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    Thierry Mariani avec Vladimir Poutine au Salon du Bourget en 2011

    La Russie est un acteur fiable et légitime sur la scène mondiale

    © Photo. Site officiel de Thierry Mariani
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    Cette année, les élections législatives en France concernent aussi les Français de l’étranger. La Russie fait partie de la 11ième circonscription de l’étranger. Voici l'entretien avec Thierry Mariani, candidat UMP à la députation des Français de l’étranger.

    Cette année, les élections législatives en France concernent aussi les Français de l’étranger. La Russie fait partie de la 11ième circonscription de l’étranger. Lors du premier tour des élections législatives du 10 juin dernier, deux candidats sont arrivés en tête, le candidat UMP Thierry Mariani avec 32,59% des voix, suivi par Marc Villard (PS) avec 26,65%. Voici l'entretien avec Thierry Mariani, candidat UMP à la députation des Français de l’étranger.

    Thierry Mariani bonjour, et tout d’abord félicitation pour vos résultats obtenus lors du premier tour des élections législatives. Pourriez-vous expliquer aux lecteurs francophones de RIA-Novosti les raisons qui vous motivent à vouloir devenir député des Français de l’étranger pour la 11ième circonscription?

    Durant douze ans, au RPR, puis à l’UMP, j’ai été chargé des Français de l'étranger. Parallèlement, j’ai présidé le groupe d’études sur les Français de l’étranger à l’Assemblée nationale. Et surtout, il se trouve que c’est moi qui ai suggéré à Nicolas Sarkozy de créer les circonscriptions des Français de l’étranger pour les législatives de 2012. Il m’a donc semblé logique d’aller jusqu’au bout de ma démarche…

    Pour moi, le choix de la 11eme circonscription allait de soi : il était naturel que je me présente là où j’ai le plus d’influence et une excellente connaissance des réalités de terrain. Or, j’ai été président ou vice-président, à l’Assemblée, des groupes d’amitié entre la France et la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan, l’Iran, etc. Je me suis occupé des commissions parlementaires relatives au gaz et au pétrole, secteurs très importants dans cette zone. Et, ces dernières années, en tant que ministre des Transports, j’ai multiplié les contacts avec nombre de décideurs et de dirigeants de ces régions du monde, notamment en Chine et en Asie du Sud-Est. En 2009, j’ai aussi été le représentant spécial de la France en Afghanistan et au Pakistan. Enfin, m’étant occupé des affaires internationales au niveau de l’UMP, j’ai mis en place des relations étroites avec de nombreux partis politiques étrangers, notamment le Parti communiste chinois, mais aussi de nombreuses formations en Asie du Sud Est.

    La 11ième circonscription regroupe 49 pays de la zone Asie, Russie et Océanie. Quels sont vos liens avec le plus vaste pays de cette immense circonscription qu’est la Russie, et avec la communauté française de Russie, qui avoisine les 7.000 âmes? 

    J'ai des liens charnels avec la Russie et, parmi tous mes concurrents, je suis certainement celui qui connaît le mieux ce pays. Outre que j'y compte bien des amis, vous savez peut-être que mon épouse, binationale, est d’origine russe: je connais donc intimement la réalité quotidienne vécue par nombre de couples expatriés.

    Depuis 1976, année où j’ai passé le baccalauréat avec le Russe comme 2ème langue vivante, j’ai toujours été passionné par la Russie. Ces dernières années, je m’y suis rendu fréquemment (de 7 à 10 fois par an), d’abord pour y retrouver ma belle famille, à Ekaterinbourg, mais aussi parce que j’ai des liens forts avec de nombreux responsables politiques russes. Je co-préside également l’association intergouvernementale du Dialogue franco-russe avec Vladimir Ivanovitch Iakounine, président de « OAO » RZhD (chemins de fer russes). Pour toutes ces raisons, je pense être le mieux placé pour représenter les Français vivant en Russie.

    Beaucoup de Français de Russie se plaignent de l’image qui est donnée de la Russie par les médias français. Quelle est votre opinion à ce sujet? 

    Certains médias caricaturent parfois une réalité complexe. La Russie se remet seulement de 70 ans de communisme et d'une transition ultralibérale qui a laissé des traces dans les comportements quotidiens, du plus bas au plus haut niveau. Mais il faut surtout voir le chemin accompli depuis douze ans par l'équipe de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. Les récentes manifestations d'opposition traduisent la vitalité du peuple russe et constituent un nouveau défi pour la modernisation du pays… Défi relevé, à voir les mesures prises par un gouvernement qui est dans l'action et évite de se payer de mots : depuis avril, n'importe qui peut fonder un parti politique et s'exprimer démocratiquement ; une vaste lutte contre la corruption a été engagée depuis cinq ans, qui finira sans doute par porter ses fruits ; les manifestations d'opposition continuent, dans la rue et sur Internet, ce qui est rassurant pour la liberté d'expression ; et le nouveau gouvernement de Medvedev comporte un important pôle de ministères axés sur le social, le dialogue avec l'opposition et les relations avec la société civile. Ce sont des actions concrètes, qui méritent d'être notées, même si rien n'est jamais parfait.

