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Face au coronavirus, la France passe en confinement (168)
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Depuis le début de la crise du coronavirus, la communication de l’exécutif a connu un certain nombre de ratés et de contradictions, sur lesquels la plupart des médias français n’ont guère brillé par leur combativité. Unité nationale ou suivisme? Analyse.

«Les Français ne sont pas un troupeau de moutons ou une garderie d’enfants. Ils n’ont pas nécessairement besoin d’être d’abord protégés ou rassurés, ils ont besoin d’une autorité politique qui leur disent la vérité et qui les traite comme des citoyens adultes.»

Ces propos-chocs ont été tenus par l’avocat François Sureau, au micro de France Inter le 1er avril, à propos de la tonalité générale entretenue ces dernières semaines par le gouvernement et certains médias français. Difficile de lui donner tort alors que la communication de l’exécutif a été loin d’être irréprochable, entre polémiques sur les contrôles aux frontières, l’absence d’anticipation de la crise sanitaire et sur les masques. Concernant ces derniers, c’est l’animatrice Marina Carrère d’Encausse qui a notamment justifié sur Europe 1 le mensonge «pour une bonne cause», celle des autorités sanitaires confrontées à la pénurie, à qui il fallait réserver les masques.

Les Français, une «masse qui ne serait pas responsable»

Des mesures de confinement sur tout le territoire ont alors été mises en place le 17 mars, du jour au lendemain. L’obsession d’un tel retranchement de libertés individuelles, dignes de l’Ancien Régime et relativement discutables sur le plan de l’efficacité, est partagée par l’exécutif, les médias et même les élus locaux. À Biarritz, le maire interdit à ses concitoyens de s’asseoir plus de deux minutes sur un banc – une interdiction levée le 7 mars – tandis qu’à Béziers, ces derniers sont carrément enlevés. La ville de Paris interdit dorénavant de faire du sport dans l’espace public entre 10h et 19h. Et l’on parle maintenant de pratiquer la géolocalisation des contaminés du Covid-19 à l’échelle nationale, à l’instar d’Israël ou de la Corée du Sud.

​Joint par Sputnik, Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, estime que certaines expressions publiques, pouvant être «perçues comme paternalistes», peuvent laisser entendre que les Français sont considérés comme «une masse qui ne serait pas responsable». Des Gaulois toujours réfractaires au changement? Non, estime l’intellectuel, la population française a réagi «assez rapidement». Celui-ci s’explique:

«Il y a une communication qui est très infantilisante, indéniablement. Quand on regarde la façon dont la société française, en moins de vingt-quatre heures, a à peu près appliqué les consignes, pour une société qui n’est pas acculturée à ce type de problèmes épidémiques, on peut considérer que la société française a été assez mûre dans son ensemble.»

Le professeur associé à la Sorbonne en histoire de la communication justifie néanmoins la communication du gouvernement «chaotique» à ses débuts, minorant la dangerosité et la propagation du coronavirus, car elle s’est «indexée sur l’état de la connaissance scientifique et sanitaire». Une contrainte structurelle en termes de communication qui est commune à tous les pays européens, relève encore Arnaud Benedetti.

Contradictions et «manque de transparence»

Seulement, ces difficultés initiales n’ont pas «restauré la confiance dans la parole publique», c’est le moins que l’on puisse dire. Les sondages en la matière illustrent tantôt une hausse, tantôt une chute de cette confiance en l’exécutif à gérer la crise. Arnaud Benedetti constate que la parole étatique a ainsi «manqué de transparence», en rappelant ses multiples contradictions. Entre fermeture des lieux recevant du public et maintien du premier tour des élections municipales le même week-end, la sortie du couple Macron au théâtre, la promenade de Brigitte Macron sur les quais de Seine et le confinement généralisé, le tout en huit jours, difficile pour la population française de n’être pas critique face à ses dirigeants.

