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    Alain de Benoist

    A.de Benoist : « le populisme, c’est l’extraordinaire défiance des classes populaires »

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    Opinion
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    Edouard Chanot
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    Pour Alain de Benoist, la critique du populisme est devenue une critique du peuple. Mais ce dernier a encore son mot à dire, et pèsera lors des prochaines échéances électorales.

    Impossible de l'éviter. Certains ont beau fermer les yeux, retarder leur prise de conscience comme on retarde le réveil le matin, il est impossible de ne pas s'y confronter. Que cela nous plaise ou non, le populisme est le phénomène politique de la décennie. De Podemos au Brexit, de Syriza à Donald Trump, du mouvement 5 étoiles à Marine Le Pen, les arrières-arrières-petits-enfants du Général Boulanger se sont dispersés en Europe et ont investi le champ politique qu'ils ne craignent pas de bouleverser.

    De quoi est-il le fruit et de quoi sera-t-il la cause ? En d'autres termes, que faut-il en attendre ? Le pire est-il à venir, ou nous dirigeons-nous vers un renouveau civilisationnel ? Celui-ci exige-t-il la fin du clivage droite-gauche qui structure notre vie collective depuis près de deux siècles ?

    Pour lever nos interrogations, nous avons reçu un homme qui rend la vie des bibliophiles difficile, car il publie demain son 103ème essai, intitulé Le moment populiste, Droite-gauche c'est fini, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Cet auteur est Alain de Benoist, le chef de file d'un courant baptisé à ses dépens « La Nouvelle Droite » dès les années 70. Peut-être est-il au cœur de cette remise en cause du clivage droite-gauche. Il semblerait que la pratique ait rejoint la théorie, la réalité ses réflexions.

    Regardez l'entretien dans son intégralité :

    Extraits :

    La sécession de la plèbe

    « Le populisme apparaît il y a vingt ou trente ans, mais la vague n'a pas cessé d'enfler. En première analyse, le populisme, c'est l'extraordinaire défiance des classes populaires et plus largement l'accélération de la défiance des classes populaires et moyennes contre les élites, qu'elles soient politiques, économiques, financières, sociales ou médiatiques. Les gens n'ont plus confiance, ils n'y croient plus. On a pu parler de ‘sécession de la plèbe'. C'est un peu cela.  »

    « Aujourd'hui, il y a deux tiers de mécontents et un tiers de gens qui profitent de la situation et qui ont créé cette nouvelle classe, une nouvelle classe mondialisée qui s'inscrit dans l'idéologie dominante. Avec comme conséquence une triple exclusion des classes populaires et des franges inférieures des classes moyennes menacées de déclassement — exclusion politique, exclusion sociale et exclusion culturelle ».

    Le ralliement de la gauche au marché

    « Le clivage droite-gauche devient obsolète en raison de ce recentrage, à partir du moment où gauche et droite ne se divisent que sur les moyens pour parvenir au même objectif. D'autre part, on voit s'esquisser une attitude qui est l'opposition de ceux d'en bas contre ceux d'en haut. On passe d'un axe horizontal gauche-droite à un axe vertical. C'est pour cela qu'on ne peut pas les superposer. Christophe Guilluy a véritablement renouvelé la géographie sociale en procédant à une sorte désenfouissement du peuple en montrant que la classe populaire et ouvrière a migré à l'intérieur de la France: elle s'est éloignée des métropoles où se concentrent les richesses et les élites mondialisées pour s'installer dans des régions éloignées, dans ‘la France périphérique'. Ces classes populaires vont représenter un facteur qui va peser sur les échéances électorales, au détriment des classes populaires anciennes. »

    « On parle de ‘mouvement dextrogyre' ou de manière plus simple de ‘droitisation'. Sur les plans des mœurs, je ne crois pas qu'il y ait de droitisation. Je crois plutôt qu'on subit les conséquences du fossé qui s'est créé entre la gauche et le peuple. Les gens s'intéressent de moins en moins aux questions sociales. La gauche classique a fait le choix d'une autre idéologie que celle du socialisme: une sorte de social-libéralisme libertaire, où les droits individuels, les fantasmes ou les caprices des uns et des autres, le néoféminisme, l'art contemporain, la lutte contre toutes les discriminations, toutes ces choses dont le peuple se fiche totalement, ont remplacé la défense du prolétariat. En d'autres termes, la gauche dans ses plus gros bataillons s'est ralliée à l'économie de marché et s'ébroue à son aise dans un certain libéralisme sociétal. »

    De la critique du populisme à la critique du peuple

    « Dans un premier temps on a étiqueté ‘populistes' des mouvements qui visiblement n'en présentaient plus toutes les caractéristiques. Dans un deuxième temps, on a appelé populistes toutes sortes de phénomènes sociaux, d'associations, de partis, qui prétendaient articuler une demande politique et sociale à partie du peuple. Dans un troisième temps, la critique du populisme a cédé la place à une critique du peuple, considéré comme peu instruit, ne sachant pas, se laissant embrigader par des leaders démagogues. Bien entendu, il y a des leaders populistes démagogues. Simplement, ce qu'il faut rappeler, c'est que la démagogie est la chose la mieux partagée du monde dans la vie politique ! »

    « Il n'y a pas d'idéologie populiste, l'expérience montre que le populisme peut se conjuguer avec n'importe quelle idéologie. Le populiste, c'est un style, une nouvelle manière d'articuler dans une perspective ‘contre-hégémonique un certain nombre de demandes sociales et politiques à laquelle la classe dominante ne répond pas. Ce n'est pas seulement une demande de protection, mais aussi une demande de plus démocratie, et donc de politique tout court. Le populisme est une demande qui part du peuple pour obliger les hommes politiques à faire de la politique, au détriment d'une activité publique qui se réduirait à l'administration des choses. »

