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    François Hollande et Mohammed ben Salmane Al Saoud. Archive photo

    La France et L’Arabie Saoudite : toujours alliés ?

    © AFP 2019 Christophe Ena
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    Ksénia Lukyanova
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    Le changement c’est maintenant. Pour la première fois depuis 2012, le slogan de la campagne électorale de François Hollande prend du sens.

    La France change sa politique extérieure, sa politique intérieure, change ses alliés. Mais elle garde aussi les anciens. L'Arabie Saoudite est toujours le plus gros acheteur d'armement français et la France continue à investir des sommes astronomiques dans l'économie saoudienne.

    Bachar Al Assad est désormais l'ennemi numéro 2 de l'Elysée, la « primauté » étant récupérée par Daech après les attentats de vendredi 13 à Paris. La Russie offre son soutien dans cette lutte commune, en mettant de côté les divergences pouvant exister entre les deux pays. Dans le contexte actuel, faut-il s'attendre à des changements dans les relations entre la France et l'Arabie Saoudite?

    Selon Jean-Bernard Pinatel, expert en questions géopolitiques, c'est peu probable:

    « Je ne pense pas, car il y a de trop grands intérêts en matière d'armement. La France est un pays endetté, et il y a un proverbe qui dit: « les pays endettés sont les mercenaires de leurs créanciers ». Je pense que parallèlement à cette lutte contre Daesh, il faut que l'on retrouve notre souveraineté nationale en matière économique. Ce qui suppose, non pas de laisser filer le déficit français, mais de revenir à un équilibre budgétaire, qui nous redonnera une autonomie économique et des marges pour nous éloigner de l'Arabie Saoudite. Et dans l'immédiat je ne pense pas que l'on s'éloignera de l'Arabie Saoudite ».

    La France dépasse son budget depuis des années. L'argent n'est désormais plus compté à l'Elysée, qui déploie toutes ses forces militaires dans autant dans l'hexagone qu'en Syrie. La France a besoin de sommes importantes et l'Arabie Saoudite est toujours un interlocuteur de choix dans ce domaine. Pierre Piccinin da Prata, rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l'Orient, nous donne quelques chiffres:

    « C'était en juin 2015, l'armée saoudienne a acheté beaucoup de matériel militaire, si je me souviens bien elle a acheté 23 hélicoptères militaires Airbus, qui ont été achetés pour 500 millions d'euros, ce sont des contrats énormes, on a eu 79 vedettes militaires, des patrouilleurs, pour 1,4 milliards d'euros. On est face à de très gros contrats. Manuel Valls s'était rendu à Ryad le 13 octobre pour boucler une série de contrats dont l'ensemble atteignait 10 milliards d'euros. Par ailleurs la France investit beaucoup en Arabie Saoudite qui est très demandeuse de produits de luxe, de télécommunications, de produits agroalimentaire. Ce sont des montants astronomiques autour de 15 milliards de dollars. »

    Durant le sommet du G20 en Turquie, Vladimir Poutine a révélé que l'Etat Islamique serait financé par des personnes physiques venant de 40 pays. Pierre Piccinin da Prata estime que l'Arabie Saoudite pourrait très bien faire partie de cette liste:

    « Je pense qu'on a assez d'éléments pour dire que l'Etat islamique a été financé directement ou indirectement par des hommes d'affaires saoudiens, avec l'aval de la maison royale, ça ne fait aucun doute. La politique saoudienne en ce moment, et depuis un certain temps déjà, est de financer des organisations djihadistes qui luttent contre le Shiisme. Est-ce que l'état islamique a été financé directement par l'Arabie Saoudite, c'est difficile à dire, mais en tout cas des groupes qui ont rejoint l'Etat islamique et qui sont constitués de sa puissance actuelle, c'est le cas d'Al-nosra, la branche d'Al-qaida en Syrie. »

    Même si la France ne livre que des bateaux et des hélicoptères à L'Arabie Saoudite, un armement qui pourraient difficilement terminer entre les mains des terroristes, d'après notre expert les relations économiques entre les deux pays pourraient être dangereuses:

    « En développant ces relations économiques avec l'Arabie Saoudite, indirectement on pourrait dire si on voulait pousser un peu les choses, que la France participe au financement de ces mouvements terroristes. »

    Un cercle vicieux regroupant beaucoup d'éléments: La France, L'Arabie Saoudite, Daech, l'argent et l'armement.

    Le changement c'est maintenant? Ou demain?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Jean-Bernard Pinatel, François Hollande, Arabie Saoudite, Russie
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