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L’augmentation des ventes d’armes dans le monde, notamment au Moyen-Orient, profite à la France, qui grimpe au troisième rang des pays exportateurs. Comment expliquer ce succès français? Le général Jean-Vincent Brisset a répondu à nos questions.

Cocorico, les armes françaises sont plébiscitées dans le monde. Après les États-Unis et la Russie, la France s’est hissée au troisième pays exportateur d’armements entre 2015 et 2019, soit 7,9% des ventes totales. Selon le rapport du SIPRI (Institut international de recherche sur la paix), publié ce 9 mars, les trois principaux États acheteurs d’armes françaises sont l’Égypte avec 26% de ses exportations, le Qatar (14%) et l’Inde (14%).  

​Interrogé par Sputnik, le général (2 S) de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), rappelle que la France est toujours «placée dans ce hit-parade des vendeurs d’armes, entre la 5e et la 1re place». Ainsi, cette troisième place est-elle engendrée par la conclusion de contrats et «des ventes qui ont été particulièrement importantes en chiffres».

«Le Rafale est la seule alternative opérationnelle à un avion américain»

Le facteur décisif? Les ventes du Rafale à l’Égypte, au Qatar et à l’Inde, qui représentent un quart des exportations d’armes françaises. Comment déterminer ce succès de l’avion de combat français proposé par le groupe Dassault Aviation?

«Le Rafale est la seule alternative opérationnelle à un avion américain […] Il y a deux avions qui sont au-dessus des autres, le F-35 avec ses qualités et ses défauts –en particulier son prix et sa dépendance qu’il a vis-à-vis des États-Unis– et puis le Rafale est le seul multirôle qui soit actuellement en vente et en service.»

Tout en soulignant ses avantages, le général Brisset pointe malgré tout le coût exorbitant du Rafale qui en découragent certains: «Le Rafale n’est pas un succès, si l’on considère le nombre d’avions vendus par rapport au F-35 et même par rapport au Su-57 russe […] Il demeure beaucoup trop cher.»

Le non-alignement de la France, un argument de vente?

Au-delà de la question du Rafale, la stratégie industrielle française et le positionnement international de la France sont deux autres éléments décisifs pour le succès des exportations d’armements de l’Hexagone.

«La réussite française tient en une tradition industrielle qui permet à la France de fabriquer des matériels de bonne qualité, des matériels très concurrentiels sur le plan qualitatif et sur le fait que la France se situe politiquement de manière originale, qu’elle ne fasse pas partie complètement des pays alignés avec les USA ou avec ce qui a été le Bloc de l’Est.»

Poursuivant son développement, le général Brisset démontre que le fait de réussir à vendre des armes à l’étranger est non seulement positif pour la balance commerciale française, mais également un acquis de souveraineté non négligeable pour la France. Même si cela peut faire grincer des dents à certaines ONG, soucieuses du respect des droits de l’homme notamment dans le conflit au Yémen.  

«Un pays qui ne vend pas à l’étranger ne pourra pas s’équiper lui-même parce que ça coûte très cher […] Ça fait partie de la souveraineté parce que ça permet d’équiper globalement le pays. Ça fait partie aussi de la souveraineté, parce qu’on est entièrement indépendant d’un fournisseur étranger. On peut développer du matériel de pointe de son côté, ce qui n’est pas le cas des autres pays.»

La troisième position de la France dans ce classement des pays exportateurs d’armements ne doit pas occulter le passé. Le précédent avec l’Arabie saoudite sous le mandat de François Hollande devrait faire réfléchir certains hauts responsables.

Bémol sur le paiement des contrats

L’avènement au pouvoir de Mohamed ben Salmane a totalement rebattu les cartes entre Riyad et Paris, remettant en cause les 11 milliards de dollars de contrats précédemment signés. Jean-Vincent Brisset tempère ainsi ce classement:

«La troisième place de la France, c’est le chiffre des contrats. Maintenant, le paiement des contrats, je suis beaucoup plus nuancé sur le fait que ces contrats ont été payés aux industriels, qui n’ont pas reçu d’argent de la part du gouvernement français, et que ces industriels aient reçu de l’argent de la part des acheteurs étrangers.

Le général de brigade aérienne évoque le cas égyptien:

«L’Égypte a bénéficié d’un énorme discount […] l’Égypte a reçu beaucoup de matériels d’armements, qui représentaient des sommes importantes et qui n’ont pas été payés par les Égyptiens.»

Autre fait marquant du rapport du SIPRI, les ventes d’armes ont augmenté de façon exponentielle à travers le monde sur cette période 2015-2019, soit une croissance de 5,5% en volume par rapport à la période 2010-2014. Depuis 2003, les ventes d’armes dans le monde ne cessent de croître. Représentant 35% des importations mondiales, les pays du Moyen-Orient –et notamment l’Arabie saoudite– ont largement contribué à cette flambée de ventes. Le royaume wahhabite, premier importateur mondial d’armes, a vu ses achats bondir de 130%. Le général Brisset avance deux facteurs d’explication:

«Deux choses se conjuguent: le fait qu’il y ait des situations conflictuelles un peu plus rudes à l’heure actuelle, dans un certain nombre de zones, en particulier autour du Moyen-Orient, et deuxième chose, largement aussi importante, c’est que pendant longtemps, on a évoqué les dividendes de la paix.
Cette époque des dividendes de la paix qui a conduit des pays, comme les Européens ou les Sud-Américains et quelques autres, à abandonner complètement les efforts de Défense sur le plan de l’armement [est révolue. Ils ont, ndlr] changé d’avis et à se sont remis à acheter de l’armement.»

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Tags:
Qatar, Arabie Saoudite, François Hollande, Vladimir Poutine, Mohamed Ben Salmane, Emmanuel Macron
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