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    Des combattants du groupe terroriste Etat islamique

    Le prix du chaos meurtrier: qui finance Daeсh?

    © REUTERS/ Stringer
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    Ksénia Lukyanova
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    129 innocents ont perdu la vie à Paris vendredi dernier. 129 raisons pour les dirigeants des pays d’agir ensemble en mettant de côté leurs égos et les compétitions politiques ou diplomatiques.

    La communauté internationale est consciente d'être en face d'un ennemi extrêmement organisé, intelligemment administré et fortement financé. Ce sont des personnes physiques venant de 40 pays qui financent l'Etat islamique. C'est ce que révélait Vladimir Poutine, lors du sommet du G20 en Turquie. Il n'a pas donné plus de détails ou de noms, mais la question soulevée est cruciale. Les forces de l'Occident et de la Russie réunies dans cette lutte pourraient manquer d'efficacité si le soutien financier qui nourrit le groupe terroriste augmente jour après jour. Pierre Berthelot, chercheur au Centre de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman nous expose sa supposition sur la provenance de l'argent de Daech:

    « Il est toujours difficile de se prononcer sur ces questions assez sensibles. Quand il pense à un pays du G20, on peut penser à la Turquie par exemple, aujourd'hui je ne dis pas que le gouvernement turc lui-même finance, Poutine lui-même parle de personnes physiques. Mais la Turquie est un Etat qui a un rôle par rapport à cette question du financement, parce qu'il est frontalier des territoires contrôlés par Daech, et on peut imaginer que s'il mettait autant d'ardeur et d'efforts qu'il met contre les Kurdes pour lutter contre Daech, cela assècherait les finances de l'Etat islamique. Au G20, on peut penser à une autre puissance sunnite régionale, qui est l'Arabie saoudite. Mais là encore une fois, on ne peut pas dire que ce sont les autorités de ces pays, mais effectivement des personnes physiques. Mais est ce qu'on déploie tous les moyens pour empêcher ces personnes physiques de faire ces transferts de fonds? C'est une vraie question ».

    Quels sont les sources? En premier lieu c'est le trafic de pétrole. Selon le Financial Times le trafic d'hydrocarbures peut rapporter à l'Etat Islamique jusqu'à 1,5 million de dollars par jour, ce qui revient à 500 millions par an pour une production quotidienne d'entre 34.000 et 40.000 barils de brut. Le pétrole serait produit et vendu principalement en Irak et en Syrie, mais il est fort possible qu'une partie franchisse la frontière turque, et une fois que c'est le cas, il est impossible de tracer la provenance du pétrole:

    « Les acheteurs finaux ne savent pas forcément que le pétrole vient de zones contrôlées par l'Etat islamique. Pourquoi? Parce que la principale porte de sortie pour le pétrole de Daech, c'est la Turquie, c'est la frontière principale. C'est du pétrole de contrebande qui va passer par des intermédiaires souvent situés en Turquie. Comment tracer l'argent du pétrole? Je ne pense pas que quelqu'un achète volontairement du pétrole en sachant que ça vient de Daech, même s'il peut y avoir des doutes ».

    Hormis le trafic de pétrole, ce sont également les prises d'otages, les pillages et le trafic d'antiquités qui permettent à Daech de se développer, de rémunérer ses combattants et de verser de l'argent aux familles des djihadistes morts au combat. L'agriculture fait également partie des sources de financement du groupe terroriste. Notre expert revient sur l'affaire "made in Daech", parlant du coton syrien qui finit en T-shirts et en chemises portés par les Français:

    « Récemment, il y a une étude qui a été faite qui estimé qu'en France peut être 1% des T-shirts et des vêtements de coton qui étaient achetés par la population, était à la base du coton syrien, mais qui était situé dans des zones sous le contrôle de Daech. Ce coton, comme le pétrole, passe en Turquie. Encore une fois, difficile de savoir si les industriels turcs sont au courant ou pas, mais du coton leur est livré à bon prix, comme pour le pétrole, bradé. Et ça leur permet de fabriquer des T-shirts ou des chemises et l'argent va dans les poches de Daech ».

    Forces de sécurité irakiennes affichent un drapeau d`État islamique et des munitions confisquées
    © AP Photo / Karim Kadim
    Les populations vivant sur les territoires occupés par l'Etat islamique subissent une violence quotidienne mais se trouvent aussi obligées de participer au financement des barbaries. Pierre Berthelot explique comment fonctionne leur système d'impôts:

    « Daech se veut être un Etat. On n'est pas dans un mouvement classique terroriste dont l'objectif est uniquement de commettre des attentats, leur objectif est de gérer un territoire, comme un Etat, et administrer ce territoire. Dans cette administration, il y a l'administration fiscale. Toutes les personnes qui vivent sur le territoire de Daech doivent payer l'impôt. Il y a aussi des impôts spéciaux pour les minorités qui ne sont pas musulmanes, notamment les chrétiens, qui ont parfois le choix, soit la conversion, soit un impôt spécifique qui concerne les minorités religieuses. Mais le plus souvent ils sont simplement pris en otages, et en échange de versement d'une somme, ils peuvent être rendus à leur famille et pas systématiquement exécutés ».

    Après la tragédie du vendredi 13, le gouvernement français revient sur sa politique internationale. Des décisions plus concrètes sont attendues très prochainement.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    financement, pétrole, Kurdes, G20, Etat islamique, Pierre Berthelot, Vladimir Poutine, Occident, Turquie, Syrie, Irak, Russie
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