Opinion
URL courte
Par
77610
S'abonner

La politique de santé est-elle réellement aux mains des États membres? Pour Charles Henri Gallois, président du mouvement Génération Frexit, l’Union européenne est responsable des coupes budgétaires dans la politique de santé. Il s’insurge contre le bilan de Bruxelles sur la gestion de la pandémie.

 «Le virus n’a pas de passeport», affirmait Emmanuel Macron. Pourtant, dès le 24 janvier, la France exigera des tests PCR avant d’autoriser l’entrée sur son territoire. Même pour les voyageurs en provenance de l’Union européenne. Ce durcissement découle de la panique inspirée par le variant anglais. Le Président français en a fait part au Conseil européen. Une attitude nouvelle qui tranche avec la passivité observée aux frontières durant toute l’année 2020. «Les travailleurs frontaliers et le transport terrestre seront en particulier exemptés», a précisé l’Élysée.

Lignes rouges, Jean-Baptiste Mendes reçoit Charles-Henri Gallois, président du mouvement Génération Frexit.

Schengen: du «fanatisme quasi sectaire»

Interrogé par Sputnik avant cette décision, Charles-Henri Gallois se désolait de la non-remise en cause de la libre circulation des biens et des personnes. Un «dogme de l’Union européenne» qui atteste un «fanatisme quasi sectaire» aux yeux du président du mouvement Génération Frexit. Alors que les épicentres des foyers étaient en Espagne et en Italie, «au plus fort de la crise», les frontières au sein de l’espace Schengen sont restées béantes. Cela a «évidemment contribué à la circulation» du virus. Seuls les mouvements de personnes aux frontières extérieures de l’UE avaient été restreints le 17 mars.

«C’est d’autant plus scandaleux qu’on a mis des confinements et des couvre-feux au niveau national, mais les personnes pouvaient entrer dans le pays assez librement.»

Lors du sommet européen, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a affirmé qu’il était toutefois «de la plus haute importance de continuer à faire fonctionner le marché unique». C'est-à-dire autoriser le transport «fluide des travailleurs essentiels et des marchandises à travers les frontières» des pays de l'UE.

«Ça a été une catastrophe de A à Z»

Le bilan frôle désormais en France les 72.000 morts et le spectre d'un troisième confinement se profile. Jean Castex a claironné le 18 janvier que la gestion française de la crise sanitaire était «honorable». Mais qu’en est-il du bilan de l’Union européenne? Pour Charles-Henri Gallois, le constat est négatif: «Ça a été une catastrophe de A à Z.» La stratégie vaccinale en est l’exemple le plus frappant. «L’Union européenne est à la traîne», car les responsables de la Commission ont tardé sur la «contractualisation» et sur le «déploiement logistique». L’interview accordée à L’Express le 10 janvier par Stéphane Bancel, le PDG français de Moderna, l’entreprise américaine fabriquant le second vaccin autorisé par l’UE, est révélatrice des lenteurs chroniques européennes:

«Au cours du printemps, ils [Moderna, ndlr] avaient des négociations avec la France et ça avançait très vite. Mais, par une décision européenne, cette négociation a été transférée à l’Union européenne au cours de l’été 2020, où il ne s’est rien passé jusqu’à l’automne. Ce qui explique en grande partie le retard des pays de l’UE. Contrairement à ce qu’on nous dit, l’Union européenne ne fait pas du tout la force. Au contraire, il y a des discussions et des intérêts divergents dans tous les sens. Au final, c’est inefficace au possible. C’est d’une lenteur bureaucratique. On voit que le Royaume-Uni émancipé de l’Union européenne fait bien mieux de ce côté-là.»

La stratégie de vaccination à l’échelle européenne? «C’est surtout de la médiocrité», répond-il. Il pointe du doigt «l’opacité totale de l’Union européenne» tant sur le prix des doses que sur les négociations.

La santé, domaine de l’UE ou des États membres?

Il en veut pour preuve le grave dysfonctionnement sur le remdesivir, antiviral produit par le laboratoire américain Gilead, avec lequel la Commission européenne a signé le 8 octobre un accord d’approvisionnement sur au moins 500.000 traitements contre 1,2 milliard de dollars. Un médicament qui a été écarté le 20 novembre par l’OMS de la liste des traitements du Covid-19.

«L’Union européenne n’investit rien du tout en fait, c’est l’argent des États membres. Donc les États membres paient pour ce fiasco. C’est dramatique au niveau de l’UE. On peut y voir de l’incompétence. Et même de la malhonnêteté, parce qu’on sait très bien que les lobbies sont très présents au niveau de l’Union européenne. […] C’est un véritable scandale et ça va coûter très cher.»

La santé reste une compétence des États membres. Cet argument a longtemps été répété par les défenseurs de l’Union européenne face aux errements ou aux manques d’anticipation des vingt-sept pays membres.

«Il ne faut pas se moquer du monde.» Pour Charles-Henri Gallois, au contraire, la Commission européenne devrait être tenue pour une des principales responsables.

«C’est beaucoup trop facile parce que tout est lié», estime-t-il, rappelant que la politique économique et sociale est «complètement dans la main de l’Union européenne» de par les grandes orientations de politique économique. Selon le président de Génération Frexit, la réduction des dépenses publiques dictée par Bruxelles aux États membres a des conséquences directes sur la politique de santé.

«Si la France se trouve dans une situation où l’hôpital public n’a plus d’argent, où justement nous avons très peu de lits (plus de 100.000 lits supprimés en vingt ans), s’il n’y a pas assez de places, de lits, de lits de réanimation, c’est parce que l’Union européenne a imposé cette austérité. […] Donc la politique de la santé de l’Union européenne, c’est la destruction de l’hôpital public.»

Lire aussi:

Navalny: le chevalier blanc des Occidentaux rattrapé par ses propos xénophobes
Les caméras du domicile de Gérard Depardieu, mis en examen pour viols, montrent une rencontre avec une jeune actrice
La Défense russe réagit aux propos du Premier ministre arménien sur les Iskander
Tags:
Emmanuel Macron, Union européenne (UE), Moderna, Comirnaty, vaccin de Pfizer/BioNTech, Pfizer, remdesivir
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook