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    Alexandre Latsa

    Affaire Breivik, la piste russe?

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    Affaire Anders Breivik (52)
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    L’Europe n'a décidément pas de chance. Alors qu'elle est en pleine crise politique, démographique, morale et monétaire, voila que la foudre de la haine s'abat sur un petit pays scandinave considéré comme un émirat du nord: la Norvège.

    L’Europe n'a décidément pas de chance. Alors qu'elle est en pleine crise politique, démographique, morale et monétaire, voila que la foudre de la haine s'abat sur un petit pays scandinave considéré comme un émirat du nord: la Norvège. Ce pays de 4,7 millions d'habitants compte aujourd'hui parmi les plus riches du monde, avec une politique sociale très développée. La Norvège est classé première pour l'indice de développement humain et est membre fondateur de l'Otan. Sa prospérité est en grande partie due aux matières premières, et le pays ne fait pas partie de la zone euro, mais il fait partie de l’espace Schengen. Comment a-t-on pu en arriver au drame du 22 juillet dans ce pays?

    La Scandinavie n'est pas étrangère aux actions violentes. En septembre 2008 en Finlande par exemple, un déséquilibré avait ouvert le feu dans son lycée, sur le modèle de ces serial-killers américains, qui confondent réalité et jeux vidéo. Mais cette fois le profil du tueur norvégien étonne. Il se dit chrétien protestant, néoconservateur, franc-maçon et  il a décidé de passer à la lutte armée contre le nouveau multiculturalisme européen. Tout aussi étonnant, le calme dont il fait preuve jusqu'à présent tout du moins, alors qu'il risque au minimum 21 ans de prison, et qu'une accusation de crime contre l'humanité pourrait être retenue contre lui.

    Breivik, qui avait entamé il y a déjà plusieurs années une désocialisation destinée à lui laisser le temps de passer à l'acte et se préparer à devenir un martyr, ne semble pas avoir été victime d'un excès de jeux vidéos, mais au contraire d'une profonde révolte contre la société, qu'il a exprimée en semant la mort autour de lui. La haine de Breivik ne s'est pas retournée contre les immigrés mais contre le principal parti de gauche du pays, jugé à ses yeux responsable de la politique migratoire qui aurait défiguré sa Norvège en lui imposant un modèle de civilisation multiculturel. C'est une chose que beaucoup de gens ignorent : La Norvège est l'un des pays les plus généreux et les plus ouverts de l'union européenne, et l’un de ceux qui a accueilli  le plus d'étrangers, qui représentent près de 12% de la population, avec un taux proche de 30% dans la capitale Oslo.

    La radio "Voix de la Russie" m'a demandé mon opinion sur les probabilités d'une telle explosion en Russie et aussi ce que je pensais de ces sites internet extrémistes qui prennent ouvertement la défense de Breivik, tant sur la plateforme Livejournal que sur Vkontatke, le Facebook russe. N’a-t-on pas en effet lu un peu partout dans la presse française que Breivik appréciait Poutine et la démocratie dirigiste russe? Celui-ci n’a-t-il pas clairement dit dans son manifeste que le mouvement de templiers libérateurs qui devaient sauver l’Europe devait s’apparenter à la structure de jeunesse russe Nashi?

    Il y a là une source de confusions et d’amalgames qui viennent à la fois de ces articles de presse et des déclarations de ce serial killer. Quel rapport avec le régime politique de la Russie ou avec le mouvement Nashi? Il semble évident que Breivik ne connait pas du tout la Russie. S’il avait observé l’organisation Nashi, il aurait constaté que c’est un mouvement plus patriote que nationaliste, qui se revendique comme une structure démocratique et antifasciste, bien intégrée dans la vie politique du pays. Les Nashi défendent la Russie plurielle et l’état, comme en témoigne leur attitude lors de la marche russe ou ils déploient des drapeaux de chaque province du pays. Ou encore l’organisation de milices antifascistes pour prévenir les agressions contre les  immigrés lors des journées à risques. Leur site est clair à ce sujet, avec de nombreuses photos qui ne laissent aucun doute sur l’orientation réelle du mouvement. Ils ont du reste violemment démenti les accusations à leur égard suite aux citations de Breivik.

    Quand à Vladimir Poutine, il a inlassablement défendu la Russie multiethnique depuis son élection en affirmant que "La Russie est un État multiethnique, et c'est précisément ce qui fait sa force. Ceux qui torpillent ces fondements de l'État, quoi qu'ils en disent, déstabilisent, sans conteste, le pays".  On est donc bien loin des fantasmes de Breivik. Visiblement, l’abus d’une certaine presse mal informée et qui désinforme (par incompétence ou de façon involontaire) nuit gravement à la santé et Breivik en est la première victime. On peut du reste se demander pourquoi il n’y a que si peu d’articles consacrés aux autres références du Norvégien, que ce soit Winston Churchill, ou encore Nicolas Sarkozy, jugé par Breivik "pas mauvais" dans sa lutte contre l’islamisation de la France.

    Peut-on alors imaginer qu’un fou ouvre le feu dans la rue en visant des innocents en Russie  pour mêmes raisons que Breivik? Il me semble qu’il y a des différences fondamentales entres les nations européennes, dont la population vieillissante se crispe face à une immigration souvent massive et récente, bouleversant les modes de vies, et la Russie, qui est un pays "multiculturel de souche". Bien sûr il est très facile de créer des pages Facebook et d’envoyer des commentaires anonymes pour donner l’illusion d’une masse active, comme cela avait été le cas en décembre 2010 lors des émeutes à Moscou. Bien sûr il y aura toujours une minorité de radicaux pour se réjouir d’un acte de violence contre un système qu’ils jugent coupable de tous les maux. Mais le problème est surtout que personne ne peut empêcher un fou de procéder à un acte criminel de cet ordre, comme c’est le cas très régulièrement aux Etats-Unis. Aucun pays n’est donc à l’abri, à l’heure d’internet et alors qu’il est possible de se procurer des armes à peu près partout dans le monde.

    Je ne crois pas que l’affaire Breivik ait un rapport quelconque avec la Russie. Par contre elle est sans doute le signe d’un dérèglement au sein d’une Europe en totale mutation et qui fait face à une modification profonde de son environnement et de son identité. Comme l’a précisé récemment le Directeur de l’Institut des pays de la CEI, Konstantin Zatouline: "l’Europe perd son identité et sa culture". Plus significatif peut être, des députés et sénateurs européens Italiens et Roumains ont déjà dédouané en quelque sorte certaines idées du soit disant templier Breivik. Sans une reprise économique solide et surtout la mise en place d’une politique migratoire digne de ce nom l’union européenne se prépare visiblement des périodes de forte instabilité.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

     

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    * Alexandre Latsa, 33 ans, est un blogueur français qui vit en Russie. Diplômé en langue slave, il anime le blog DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie".

     

    Dossier:
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