«Le meilleur réflexe, c’est de considérer que l’opinion publique est responsable, de lui dire la vérité sur les faits et de pratiquer une communication pédagogique plutôt qu’une communication d’injonctions, d’autant plus que la communication de l’exécutif a péché depuis deux mois par des injonctions parfois paradoxales et contradictoires.»

Le message est dorénavant passé, le mot d’ordre de la majorité étant actuellement «l’humilité».

Presse française, meilleur relais du discours gouvernemental?

Sputnik a également interrogé Claude Chollet, président de l’OJIM (Observatoire des journalistes et de l’information médiatique), qui évoque cette perte de confiance dans le politique, provoquée par le sentiment «qu’on nous cache des choses, ne serait-ce que l’impréparation et l’amateurisme d’un certain nombre de mesures gouvernementales». D’autres médias, tels Le Monde ou La Croix, préfèrent tancer les conspirationnistes, pointant surtout du doigt le Rassemblement national. D’autres, comme France Culture ou Challenges évoquent carrément une «épidémie de Fake News». Fléau contre lequel Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement plusieurs fois dénoncée pour ses propos contradictoires, entend partir en croisade.

Que pense Claude Chollet de cette posture adoptée par l’exécutif et une partie de la presse? Celui-ci ne mâche pas ses mots, en utilisant une métaphore osée:

«Un enfant ne pose pas de questions, il écoute papa. Comme vous êtes des enfants, ne sortez pas, parce que c’est interdit, et puis ce soir au lit à 9h après le dîner. Ne posez pas de questions, papa et maman s’occupent de tout.» 

Mais au-delà des stratégies de communication, les responsabilités du gouvernement dans cette crise sanitaire sont-elles réellement posées dans la presse française? Quel doit être le rôle des médias face à une telle crise sanitaire? Doivent-ils eux aussi jouer la transparence au risque d’inquiéter les Français? Claude Chollet se révèle, sans surprise, assez critique envers la profession, remarquant une «course à l’échalote», une «recherche du sensationnalisme», suscitant dans le débat public une relative confusion. Il parle ainsi d’une certaine «édulcoration» d’une partie du discours gouvernemental, se mobilisant sur le thème de l’unité nationale et qui n’est pas favorable au journalisme d’investigation. Selon le président de l’OJIM, le leitmotiv de l’information devrait être de poser «les bonnes questions aux autorités», ce qu’il ne remarque que très peu, sauf exception:

«Là, on n’est plus tout à fait dans l’information, ou alors on est dans l’information en temps de guerre, c’est-à-dire que ce n’est plus vraiment de l’information, c’est de la mobilisation. Tout le monde sait qu’information et mobilisation sont deux concepts antagonistes.»

Entre la dénonciation des violations du confinement de certains Parisiens, à coups d’injonctions moralisatrices et lénifiantes sur les réseaux sociaux ponctués par des hashtags #Restezchezvous ou encore l’émission quotidienne intitulée «Mobilisation générale» sur RMC, le coup de pouce à l’unité nationale a été donné.

C’est l’essayiste Éric Zemmour qui évoque également cette propension journalistique à s’afficher plus royaliste que le roi, dans une chronique pour Le Figaro: «La plupart des médias tancent le gouvernement pour son excessive mollesse et vitupèrent la population française qui n’est pas assez disciplinée». Plutôt en accord avec ces propos, Arnaud Benedetti note chez certains éditorialistes, une tendance à «vouloir relayer le discours de l’exécutif»:

«La tonalité générale vise à éviter, pour des raisons d’unité nationale, que l’on se pose la question des responsabilités, en disant finalement que ces questions se poseront après la crise.»

Un constat que celui-ci nuance en notant toutefois une pluralité d’opinions au sein du paysage médiatique français, amélioré par Internet et les réseaux sociaux. Cet unanimisme de façade ne prend effectivement pas en compte quelques publications, comme l’enquête de Mediapart sur la pénurie de masques.

Dossier:
Face au coronavirus, la France passe en confinement (168)

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Didier Raoult, Edouard Philippe, Emmanuel Macron
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