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    Un soldat français participant à l’opération de sécuritsation Sangaris. Archive photo

    Sangaris: 2 ans plus tard l’ONU intervient et la Centrafrique attend toujours des réponses

    © AFP 2019 Eric Feferberg
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    La semaine dernière le Secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a promis d’examiner le rapport des experts indépendants qui constatent l’indifférence de l’Onu devant un autre rapport contenant des révélations sur les viols des enfants en Centrafrique par les militaires français durant l’opération Sangaris.

    Compliqué. Mais l'Onu réagit enfin. Ou plutôt elle promet de réagir. En France, l'enquête est ouverte depuis le mois de juillet dernier, et les premières auditions ont eu lieu à Paris il y a deux semaines, toujours dans la grande opacité qui accompagne les scandales liés à l'armée. Le Ministère de la Défense a refusé de commenter la suite de l'affaire à Sputnik puisque « elle est désormais entre les mains de la justice ». L'Onu a également refusé de donner un quelconque commentaire suite à la réaction tardive de sa part, nous invitant à consulter sa page officielle où la déclaration de monsieur Ban Ki-moon accessible à tous.

    L'ONU a été accusée de nombreuses fois par diverses ONG d'étouffer certains crimes. Comment interpréter ce temps de réaction dans l'affaire centrafricaine? Sylvie Baipo-Temon, la porte-parole du comité ad hoc de la diaspora pour la paix en République Centrafricaine en 2014-2015, a confié à Sputnik que la position à prendre par l'ONU n'était pas évidente puisque les accusations touchent la France:

    ​« Tout simplement parce que l'on touche là à une manipulation, qui se passe dans le pays comme à l'extérieur. Face à cette situation, l'ONU se sent mal à l'aise. Parce que l'accusation de viols ne concerne pas que des soldats casques bleus, mais aussi des français, ce qui montre que l'Onu est dépendante dans ses actions en ce qui concerne la République centrafricaine »

    Sylvie Baipo-Temon accuse les médias occidentaux de déformer la situation actuelle à Bangui en liant souvent le conflit avec la religion, et en mettant de côté les enjeux politiques Elle explique également que les militaires présents en ville ne tiennent pas le rôle qui leur a été confié:

    « Ce conflit est entretenu par les forces qui sont en place, parce que c'est devenu un moyen d'échange pécunier entre les soldats et la population, notamment dans les quartiers isolés. Pour pouvoir se nourrir et se déplacer, la population est obligée de payer les militaires (venus pourtant pour assurer leur sécurité). Les militaires se retrouvent à faire donc un commerce: ils servent de gardes du corps et alimentent la violence, dans la mesure où dans les derniers conflits et dans les dernières exactions ils ont été carrément parties prenantes ».

    Ban Ki-moon promet de traiter le dossier avec « la rapidité, le soin ou la sensibilité nécessaires », la France avance doucement dans le dossier sans dévoiler trop de détails au public. Sylvie Baipo-Temon nous parle de la réaction des autorités françaises, qu'elle trouve choquante:

    « Il y a eu un reportage qui est passé en Septembre-Octobre sur les chaînes françaises, relatant les faits sur ces viols. Des responsables militaires ont été interrogés sur place, et on a tenté d'avoir accès à des informations auprès des autorités ici; et lorsqu'un responsable militaire répond à des questions portant sur des viols d'enfants avec un sourire au coin, en tant que maman, je suis choquée. Même si cela a été fait par des militaires français, il y a quand même un minimum d'humilité et de compassion à avoir à l'égard de familles qui sont meurtries, et ils ont abusés de la faiblesse d'une population. Ils ont eu un mandat pour assurer la sécurité, et la population leur a fait confiance naturellement, et en retour, ils n'ont fait que creuser la tombe de ces personnes-là »

    L'opération Sangaris date d'il y a deux ans, la situation dans le pays n'a guère été améliorée, ni par la présence militaire étrangère ni par les autorités centrafricaines. Jean-Barack Ouambetti un des responsable de l'ONG « Violences Basées sur le Genre » à Bangui, explique à Sputnik que depuis ces viols, la population a du mal à faire confiance à l'Occident:

    « Suite à ces crimes, l'Occident est très mal vu. Quand la force s'est retrouvée en Centrafrique pour la première fois, toute la population a pensé que c'était une force venue pour la paix et faire sortir de la crise, et avec ce qui s'est passé, la population est très déçue par le comportement de la force militaire, qui se livre à de telles pratiques venues d'un autre âge ».

    ​En travaillant sur place autour de divers cas de violence, Jean-Barack Ouambetti révèle que ce ne sont pas uniquement les militaires français qui sont concernés par ce genre de crimes:

    « Il n'y a pas que la Sangaris, mais d'autres forces criminelles, comme par exemple le contingent marocain, ou encore congolais; on parle même de cas de bestialités dans l'arrière-pays, et on essaie de voir pour un regroupement de preuves pour vérifier ces informations-là et monter un rapport là-dessus.Effectivement à travers une investigation, d'autres enfants se sont manifesté au centre dans la capitale, comme dans l'arrière-pays. On nous fait part de cas avérés de viols et d'exploitation sexuelle incriminant non seulement la Sangaris, mais aussi le personnel civil et militaire. Nous avons obtenu une réunion avec la cellule quatre fois (mise en place par le Secrétaire Général des Nations Unies) qui a pour but d'investiguer sur ces cas. Pour le moment les victimes sont en train d'être entendues. Le gouvernement Centrafricain se donne à bras le corps là-dessus, mais ils essaient d'être un peu discrets ».

    Un des pays les plus pauvres: la République Centrafricaine, ne sort pas de la crise qui dure depuis des décennies:

    « Avec la crise et le cycle de violences, la population, toute la population, vit dans une paupérisation extrême, du fait que papa et maman n'ont pas de moyen de prendre en charge toute une famille. Les enfants sont livrés à eux-mêmes. Il n'y a aucun médicament, et les enfants sont à la merci de n'importe qui. La pauvreté est liée à cette crise que nous sommes en train de vivre.»

    Les centrafricains attendent que le gouvernement agisse et ne compte plus uniquement sur les forces militaires envoyées de l'extérieur, sachant maintenant que la sécurité offerte par l'Occident peut être dangereuse… l'Onu promet d'étudier le dossier et la France de punir les coupables. Si seulement les promesses suffisaient à retrouver une enfance toute neuve et à changer l'avenir des peuples.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Sangaris (opération militaire française), ONU, Ban Ki-moon, République centrafricaine, France
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