    Est-ce que ces critiques existent aussi dans les autres pays de la circonscription que vous parcourez?

    C'est le cas de certains, bien sûr, comme l'Azerbaïdjan. Le passé postsoviétique y est le même ; mais là encore, la réalité est moins caricaturale que l'image médiatique répercutée.

    La Russie est parfois dénoncée comme étant un état autoritaire. Lors de la récente visite en France de Vladimir Poutine, des intellectuels français (Bernard-Henri Lévy, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, André Glucksmann…) ont notamment adressé une lettre ouverte au président russe. Quelle est votre regard sur le pouvoir politique russe d’aujourd’hui et notamment la figure de Vladimir Poutine?

    Poutine a une incontestable légitimité, puisqu'il a recueilli 64% des voix dès le premier tour à la présidentielle de mars dernier. Même s'il y a eu des fraudes à la marge, il est évident que la majorité de la population russe a fait le choix de la stabilité. Les intellectuels de gauche ne devraient pas s'ingérer dans la vie politique d'un pays souverain dont ils n'ont d'ailleurs qu'une vision souvent tronquée. La Russie est un partenaire important de la France. C'est aussi un acteur fiable et légitime sur la scène mondiale, qui a droit au respect.

    A cet égard, François Hollande, qui a tenté, le 29 mai, de faire la leçon a Poutine, a commis une erreur diplomatique. Non seulement il a échoué à faire évoluer le Kremlin sur la question syrienne, mais en outre, il a ridiculisé notre diplomatie en brandissant des incantations humanitaires face à un Poutine qui attendait des propositions politiques sérieuses. Le président "normal" doit vite enregistrer le fait que les relations internationales n'ont rien à voir avec l'émotion, aussi légitime soit-elle. Sans vision stratégique, la politique des bons sentiments a généralement des conséquences catastrophiques.

    Depuis l’année croisée France-Russie en 2010, un réel déblocage semble avoir eu  lieu entre nos deux pays, symboliquement illustré par la vente des BPC Mistrals. Comment l’expliquez-vous, alors que Nicolas Sarkozy semblait au contraire très critique envers la Russie lors de son élection en 2007 ? Celui-ci avait notamment et rapidement réintégré la France dans le commandement intégré de l’Otan. N’y a-t-il pas la une contradiction politique et géopolitique?

    Nicolas Sarkozy a très vite rencontré Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine, pour mettre en place une politique pragmatique. Il a bien géré la crise géorgienne de 2008, à l'avantage de tous les camps en présence. J'ai, pour ma part, fait mon possible pour harmoniser les relations entre nos deux pays, et, avec mon ami Gérard Longuet, ministre de la Défense, nous avons directement rencontré Vladimir Poutine au salon du Bourget en 2011.

    Le retour de la France dans le Commandement intégré de l'Otan n'est pas synonyme d'allégeance aux Etats-Unis, contrairement à ce que l'on pourrait croire: la preuve avec notre désengagement de l'Afghanistan. Dans le contexte d'interventions ne se déroulant plus que dans le cadre de coalitions, il s'agit surtout de disposer d'un outil supplémentaire pour notre diplomatie et nos capacités de projection.

    Enfin, le fait de vouloir entretenir des rapports amicaux avec Moscou ne doit pas priver la France de travailler avec Washington. La diplomatie, ce n'est pas une relation de couple, ou des histoires de jalousie : un Etat souverain doit avant tout veiller à défendre ses intérêts supérieurs. Croyez-moi : Poutine et Medvedev comprennent cela très bien!

    Quelle est votre opinion au sujet du projet de bouclier anti-missile qui crispe tant la Russie?

    C'est une question épineuse. Il faut que les différents partenaires travaillent de concert à la sécurité continentale. Mais pour l'instant, sachant que Moscou est également prêt à déployer ses propres missiles à titre dissuasif, ce projet de bouclier anti-missile, qui n'apporte rien à la sécurité européenne devrait être mis en stand-by en attendant des avancées significatives entre les partenaires russes et européens. Si nous devons entretenir de bons rapports avec les Etats-Unis, l'Union européenne ne doit pas, pour autant, devenir un avant poste américain au détriment de ses intérêts vitaux. Si François Hollande favorise l'installation du bouclier anti-missile, il faudra accepter de gérer en retour l'installation des missiles russes que Dmitri Medvedev veut mettre en place à titre dissuasif.

