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    San Bernardino, Dec. 2, 2015

    Comment l'interprétation du deuxième amendement permet aux Américains de s'entretuer

    © AP Photo / Jae C. Hong
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    Ksénia Lukyanova
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    Depuis le meurtre de John Kennedy, plus d’un million et demi d'Américains ont perdu leurs vies à cause d’armes à feu. C’est plus que sur les champs de batailles tout au long de l’histoire des Etats-Unis.

    En 2015, on compte près de 462 morts et 1314 blessés, Plus d'une fusillade par jour dans le pays et la 355ème de cette année est celle de San Bernardino. Syed Rizwan Farook, et Tashfeen Malik, un couple marié américain qui a tué 14 personnes et blessé 17. Ils sont arrivés à bord d'un 4x4, lourdement armés et ont ouvert le feu sur les anciens collègues de Syed Farook, car l'homme avait travaillé pendant 5 ans à l'Inland Regional Center, un centre social venant en aide aux personnes handicapées. La police locale confirme que quelques jours plus tôt Sayed Farook avait quitté une des réunions professionnelles en colère. Pour revenir plus tard avec sa femme et une arme à feu. La vengeance à l'américaine.

    Barak Obama appelle à mettre en place de nouvelles lois pour réguler les armes à feu aux Etats-Unis. Qu'attendent les autorités américaines alors? D'après Romain Mielcarek, chercheur associé à l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), il faut d'abord parler de changement culturel.

    "Pour changer les lois il faudrait déjà que le peuple veuille changer les lois, et à l'heure actuelle la culture américaine va plutôt dans un sens bien précis qui est que les citoyens ont le droit de porter des armes. C'est un débat de société qui n'est pas nouveau aux Etats Unis, ce qui est un peu nouveau, c'est que des personnalités comme le président se positionnent en faveur d'un changement de cette loi-là. Mais il faut bien comprendre qu'on est dans une interprétation du droit qui est culturelle et qui repose sur la manière dont on comprend le 2e amendement de la constitution, et sur cela les américains sont encore très partagés, et beaucoup d'américains sont convaincus que le fait de porter des armes contribue à leur sécurité individuelle et collective."

    Aux Etats-Unis, la base législative qui permet ou interdit à une personne d'acheter une arme à feu, semble loin d'être solide. Hormis les personnes mentalement instables ou encore dépendantes à une drogue prohibée; toute personne ayant été condamnée par la justice à plus d'un an de prison n'a pas le droit à une arme. Donc si un criminel a été privé de liberté pendant 11 mois, il peut se procurer une arme en toute légalité à sa sortie de prison. C'est une exagération mais les faits restent les faits. Romain Mielcarek estime que le recourt à la violence aux Etats-Unis est frappant:

    "Le problème il est clairement pas là. Il y a une propension à la violence qui est évidente, il y a une volonté de régler un certain nombre de choses par la violence, et la violence se manifeste y compris avec les armes. Moi j'ai jamais vu de statistiques qui permettent de penser que les gens qui sont à l'origine de tueries sont plutôt des récidivistes que des gens qui n'ont pas de casiers. Là on a pas encore toutes les informations sur les personnes concernées, mais dans le cas de San Bernardino, il s'agit d'un couple marié, avec des revenus plus que conséquents, c'est pas gens pauvres, ils ont eu un petit récemment, on ne sait pas ce qui explique cette violence."

    Il y a une certaine connexion entre les moyens et les fins. Par exemple le manque de policiers. Notre expert explique:

    "Il manque des policiers, clairement. Si vous prenez l'exemple d'une ville comme New York, Washington ou Miami, effectivement on peut dire: "Là il y a beaucoup de policiers". Le nombre de policiers présents à New York est complètement improbable, par rapport aux normes qu'on a par exemple en France. Mais si vous prenez des états comme l'Ohio ou le Missouri, vous avez des déserts policiers, vous avez des zones immenses où il n'y a pas de police. Dans ces zones-là la sécurité est assurée par des shérifs qui sont élus, et qui sont des citoyens parmi les autres qui ont un rôle de police et qui peuvent être plus ou moins bien formés. Et puis vous allez avoir une police fédérale, donc à l'échelle de l'état, qui va être amenée à intervenir lorsqu'il y a besoin, mais le reste du temps les gens sont potentiellement exposés à une agression. Ces gens-là pour leur dire de rendre leurs armes c'est extrêmement compliqué parce que eux ont toujours vécu en se disant que leur moyen de se protéger c'était leur arme."

    Pendant la Seconde Guerre mondiale ils sont 400.000 Américains à avoir perdu la vie, contre 465.000 morts à cause des armes à feu entre 1999 et 2013. 65.000 morts de plus en temps de paix. Temps de paix où même un enfant peut faire sa rentrée des classes avec un gun, un vrai… Que dire de plus?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    armes à feu, fusillade, police, Romain Mielcarek, San Bernardino, États-Unis
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