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    Hervé Juvin: «nul ne survivra seul: nous survivrons par la Nation»

    Hervé Juvin: «nul ne survivra seul: nous survivrons par la Nation»

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    Au lendemain des frappes contre Damas, la France retrouve-t-elle sa place dans le monde? Édouard Chanot recevait l’essayiste Hervé Juvin pour en parler, s’interroger sur le retour de la Nation à travers le monde et esquisser les pistes d’une «plus grande France».

    Les missiles envoyés sur Damas suscitent d'innombrables questions. Mais commençons par une réponse: Emmanuel Macron a revendiqué la «crédibilité». Écoutez-le:

     

    Les démocraties libérales, la France sont-elles plus «crédibles»? Et plus exactement la France qui s'engage, s'engage en menaçant, en instaurant une ligne rouge, et qui tiendrait donc parole. Alors était-ce là le début, le commencement d'un retour d'un projet français?
    Or, qui dit «projet», dit place de la France: cette intervention pose la fondamentalement question de la place de la France dans le monde, de sa stratégie. Quelles seraient-elles dans l'absolu?

    Pour en parler, nous avons reçu Hervé Juvin, économiste qui se laisse souvent aller aux analyses géopolitiques… Après Le gouvernement du désir (2016), le voici de retour avec France, le moment politique, manifeste écologique et social, publié aux éditions du Rocher.


    «L'intervention française illustre à quel point le moment est redevenu politique: clairement, il ne s'agit pas d'économie, il s'agit de politique internationale, de démonstration de force militaire. On ne peut qu'être très prudent sur les conclusions à tirer de l'équipée française dans le ciel syrien. Après avoir salué la performance des pilotes français et des Rafale, on ne peut que constater que dans le passé, les gesticulations militaires ont très souvent été l'alibi de Présidents en mal de réussite en France et de succès politique —parlons des infirmières bulgares, des équipées au Sahel ou en Centrafrique qui n'ont pas fini d'illustrer le vide stratégique français […] Il me semble apprendre également que la grande majorité des missiles tirés ont été abattus avant d'atteindre leur cible… dans l'incertitude des objectifs réellement touchés, on a plutôt une gesticulation qu'une opération militaire ayant poursuivi des buts de guerre clairs et créant une nouvelle situation sur le terrain. Si réellement des entrepôts d'armes chimiques avaient été touchés, cela pose un problème. La dissémination dans l'atmosphère pose naturellement un grave danger pour les populations civiles. […] »

    [NDLR: Hervé Juvin fait ici référence à l'attaque chimique supposée à Damas le 21 août 2013, et à la « Synthèse nationale de renseignement déclassifié » sur laquelle le conseiller presse du ministre de la défense aurait en réalité été le dernier à intervenir. Cette note, dont le caractère peu professionnel a été relevé dans la presse, a été présentée dans la hâte aux parlementaires le 2 septembre.]

    «Je m'étonne que soit aussi très peu abordé le problème de la légalité internationale de cette opération —qui, je crois dans certains ministères français, a posé problème jusqu'à la fin: il n'y a ni mandat de l'ONU ni demande de l'État souverain qu'est la Syrie […] Je m'interroge: quel intérêt a le régime de Bachar el-Assad a encourir une condamnation internationale totalement justifiée pour l'emploi d'armes chimiques, alors qu'il a de fait gagné sur le terrain? Il faudrait être stupide ou une chaîne de commandement non maîtrisée. […]»

    Un climat insurrectionnel

    «Le moment est politique. Nous assistons un peu partout en Europe, à une insurrection des démocrates contre l'individualisme libéral, qui fait de chaque individu un petit Dieu autocréateur et maître de son destin, réduit nos territoires au pillage, détruit nos biens communs est en train de menacer la survie même de l'humanité. Ce n'est pas un hasard si l'on assiste à une forte mobilisation autour de Notre-Dame des Landes. Ce n'est pas pour défendre quelques militants de l'autogestion, c'est parce que, pour une population attachée à son territoire, la terre française n'est pas à vendre: elle n'est pas à vendre au plus offrant, elle n'est pas à la disposition des banquiers d'affaires, à la disposition d'investisseurs apatrides. Nous sommes face à une agression contre la vie. Le symbole de Notre-Dame des Landes restera.»

    La Nation comme réponse

    «Nul ne survivra seul: nous survivrons par la Nation, et nous survivrons parce que la France reprendra son destin en mains. […] à des problèmes globaux, seules des communautés nationales en pleine capacité de contrôler leur territoire et leur économie sont capables de faire face à ces enjeux. […] Nous n'avons pas fini avec la terre qui est sous nos pieds. […]

    Je ne crois pas que ce soit la fin de la mondialisation: c'est la fin de la mondialisation naïve. Elle a fait une poignée de milliardaires qui ont mis au chômage tous leurs voisins. Cette réalité est derrière nous: nous nous rendons compte que la communauté dans laquelle nous vivons a une énorme importance: face aux enjeux qui nous attendent, nul ne survivra seul.»

    Sous les pavés, la Nation?

    «Nous sommes dans le scénario d'une démocratie qui se meurt: de plus en plus d'exclus, de membres de la classe moyenne qui se sentent précarisés, une partie significative des Français qui est en train de perdre son patrimoine, notamment immobilier. Cette précarisation d'une partie sans cesse plus importante de la population pose un problème démocratique majeur.»

    L'internationale nationale

     

    «Les sans-frontières se rendent-ils compte de la boîte de Pandore qu'ils ont ouverte? Quand on déconstruit la Nation, on ne construit pas une planète unifiée, on renvoie à une communauté d'évidence que sont les communautés d'origine ou la religion. La Nation était le lieu où chacun et chacune se libérait de ses attaches ethniques, religieuses, communautaires. La Nation c'est le lieu de cette liberté. Si on ne veut pas que la France soit gangrénée par les communautarismes, nous devons retrouver ce que signifie l'unité nationale.»

    Relativisme culturel

    «La plus grande France, ça n'est certainement pas une France qui écrase les autres cultures, qui méprise les autres civilisations. Ce qui a fait la Grande France, c'est le respect total pour les autres civilisations. L'écologie des civilisations, c'est le respect de l'autre. On ne peut que sourire de l'outrecuidance d'ambassadeurs français qui se permettent à Moscou ou à Pékin de faire des leçons sur les droits de l'individu, sur les mœurs ou la culture. Une plus grande France, c'est une France respectueuse de toutes les cultures, mais aussi une France qui, sur son territoire, sait exiger le respect de ses mœurs. Je les respecte à l'extérieur pour les autres, je demande que les autres les respectent également.»

    Colonisation mentale

    «Cette menace existe à cause du piège de la multipolarité et qui en fait est en train de devenir le partage bipolaire du monde entre deux empires: l'Empire chinois et l'empire américain. Il faut avoir entendu les ordres entendus à l'Union européenne par le Général Mattis: vous n'avez pas à vous soucier d'une industrie européenne de défense, vous achetez américain. C'est très clairement le scénario d'une Europe colonisée dans le cadre d'un partage du monde entre une zone d'influence dominée par les États-Unis, et d'autres pays dominés par la Chine. Nous sommes sans réaction par rapport à la colonisation mentale incroyable que subissent certains pays, notamment de l'Est.»

    La Nation face à Google

    Non-alignement

    «Que la France ne se trompe pas de chemin et ne fasse pas marche arrière: les communautés humaines reprennent leurs singularités. Je rêve de cette France qui renoue avec le plus beau compliment qui lui a jamais été adressé, par Boutros Boutros-Ghali: "partout où il y a des non-alignés dans le monde, ils parlent français!"»

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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