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    La presse russe en réflexion

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    La presse russe revient de loin. Pour illustrer son passé soviétique trouble, le centre de photographie contemporaine Fotodoc organise une exposition de clichés de l'agence TASS refusés par la censure, intitulée "Neformat".

    La presse russe revient de loin. Pour illustrer son passé soviétique trouble, le centre de photographie contemporaine Fotodoc organise une exposition de clichés de l'agence TASS refusés par la censure, intitulée "Neformat". 

    Les clichés recalés pèchent généralement sur un détail: ici, une banderole du 1er mai est roulée en tube (une insulte pour le slogan patriotique); là, des jeunes gens sont habillés à la mode d'un Occident dont ils font implicitement la propagande, en affichant un comportement qui frise la délinquance. Autre exemple: un cliché montre que les travailleurs en liesse descendus pour la manifestation sont encadrés par une rangée de soldats. Inadmissible pour une armée présentée comme l'amie du peuple, qui lui-même ne songerait pas un seul instant à s'en prendre à l'ordre établi…

    Où en est le journalisme russe en matière d'indépendance vis-à-vis du pouvoir? Le thème est particulièrement sensible, quand on sait que la vie de la société russe est rythmée par des meurtres non élucidés de journalistes, comme celui d'Anna Politkovskaïa, tuée de plusieurs balles à bout portant en 2006. Une opposante dont la mort à longtemps généré de lourds soupçons en direction du pouvoir, dont elle critiquait âprement les guerres menées en Tchétchénie. 

    Les meurtres de journalistes ont été politisés à outrance, se convertissant en levier de pression sur des autorités russes prêtes à tout pour conserver leur image face à l'occident. A trop soupçonner le Kremlin de vouloir faire taire les journalistes "libres", on en outre a fait de ces derniers des cibles faciles pour toute organisation désireuse de discréditer les dirigeants russes. 

    Vus à travers le prisme de la presse occidentale, les journaux russes seraient toujours soumis la houlette d'un pouvoir autoritaire qui ne supporterait aucune critique. Au milieu de cette "presse muselée", le journal d'opposition Novaïa gazeta, où travaillait Mme Politkovskaïa, mériterait seul un certain crédit. Le passage à tabac d'Oleg Kachine, journaliste de Kommersant, a légèrement bousculé cette vision, en montrant que la presse libre n'était pas forcément d'opposition… 

    La relation du pouvoir avec les journalistes change. Tournant important, le président Medvedev est personnellement intervenu suite à l'agression d'Oleg Kachine, afin que ce dernier soit soigné dans les meilleures conditions. Début mai, RSF se félicitait de l'aboutissement de l'enquête sur le meutre de l'avocat Stanislav Markelov et de la journaliste Anastassia Babourova. "Une fois n'est pas coutume, une enquête sérieuse a été menée sur l'assassinat d'un défenseur des droits de l'homme et d'une journaliste en Russie. Cela est suffisemment rare pour mériter d'être salué", a communiqué Reporters sans frontières

    De la censure à l'autocensure

    Y a-t-il une censure à l'époque actuelle en Russie? Si l'on met à part les limites de la déontologie, il n'existe plus en Russie de pression du pouvoir proprement dite, qui viserait à masquer tel ou tel événement, ou à influer directement sur son traitement. La tentative serait bien vaine, à l'heure où le scoop est généralement filmé et posté directement sur les blogs. Nombre de scandales, mettant directement en cause le pouvoir, sont ainsi remontés dans la presse traditionnelle. En concurrençant les journaux traditionnels, la Toile a modifié la presse en profondeur. Il convient en outre de signaler que dans l'ensemble, le pouvoir ne cherche pas à restreindre la liberté sur Internet. 

    Un des principaux défis du journalisme russe réside désormais dans l'autocensure, c'est-à-dire les limites que le journaliste s'impose par peur de froisser des intérêts divers. Un problème que l'agence RIA Novosti prend à bras le corps en menant un véritable travail de fond. En témoigne le mailing suivant envoyé aux employés de l'agence en 2008 après une réunion du conseil de rédaction. Loin d'un appel à caresser le pouvoir dans le sens du poil, l'agence montre un souci de défendre son indépendance sans épargner les dirigeants de tout niveau.   

    "AUTOCENSURE: nous en avons déjà parlé à de nombreuses reprises. L'agence n'a pas vocation à aduler le pouvoir en place. Cela concerne le niveau fédéral mais aussi l'échelon régional. Même les régions avec lesquelles nous avons des relations contractuelles (…). Nous n'avons peur de détériorer nos relations avec personne en Russie, plus, nous recherchons une telle détérioration. Personne ne va vous en vouloir si vous avez mené à mal les liens avec une région donnée. Il n'y a qu'une condition, respectez les standards du travail journalistique: liens de qualité, approche équilibrée, citations exactes, etc." 

    Vingt ans après l'effondrement de l'URSS, toutes les leçons sont certes loin d'avoir été tirées. Toutefois, la presse russe possède un recul indéniable envers son passé, comme en témoigne l'initiative "Neformat". Autrefois soumise corps et âme au pouvoir, la presse s'interroge sur son histoire et tente de redéfinir les contours de sa liberté actuelle. 

    L'approche politisée de la liberté de la presse en Russie ne doit pas cacher la profonde évolution et le dynamisme du journalisme dans ce pays.

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