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    Emmanuel Macron

    La France a toutes ses chances en Afrique, à condition de sortir des sentiers battus

    © REUTERS / Philippe Wojazer
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    À l’Université de Ouagadougou, au Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est exprimé sur la lutte contre la radicalisation religieuse et l’immigration clandestine, en omettant certaines réalités que sont notamment le rôle de l’Algérie dans la première et le poids de la France-Afrique dans la seconde.

    Emmanuel Macron veut améliorer l'image et l'influence de la France en Afrique. C'est pour cette raison qu'il effectue en cette fin du mois de novembre sa première tournée sur le continent. Après une étape au Burkina-Faso, il participe aujourd'hui au sommet UA-UE en Côte d'Ivoire et se rendra ensuite au Ghana avec l'objectif de recentrer les relations franco-africaines sur le développement, la jeunesse et l'éducation.

    Lors du discours qu'il a prononcé hier devant les étudiants de l'Université de Ouagadougou, le Président français a abordé la question de la lutte contre la radicalisation religieuse et, à cette occasion, a rendu hommage au roi du Maroc pour«le rôle éminent qu'il joue (dans la lutte contre l'extrémisme religieux, ndlr), et pour les mots qu'il a su trouver pour provoquer cette prise de conscience, compte tenu du rôle éminent qui est le sien».

    Il a également remercié le prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salmane qui, selon lui«s'est très clairement exprimé sur ce sujet lorsqu'il l'a vu il y a quelques semaines» et dont il soutient «la détermination à fermer toutes les fondations qui, pendant plusieurs décennies, ont entretenu l'extrémisme en Afrique et en Europe». «Nous ne devons plus accepter, expliqua-t-il, que quelque réseau que ce soit finance dans nos pays de manière directe ou détournée des fondations, des organisations qui nourrissent l'obscurantisme ou l'extrémisme».

    Les propos du Chef de l'État français ne peuvent qu'être salués, cependant quelques remarques s'imposent.
    Faire l'éloge du roi du Maroc et du prince saoudien sans citer l'Algérie, tous les efforts et les sacrifices qu'elle a consentis durant une décennie de lutte contre le terrorisme, rend ces déclarations un peu légères. Car s'il y a un pays au Maghreb qui a payé un lourd tribut à la lutte contre le terrorisme, c'est bien l'Algérie. Avec, selon les chiffres officiels, 200.000 morts, 1 million de personnes touchées et 20 milliards de dollars de dégâts matériels. Sans oublier l'expérience que ses services de sécurité et son armée ont acquise en matière de lutte contre les groupes armés, laquelle est sollicitée par beaucoup de pays, dont la France. Rappelons que si l'Algérie est restée à l'écart des événements du Printemps Arabe, c'est justement grâce cette expérience.

    Le général major Abdelghani Hamel, chef de la police algérienne, a mis en exergue hier lors d'une visite de travail à Tunis, cette expérience «pionnière». Lors 40e sommet des chefs de polices arabes, il a déclaré que:

    «Mon pays, qui a une expérience pionnière en matière de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent, est parfaitement conscient que l'éradication totale des groupes terroristes n'est pas une entreprise facile», Il a rappelé que «l'Algérie, qui a lutté seule contre le terrorisme avec toute la force et la détermination qui la caractérisent, a pu vaincre ce fléau et en sortir triomphante, grâce à l'approche multidimensionnelle qu'elle a adoptée et qui a été couronnée par la réconciliation nationale initiée par le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, et plébiscitée par le peuple algérien tout entier».

    Lors de son discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron a aussi évoqué la question brûlante de l'immigration clandestine vers l'Europe, en rejetant la responsabilité de ce fléau sur les seuls Africains. Il a notamment affirmé:

    «Qui sont les trafiquants? Ce sont les Africains, mon ami! Et nous les combattons avec vigueur!» Et de renchérir: «Arrêtez de dire que le problème, c'est l'autre! Présentez-moi un passeur belge, français, allemand ou que sais-je encore! Vous n'en trouverez pas!».

    Concédons au Président français le fait que les passeurs sont effectivement africains. Cependant, peut-on dire que les jeunes qui leur confient leur vie le font parce que lesdits passeurs les y invitent? Certainement pas! Les Africains fuient la misère, la malnutrition, le chômage et le sous-développement en général. Alors de ce point de vue, pourquoi ne pas poser le problème du franc CFA, auquel la France tient bec et ongle, en ouvrant un débat de fond sur la politique de la France-Afrique, responsable du retard économique de tous les pays appartenant à cet espace, dont font partie deux des trois pays qui sont sur la liste de la tournée du Président français.

    Rappelons que le franc CFA, créé en 1945 et qui signifiait alors «franc des colonies françaises d'Afrique», est indexé à l'euro, ce qui fait qu'il a un taux de change fixe avec ce dernier et suit donc ses variations. Et pour garantir cette parité fixe, les pays de la zone franc-CFA doivent déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français.

    Kako Nubukpo, économiste togolais et auteur de Sortir l'Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc CFA?, a déclaré au journal le Monde en septembre 2016:

    «Nous souffrons d'une mauvaise gouvernance chronique et il faut sortir de la «protection» qu'offre le CFA.».

    Ajoutons que la surévaluation du franc-CFA pénalise l'industrie africaine qui ne peut rien exporter, et favorise seulement les pays européens qui importent le pétrole et le gaz avec un dollar ayant une valeur faible par rapport à la monnaie européenne. Cet état de fait condamne les économies de ces pays à une mort lente.

    Ce ne sont pas des discours bien écrits qui permettent de changer l'ordre social et économique, mais des actions fortes et concrètes qui justement tardent à venir.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur

    Tags:
    Mohammed ben Salmane Al-Saoud, Franc-CFA, radicalisation, immigration clandestine, abdelghani hamel, roi Mohammed VI du Maroc, Emmanuel Macron, Burkina Faso, Algérie, France
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