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A partir du 1er décembre, 333 baleines seraient abattues chaque année pour que le Japon puisse continuer ses « recherches scientifiques ». Le nouveau plan présenté par les japonais à la Commission baleinière internationale prévoit le massacre de 3996 baleines de Minke en Antarctique pour les 12 prochaines années.

En 2014 la Cour internationale de justice a estimé que le Japon masquait les fins commerciales de la chasse, et ils ont suspendu le plan. Sonja Van-Tchelen, directrice régionale du FIPA, Fond International pour la Protection des Animaux explique que l'envoi des baleiniers nippons immédiatement serait inapproprié:

« La demande du Japon était basée sur une recherche scientifique, et en fait la Commission Scientifique a jugé que, c'était pas nécessaire de tuer des baleines pour obtenir les informations scientifiques, donc on pourrait déjà dire que c'est une étape très importante. La commission en tant que telle se réunit en septembre de l'année prochaine et c'est à eux de donner leur accord pour le plan. Il y a une résolution qui a été adoptée lors de la dernière réunion de la commission qui a très clairement stipulé que le Japon devrait attendre l'avis du comité scientifique et de toute la commission. Ce que le Japon fait maintenant n'est pas conforme à cette résolution. »

Et un an après la décision de la CIJ les japonais reprennent leur passion scientifique, appuyant sur le bon sens dont ils font preuve, car l'ancien plan prévoyait l'abattage de 900 espèces par an et ce n'est désormais plus qu'un tiers. Quel est le but de ces recherches? Sonja Van-Tchelen estime que cette justification scientifique est complétement fausse:

« Justement on ne peut pas justifier puisque les informations que le japon veut obtenir ne sont pas du tout nécessaires pour juger si c'est une recherche qui veut obtenir plus d'informations sur la population, sur la distribution, la nourriture: pour cela on n'a pas besoin de tuer les baleines. C'est pour ça que le comité scientifique, et aussi la cour internationale, a jugé que ce n'est pas du tout une chasse scientifique mais une chasse commerciale. »

Le Japon chasse les baleines dans deux différentes zones de la planète: dans le Nord-Ouest Pacifique et en Antarctique. La disparition de l'espèce est-elle vraiment d'actualité? D'après Christian Gilabert, administrateur de l'association SOS Grand Bleu, ce n'est pas le cas, mais les tueries de ces mammifères n'ont simplement pas de sens:​

« L'impact sur les populations de baleines n'est pas important au point de mettre à mal ces populations et d'aboutir à la disparition de l' espèce, ça c'est certain. En revanche, cette chasse est inacceptable pour de nombreuses raisons: c'est une aberration économique, la viande contient des toxines qui sont dangereuses pour l'alimentation humaine, les besoins alimentaires sont satisfaits par bien d'autres manières, il n'y a aucune raison aujourd'hui de poursuivre cette chasse pour des espèces qui sont quand même menacées, sans être directement menacées par la chasse baleinière japonaise, elles sont menacées sur toute la planète. Elles sont soumises aux nuisances liées à la pollution, les collisions avec les navires, donc ce n'est pas la peine de rajouter la chasse qui est vraiment un archaïsme aujourd'hui »

Les permis de chasse scientifique exigent que la viande de baleine soit utilisée, c'est-à-dire vendue ou distribuée gratuitement. Une question légitime se pose: Que font les japonais de toute cette viande si comme le disent les derniers sondages, on n'en mange quasiment plus en Japon?

« Des sondages au Japon montrent que les japonais consomment très très peu cette viande. Une enquête récente a montré que 95% des japonais n'ont pas mangé de viande de baleine depuis plusieurs années, et seuls 2 à 3% de la population en consomment régulièrement. Et les autorités sanitaires au Japon ne cachent pas que cette viande contient des quantités importantes de produits toxiques: mercure, PCB, métaux lourds, etc.. C'est une viande qui est très peu consommée au Japon et on sait qu'au Japon il y a des stocks énormes de viande de baleine congelée, parce que cette viande ne trouve pas preneur sur le marché. On estime qu'il y a 6000 tonnes de viande de baleine aujourd'hui dans les entrepôts de congélation au Japon. »

Si la viande n'est ni consommée ni vendue, pourquoi abattre autant d'animaux? Christian Gilabert donne quelques éléments de réponses:

« C'est un nationalisme exacerbé qui est important au Japon et le Japon n'accepte pas de céder quoique ce soit devant des pressions étrangères, donc même à perte, même pour une viande qui ne trouve pas preneur sur le marché, cette chasse baleinière continue à être subventionnée par le Japon pour des motifs nationalistes. On dit au Japon que le premier gouvernement qui cède sur ces pressions est un gouvernement fichu sur le plan électoral. Le nationalisme est très fort au Japon, il y a un sondage récent qui a estimé à 65% le pourcentage de la population favorable à la poursuite de cette chasse dans les eaux antarctiques. »

En septembre 2016 la Commission Internationale Baleinière donnera ou ne donnera pas son approbation au nouveau plan proposé par les japonais. Reste à espérer qu'avant la décision les 333 baleines mises sur les listes de chasse, nageront dans les eaux de l'Antarctique et n'auront pas été capturées par les bateaux japonais au nom de la « science ».

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
chasse à la baleine, baleine, écologie, Japon
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