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tous les commentaires

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      Puka Runa
      La fracture politique n'est plus entre gauche et droite (qui se sont confondues), mais entre mondialistes et souverainistes.
    • capatarate33
      il y a les peuples point final la classe populiste ne veux rien dire il y a les peuples contre le capitalisme pourri sans état d'âmes .
      il y a une politique une seul celle du peuple .
    • Skevin
      Le terme populisme est un terme dépréciatif appliqué par les "élites" qui sont remises en cause démocratiquement pour leur incapacité à tenir leurs engagements. Nous voyons, en France, d'élection en élection, des gens venir promettre les bonnes mesures qui vont créer des emplois, qui vont régler une multitude de problèmes: abri des sdf, accès aux urgences ... Qu'observons nous? Que rien de cela ne se produit. Au delà de cela nous observons un phénomène ahurissant, ces "élites" qui administrent constamment la preuve de leur ineptie se gonflent comme la grenouille de la Fontaine et se targent publiquement de leur supériorité. C'est un peu énervant, à la fin, d'entendre des nuls parler avec mépris du "populisme" c'est à dire de ceux qui remettent en cause leur aptitudes professionnelles sur la bas de fait parfaitement avéré. Surtout quand on constate qu'ils hésitent de moins en moins à plonger leurs mains dans les caisses comme on l'observe de plus en plus. Qu'un député, quel qu'il soit, voire un candidat à la présidence, le candidat de la transparence, du libéralisme pur et dur qui nous dit qu'il va mettre fin aux gabégies du pays alors qu'il emploie fictivement sa femme pour un salaire qui n'est pas petit comparé à la moyenne de ceux des "populistes", ça ne peut que renforcer ces derniers dans l'idée que ceux qui prétendent être l'"éllite" ne constituent qu'une bande d'incapables (ils l'on prouvé) de corrompus (ils le prouvent constamment). Alors comparer un tel mouvement à celui de ce pauvre type qu'était le général Boulanger, dont le mouvement n'est pas parti de la base mais a été suscité par une campagne parfaitement organisée, dans un contexte de système électoral qui ne donnait certainement pas la parole au peuple, ce n'est que de l'ignorance ou de la malveillance! Quant à l'arlésienne de la disparition du clivage gauche droite, elle ressemble au vieux rêve des capitalistes de voir abolir la nuance entre leurs biens propres et ceux de leur société pour pouvoir tranquillement se livrer à l'abus de biens sociaux.
    • frontovik73
      Vous allez voir que cette misérable "élite " ( rien que le terme fait rire tellement ils ont démontré au fil des décennies leurs aptitude dans les hautes fonctions tout en n'ayant jamais mis les pieds en entreprise ), n'hésitera pas faire front au lieu de se remettre en question , Gauche , Droite même combat nous d'abord ...
      Non décidément vraiment pas un pour rattraper l'autre !!
    • Poseidon
      Et malgré tout ça, malgré cette prise de conscience collective, je crains qu'une fois de plus cela s'arrête à l'entrée des bureaux de vote des Présidentielles. Et qu'une fois de plus les français fassent passer un anti-France au pouvoir pour ensuite venir pleurer que l'islam est à leur porte, qu'ils ne se sentent plus chez eux, que "c'était mieux dans leur jeunesse", que "ça fait penser à l'avant-guerre" pour les anciens et j'en passe.
    • avatar
      rosebudhunteren réponse àcapatarate33(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      capatarate33,
      Vous nous dites "il y a une politique une seul celle du peuple"
      Si je vous comprend bien, il a voter en toutes connaissance des causes, il a élu des représentants, il est juste bon à payer car c'est sa responsabilité.
    • capatarate33en réponse àrosebudhunter(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      rosebudhunter, Bien-sûr si ils ivisent pour mieux régner ils ne gouverneront rien du tout c'est évident.
    • avatar
      nchab38
      Bravo Mr Alain de Benoît , vous êtes très souvent à contre courant ,
      vous êtes un homme libre et , sans doute courageux car de nos jours
      des personnages comme vous sont rares et mal traités .
      Vos lectures sont très intéressantes !
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      Norbert
      Les médias tentent de donner une signification péjorative au terme "populisme". Ils aident en ce sens les politicards bien pensants, surtout soucieux de conserver leur place dorée...Le populisme dérange. Et c'est fort bien ainsi. Le peuple aura peut-être enfin droit à la parole et pas sous forme hypocrite. Tiens, le référendum: pourquoi n'est-il pas utilisé en France? Parce que l'avis du peuple fait peur et ferait chanceler ces magouilleurs institutionnels! Si un référendum sur l'europe: le gouvernement en place a fait l'inverse de la volonté du peuple français qui ne voulait pas de l'europe. A juste titre. Mais bon, il y avait tellement de bonnes places à se partager que les politicards ne pouvaient suivre la volonté populaire. Vivement que ça bascule! Et seul le peuple peut faire basculer ces profiteurs bien établis.
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      bea33en réponse àPuka Runa(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      Puka Runa, vous avez tout à fait raison.
    • avatar
      Sans dents
      Cet après-midi à 15h00 France culture passe une heure à faire la pub des putes et de la prostitution: Gerber.
      Ensuite à 16h00 France Cul passe une heure à dénoncer le service public électro-nucléaire FRançais d'EDF et fait la pub des centrales allemandes pourries au Charbon.
      France Cul=radio Pourrie (idem avec le sioniste nazi Philippe Meyer qu avec ses 4 sbires LRPS tape sur Poutine et Bachar pendant une heure à 11h00
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