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Les nouvelles mesures anti Covid-19 annoncées par le gouvernement font peser de grandes craintes sur l’économie française, déjà très fragilisée par la pandémie. Ce nouveau tour de vis est-il de nature à annihiler tout espoir de reprise? Philippe Béchade, président des Éconoclastes livre son analyse à Sputnik.

«La hausse du nombre d’infections et la hausse des restrictions coupent les jambes de la reprise française, avant même qu’elle n’ait pu vraiment s’exprimer.» Comme le note Michael Hewson, analyste en chef pour CMC Markets UK, l’inquiétude règne sur le front économique en France.

​Afin de lutter contre la «deuxième vague» de Covid-19 responsable de 13.072 nouvelles contaminations le 23 septembre, les autorités ont annoncé des mesures particulièrement restrictives. Marseille et la Guadeloupe ont ainsi été placées en zones d’alerte maximale.

«Je vous avoue mon incrédulité face à ces décisions et c’est un euphémisme. C’est surréaliste!», s’étonne Philippe Béchade, président des Éconoclastes.

Le niveau d’alerte maximale implique la fermeture totale des bars et restaurants sur l’île caribéenne et dans la région Aix-Marseille. De plus, à moins d’un protocole sanitaire strict déjà effectif, comme cela peut être le cas dans les théâtres, les musées, les cinémas, qui ne sont pas concernés par les mesures de fermeture, l’ensemble des établissements recevant du public devront fermer dans les deux régions visées.

Restrictions sévères à Marseille, un «affront»

«Je suis en colère parce qu’il n’y a eu aucune concertation, et c’est simplement inadmissible. Pourquoi avoir un tour de vis, alors que les chiffres commencent à aller dans le positif pour nous depuis quelques jours?», a tempêté sur France info la maire de Marseille, Michèle Rubirola (EELV).

«Les autorités prennent des décisions sur la base de chiffres extrapolés qui permettent de vendre n’importe quel scénario catastrophe. Factuellement, le nombre de décès augmente effectivement, mais ils se comptent par dizaines et non par centaines ou milliers. Et encore il convient de vérifier si ces gens sont morts uniquement du fait du Covid», analyse Philippe Béchade, qui dénonce «un climat encore plus anxiogène qu’en mars dernier».

Lors d’une conférence de presse, Benoît Payan, premier adjoint au maire de Marseille, a dénoncé un «affront» après l’annonce «sans concertation» par le gouvernement, de «restrictions incroyables». Un avis partagé par Philippe Béchade, qui dénonce ce qu’il juge comme une absence de cohérence dans les décisions du gouvernement.

«La zone de Marseille–Aix-en-Provence n’est pas la plus touchée par le coronavirus et c’est pourtant elle que l’on quasi reconfine. On ferme les restaurants et les bars, mais on continue de laisser les gens s’entasser dans les métros, les tramways et les amphithéâtres d’université», souligne-t-il.

Les restaurateurs et patrons de bar de la région sont particulièrement inquiets de ce coup terrible porté à leurs affaires, eux qui étaient déjà soumis à des restrictions d’horaires et qui ont très fortement souffert de semaines de fermeture lors du confinement du printemps dernier. Bernard Marty, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des Bouches-du-Rhône, a réuni un conseil extraordinaire dans la foulée des annonces du gouvernement.

«Personne ne nous a prévenus! Je n’ai vraiment plus aucune confiance en ce gouvernement. Est-ce qu’ils se rendent compte que derrière les restaurateurs, il y a aussi les éleveurs, les fournisseurs […] c’est toute une filière qu’ils sont en train de tuer! La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’on ne va pas mourir sans se battre!», a-t-il lancé, relate 20 Minutes.

La situation est également tendue à Paris et dans les départements de la petite couronne, ainsi qu’à Lyon, Lille, Montpellier, Bordeaux, Grenoble, Rennes, Rouen, Saint-Étienne, Toulouse ou Nice, qui sont toutes en zones d’alerte renforcée. Les rassemblements y sont limités à 1.000 personnes et les grands évènements déclarés (comme les fêtes locales ou les fêtes étudiantes) sont interdits, de même que les rassemblements de plus de 10 personnes dans l’espace public.

«C’est toute une filière qu’ils sont en train de tuer!»

Les bars et restaurants pourront ne pourront rester ouverts que jusqu’à 22 heures à partir du 28 septembre, voire plutôt en cas de décision de la préfecture. Autre coup dur pour les patrons de salles de sport et gymnases, qui devront sans doute fermer leurs portes aux activités associatives, tout comme les salles polyvalentes. Des milliers de responsables associatifs à travers la France attendent avec angoisse la publication du décret au Journal officiel.

​Marcel Benezet, président de la branche cafés-restaurants du syndicat GNI-Synhorcat, se dit «en colère et très inquiet» comme le souligne Le Parisien. «On avait déjà un pied dans le précipice. Ces nouvelles mesures vont nous y faire glisser», estime-t-il. Le quotidien de la capitale note que désormais, la crainte principale est de voir le «syndrome marseillais» s’appliquer à Paris, avec une fermeture totale des établissements.

«Il est clair qu’après les presque trois mois de confinement, cette deuxième lame va faire que beaucoup ne vont pas y survivre», prévient Philippe Béchade.

D’après Marcel Benezet, 4.000 à 5.000 emplois sont menacés rien qu’à Paris. Il manifestera avec ses collègues cafetiers et brasseurs dans le XIe arrondissement de Paris ce 24 septembre. Les professionnels de la restauration déposeront la clé de leurs établissements au sol en guise de symbole.

La mairie de Paris est opposée à de telles mesures et dit craindre pour l’économie du secteur. Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo, maire de Paris, indique qu’il va plaider «pour une fermeture des bars à minuit plutôt qu’à 22 heures».

Signe de la préoccupation qu’ont provoquée les mesures du gouvernement, la bourse de Paris lâchait 0,76% à 17h31.

La situation est d’autant plus inquiétante que le manque de cohérence et le caractère imprévisible du gouvernement placent les entrepreneurs dans une précarité alarmante, souligne Philippe Béchade qui raille les catégories «super-rouge» ou «écarlate» choisies pour certaines zones par le gouvernement:

«Imaginez que vous êtes un restaurateur d’une zone donnée qui voit monter le nombre de cas de Covid-19. Vous allez anticiper le scénario du pire, c’est-à-dire la fermeture de votre établissement. Vous n’allez donc pas embaucher, réduire vos commandes et ne pas investir.»

«Sans forcément reconfiner, vous allez vous retrouver avec une situation économique très compliquée», conclut-il.

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Olivier Véran, France, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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