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Le « Davos russe » n’est pas uniquement la plateforme de rencontres internationales et de signature de contrats importants. Aujourd'hui, vue la persistance de crise économique, d'une part, et l'escalade de conflits régionaux, d'autre part, les experts ne peuvent pas taire l'importance d'investissements dans les projets humanitaires et la charité.

Pascal Cuttat, président de la délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge en Russie, Biélorussie et Moldavie, nous a décortiqué la situation.

« Les grandes compagnies, multinationales ou domestiques, n'investissent dans la charité ni pour leurs clients ni pour leurs employés: soit elles en font un élément de leur responsabilité en tant que compagnie, soit elles veulent se montrer en bon citoyen et faire part de la société civile.

En ce qui concerne les investissements en période de crise, je voudrais en distinguer deux types. On est, d'abord, dans une crise économique. Les compagnies doivent se poser la question si elles peuvent continuer à soutenir les organisations comme le CICR. Ce sont donc des questions financières qui se posent.

En termes de guerre, la question se pose si les grandes compagnies sont actives dans les zones de conflit. Leur présence, leur connaissance de l'environnement peuvent faire jouer pour une bonne cause, pour essayer d'atténuer les effets de la situation sur les populations civiles. Les entreprises doivent soit complètement protéger l'environnement, soit quitter définitivement cette zone. On observe aujourd'hui, qu'il y a de plus en plus chez les grandes compagnies multinationales une stratégie qui inclue la volonté d'être de bons corporate citizens.

Que ce sont dans le Donbass ou au Proche-Orient, les besoins humanitaires vont croissant. Chaque année, le CICR est obligé d'augmenter ses opérations en faveur des victimes qui sont affectées, ce qui entraîne des budgets qui accroissent. On voit qu'il y a de plus grandes contributions d'Etats et d'individus, de compagnies qui veulent soutenir l'action d'une organisation neutre, indépendante qui ne s'occuppe pas de la politique.

En effet, les compagnies ont d'autres moyens que l'argent pour intervenir pour le bien des victimes dans une situation de guerre. Les compagnies sont des entités avec, souvent, une grande influence sur la prise de décision que ce soit dans leurs pays d'origine, si ce sont des multinationales, soit dans les pays affectés de la crise. L'autre possibilité qu'elles ont — c'est de partager au moins un degré d'information sur la situation avec des organisations qui peuvent aider puisqu'elles sont implantées dans ce contexte.
Le CICR a un budget opérationnel de près de 1,5 milliards de francs suisses par an. Entre 40 et 50 millions sont des contributions d'individus et de compagnies. Nous sommes très reconnaissants, mais avec cette somme ne suffit pas.

La répartition de financements entre les régions qui en ont besoin est un sujet très douloureux. Il y a des conflits qui ne sont pas tous les jours dans les médias et qui risquent d'être oubliés dans le monde. Tous ceux qui s'engagent dans le soulagement des effets de ces conflits se heurtent à un manque d'intérêt à contribuer financièrement à ces opérations dans les conflits oubliés. »

Il ne faut pas oublier que la situation humanitaire reste toujours difficile dans le Donbass où la Russie a livré plus de 37.000 de tonnes de frets humanitaires dans la région depuis le début de la crise en août 2014. Jeudi, le premier jour du Forum économique de Saint-Pétersbourg, le ministère russe des Situations d'urgence a envoyé le 30ième convoi humanitaire pour les habitants des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. De la même manière, la Russie soutient le Yémen, la Syrie et l'Irak, tandis que certains pays occidentaux préfèrent armer les-dits pays et régler la guerre manu militari.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
Forum économique international de Saint-Pétersbourg 2015, Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Pascal Cuttat
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