hui loin de son but initial. C'est une arme dans les débats politiques, un instrument de pression et de chantage géopolitique.

    Quelles modifications faut-il apporter au système de finance global? Quel est l'avenir de l'Union économique eurasiatique et du rouble en tant que nouvelle monnaie de réserve? En visite au forum économique à Saint-Pétersbourg, l'homme d'affaires et ancien homme politique français, patron de Vendôme Investments Groupe, Jean-Pierre Thomas a accordé à la radio Sputnik sa vision des relations économiques et politiques franco-russes.

    La politisation du système de finance global

    Aujourd'hui, la globalisation est une réalité. Depuis plus de 50 ans, le commerce mondial a poussé la croissance qui est passé de 80 milliards de dollars à 180 milliards. Ce changement est considérable. Depuis 2008, les échanges mondiaux sont plutôt stagnants et notre système de finance global commence à poser des problèmes. Les instances qui gouvernent ce système sont dans la logique de l'après-guerre. Elles nécessitent aujourd'hui d'être totalement modernisées. Le monde a changé, cette tribune à Saint-Pétersbourg en est un parfait exemple. La Russie est déjà une grande puissance économique et diplomatique, même si certains ne veulent pas le reconnaître comme réalité. La Chine est largement présente dans les débats mondiaux aussi bien sur le plan économique que politique. L'Europe s'organise, non sans avec quelques difficultés, et les Etats-Unis entendent maintenir un leadership mondial unilatéral. Si on ne modernise pas nos institutions, notamment, financières internationales (le FMI, la Banque mondiale), nous aurons de graves problèmes. Le G8, par exemple, n'a jamais eu vocation à être un instrument politique. Au départ, c'était une instance de coopération et de concertation économique. Décider et dire: la Russie ne participera pas au G8 — c'est dévoyer les institutions internationales.

    La globalisation — c'est l'adéquation des capitaux, la location des capitaux aux marchés dans le monde, c'est-à-dire qu'ils se déplacent dans l'endroit où la main-d'oeuvre et les coûts de production sont moindres. Avec les déclarations d'une rare violence, notamment, sur les sanctions antirusses, on a fragmenté la globalisation. Dans ce cas, il ne faut pas s'étonner si la réaction salutaire est d'aller vers un monde multipolaire. On va assister à la création de zones économiques, telles que le Mercosur, et de nouvelles monnaies de réserve partout dans le monde. Cette diversification est salutaire. Je crois qu'il faut reprendre la discussion sur la zone économique euro-russe Europe-Russie-Asie sur le continent eurasien, parce que l'Europe sans la Russie n'est pas l'Europe.

    Les sanctions

    Il faut stopper les sanctions économiques qui, à mon avis, n'ont aucun sens. Elles sont en train de casser la croissance mondiale. Premièrement, elles sont particulièrement injustes. Les sanctions sont liées au problème de l'Ukraine. On fait peser les sanctions sur une seule partie alors que, visiblement, le côté ukrainien ne respecte pas les accords de Minsk. Deuxièmement, les sanctions sont absolument inefficace. Comme nous montre l'histoire, depuis Napoléon même avant, tous les blocus, tous les systèmes de sanctions ont toujours échoué. C'est la solution du faible. Ce sont les règles du jeu des Etats-Unis. Washington a raison de défendre ses intérêts. L'Europe doit faire pareil, mais elle était politiquement absente. Je note également que le commerce entre les Etats-Unis et la Russie progresse tandis que celui entre l'Europe et la Russie diminue.

    Quelle est l'étape suivante? Aujourd'hui, on a des sanctions économiques, on voit une sorte d'escalade, on demande à l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN, on parle de revenir sur la puissance nucléaire en Grande-Bretagne etc. Mais dans le climat, quelle est l'étape suivante? Où va-t-on? Que veut-on? Si on continue à persister dans cette erreur, on va accélérer le changement mondial vers un monde beaucoup plus multilatéral. Il faut qu'on quitte ce chemin d'instrumentalisation bénéficiaire à un seul, en tout cas, pas à l'Europe, pour revenir à des notions beaucoup plus sereines, dans un climat économique confiant, à l'amitié et à la coopération.

    La solution est simple: il faut résoudre le problème ukrainien, ce que les Russes ont proposé dès le début. Il faut régionaliser l'Ukraine, voire la fédéraliser de façon à respecter la culture russe, d'un côté, et la culture plus européenne, de l'autre. Il faut également voir avec la Russie et l'Union européenne comment redresser l'économie ukrainienne. L'Ukraine n'a pas de valeur sans les flux économiques et les échanges avec la Russie. Quand l'Europe dit « on veut l'Ukraine », elle n'en a pas les moyens. Le troisième point: il faut mettre en place les accords de Minsk. Il faut que l'OSCE renforce les contrôles. Je vois des efforts considérables de la part de la Russie et le gouvernement ukrainien n'en faisant strictement aucun.

    L'avenir du rouble

    Timofeï Sergueïtsev
    © Sputnik . Vladimir Trefilov
    La Russie est la première puissance mondiale en termes de réserves naturelles. Je pense que le rouble a vocation, un jour, à devenir une monnaie de change sur le marché des matières premières. Il n'y a pas que le dollar ou l'euro. On va vers un monde multilatéral. A l'époque de Chicago, c'est le dollar qui était la monnaie de change sur les matières premières (le grain, le blé) mais cela correspondait à une réalité matérielle. Aujourd'hui, la réalité matérielle de matières premières est en Russie. Il faut que l'Europe et la Russie s'allient dans une zone de libre-échange. A partie de là, le problème va se résoudre, le rouble deviendra une monnaie de change et, peut-être, de réserve. Les pays d'Asie travaillent déjà en ce sens. Le Mercosur a fait des déclarations en ce sens. La création d'une Banque d'investissement est un signe avant-coureur de la réorganisation du monde. Les Etats-Unis, première économie mondiale, défendent leurs intérêts mais ils doivent comprendre qu'ils ne sont plus seuls.

    Le traité de libre-échange avec la Russie

    Le TTIP est un grand non-sens. Les Etats-Unis sont un grand partenaire de l'Europe mais nous sommes en concurrence sur de nombreux points. Nous sommes beaucoup plus complémentaires avec la Russie qui a beaucoup de matières premières, qui a besoin de se moderniser. La priorité — c'est la zone de libre-échange euro-russe, ce n'est pas le traité transatlantique qui est négocié par une minorité de haut fonctionnaires européens au mépris de toutes les règles démocratiques.

    Si on avait signé cet accord qui est négocié depuis quelques années, on aurait une Europe intégrée sur le plan politique, on aurait un espace continental économique, on serait la première puissance économique dans le monde et, à ce moment-là, l'Ukraine était dedans. Mais on a loupé le train.

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    rouble, Forum économique international de Saint-Pétersbourg 2015, G8, G7, Union économique eurasiatique (UEEA), Fonds monétaire international (FMI), Jean-Pierre Thomas, Occident, Europe, Chine, États-Unis, Russie
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