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    La perspective du referendum grec a déclenché la crise d’allergie qui s’empare traditionnellement des dirigeants européens quand l'expression "volonté populaire" est prononcée.

    Hugo Natowicz, pour RIA Novosti

    L'histoire de la construction européenne montre que ses promoteurs n'ont pas une grande estime de l'opinion populaire. On ne peut que se remémorer la Constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais lors d'un référendum en 2005. Les principaux points (et surtout l'esprit) de ce document d'obédience libérale n'ont pas manqué d'être repris, presque tels quels, dans le traité de Lisbonne adopté par les gouvernements des Etats membres, plus accommodants que leurs peuples.

    Restait l'Irlande, dont la constitution interdisait d'adopter un tel document sans consulter les électeurs. Après un nouveau "non" populaire, les bureaucrates européens répliquaient en organisant un second vote. Heureusement, les Irlandais avaient eu le temps de "mûrir", pour finalement accepter le traité. Un revirement principalement dicté par les difficultés économiques minant le tigre celtique, dont seule la solidarité européenne semblait pouvoir venir à bout.

    Le premier ministre Papandreou, annonçant récemment la tenue d'un référendum visant à savoir si les Grecs souhaitaient réellement sacrifier leur avenir au nom du plan d'aide européen, a fait l’unanimité contre lui. Non pas au sein de la population, mais parmi les gouvernements, banquiers, et cercles européistes, qui dénonçaient en chœur la "trahison" d'une Europe censée rester à l’écart des peuples. C’est sans provoquer d'étonnement particulier qu'intervenait l’annulation du plébiscite.

    On peut avancer différentes explications à ce rejet systématique de la volonté populaire dans l’édification européenne. L'une d’elles veut que les humeurs du peuple soient responsables des grands conflits qui ont secoué le XXe siècle, et qu’un référendum soit par essence "populiste". Aux yeux des élites bruxelloises, le référendum est forcément un recours à de bas instincts (repli sur soi, nationalisme, j’en passe). Et tant pis si une telle conception prend à rebours le "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", pourtant consacré par la Charte des Nations unies.

    Cette tendance possède également des causes "structurelles". Surfant récemment sur Internet, je suis tombé sur un document jetant une lumière assez crue sur cette étrange conception de la volonté générale, considérée par Rousseau comme la base du contrat social. Il s'agissait d'un article titré: "Les euro-fédéralistes financés par les chefs espions américains". L'expression est choquante, et l’on pourrait y voir la patte de quelques partisans de la théorie du complot, s’il n’avait été publié dans le très sérieux journal britannique Telegraph du 19 septembre 2000 sur la base de documents déclassifiés américains. En voici un florilège:

    "Des documents américains déclassifiés montrent que le renseignement américain a mené une campagne dans les années 50 et 60 afin d’accélérer la création d’une Europe unie. Il a financé et dirigé le mouvement fédéraliste européen. Le document confirme les suspicions exprimées à l’époque selon lesquelles l’Amérique travaillait agressivement en coulisses pour faire de la Grande Bretagne un Etat européen (…). Les leaders du mouvement européen (Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l’ancien premier ministre belge Paul-Henri Spaak) étaient tous traités comme de simples employés par leurs sponsors américains. Le rôle américain était traité comme une opération confidentielle. Le financement (de  l’organisation en charge de l’opération, ndlr) provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que d’entreprises possédant des liens étroits avec le gouvernement US".

    La suite est encore plus intéressante: "Le département d’Etat a lui aussi joué un rôle. Un mémo de la section européenne daté du 11 juin 1965, conseille le vice-président de la Communauté économique européenne, Robert Marjolin, d’atteindre l’union monétaire de façon furtive. Le document recommande de supprimer le débat jusqu’au point où l’adoption de ces propositions deviendrait virtuellement inévitable".

    Ce document confirme, si besoin était, que la démocratie n’a jamais été inscrite dans l'ADN de l’Union européenne. Un bloc qui n'a jamais ignoré se construire au-dessus de la volonté populaire, dans une conception élitiste de l'histoire.

    Mais alors que penser des leçons de démocraties données par l'Europe (notamment) à la Russie, où le parti au pouvoir est accusé de profiter de sa domination pour verrouiller le système électoral, marginalisant un nombre croissant d'électeurs? Les situations sont en réalité plus proches qu'il n'y paraît. Dans chaque cas, la volonté populaire est bafouée au nom d'impératifs historiques proclamés par la classe dirigeante.

    En Russie, le besoin de "stabilité" brandi par le pouvoir sert de justification; en Europe, l'impératif fédéraliste a enfanté un système politique déconnecté de la volonté du peuple.

     

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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