    Les Français de l’étranger ont majoritairement voté à droite, puisque Nicolas Sarkozy a obtenu 53,05 % des voix a la présidentielle au sein des Français de l’étranger, contre 46.95% pour François Hollande. Au sein de la 11ième circonscription le gap est encore plus fort, Nicolas Sarkozy ayant obtenu 57,55 % contre 42,45 % pour François Hollande. Comment l’expliquez-vous?

    Les Français de l'étranger votent traditionnellement plus à droite que leurs concitoyens de métropole. Sans doute parce que les expatriés sont souvent des gens peu attachés aux revendications sociales, très entreprenants, débrouillards… Ayant l'expérience d'autres pays, ils développent paradoxalement un fort attachement pour leur patrie. Pragmatiques, réalistes, ils savent également discerner ce qu'il faut faire – ou pas ! – pour favoriser le modèle français.

    Qu’est ce qui vous différencie de votre adversaire PS du second tour, Marc Villard?

    Tout ! D'abord, le PS s’est violemment opposé à la création de députés représentant les Français établis hors de France ; moi, j'ai proposé la création de ces circonscriptions!

    Sur le plan scolaire, Marc Villard, en accord avec le PS, dénonce la prise en charge des frais de scolarité, prétendant qu’elle bénéficie aux « riches », alors qu'en fait, cela concerne principalement les classes moyennes. M. Villard défend d'ailleurs le projet de Jérôme Cahuzac, nouveau ministre du Budget, qui a récemment proposé la création d'un impôt sur le revenu des Français qui travaillent à l'étranger. Là encore, c'est déplorable, car on voit que les socialistes font constamment l’amalgame entre Français de l’étranger et exilés fiscaux!

    Enfin, l'expérience nous distingue encore assez nettement. Je sillonne l'Eurasie depuis des années et je connais parfaitement les Français de l'étranger. En tant que ministre des Transports, j'ai pu mettre en place de nombreuses dynamiques internationales et nouer des contacts au plus haut niveau. Mon adversaire manque d'expérience, de réseaux et prend cette candidature comme une activité secondaire pour sa retraite. En outre, il n'a aucune expérience de l'Assemblée nationale alors que j'ai quatre mandats derrière moi. Je me permets de signaler à vos lecteurs qu'il faut plusieurs années avant qu'un député soit opérationnel et maîtrise bien les mécanismes parlementaires. Pour conclure, j'ai entendu M. Villard dire qu'il "connaissait mieux le Vietnam" que moi : c'est comme s'il disait, dans une circonscription de métropole, très bien connaître les rues de son quartier ! Cela prouve qu'il n'a rien compris aux enjeux réels de cette élection.

    Qu’est ce que les Français de l’étranger, et de Russie, peuvent attendre de leur député en général, surtout s’il s’appelle Thierry Mariani?

    Beaucoup de choses, sur différents plans. Au niveau quotidien, parmi les problèmes fréquents que rencontrent les Français de l’étranger se trouve les questions liées à la scolarité. Sur ce sujet, Nicolas Sarkozy avait pris un engagement très clair, qui est la gratuité pour les lycées. Aujourd’hui les classes de Seconde, Première et Terminale sont quasiment gratuites et nous voulons continuer dans ce sens, et étendre cette mesure aux classes de 3ème et 4ème. Pendant la même période, nous avons doublé les bourses pour les élèves des lycées Français à l’étranger, dont les parents ne peuvent assurer la prise en charge des frais de scolarité. Le PS, quant à lui, veut remettre en cause la gratuité de la scolarité des lycées pour les Français de l’étranger et augmenter le nombre de boursiers… Une fois de plus, ce seront les classes moyennes qui devront payer !

    Nous travaillons également à un vrai programme de développement des lycées à l’étranger – à l’heure actuelle, un certain nombre sont en construction dans le monde – qui palliera des situations comme celle de Moscou, où la communauté s’accroit considérablement alors que les places dans le lycée français deviennent insuffisantes. J’ai d’ailleurs rencontré lors de mon dernier passage à Moscou des représentants des parents d’élèves.

    Nous travaillons également sur la proposition qu’avait faite Nicolas Sarkozy, concernant le retour des expatriés. En effet, après plusieurs années d’expatriation, le retour en France est souvent difficile, c’est pourquoi nous souhaitons créer une agence pour favoriser le retour dans les meilleures conditions.

    Enfin, dans le cadre globalisé qui est le nôtre, je mettrai également mes réseaux et mon influence au service des Français de l'étranger, notamment pour les aider à discerner les dynamiques émergentes en Eurasie et dans le Pacifique, afin d'en exploiter au plus tôt toutes les potentialités. Dans une France plongée dans la mondialisation, les expatriés peuvent constituer autant d'atouts et de têtes de pont pour la métropole. Mais il faut dans ce cas les considérer comme des Français à part entière et les guider sur les chemins de la mondialisation. A leur député de mettre en place, pour eux, des stratégies gagnantes.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

    * Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.

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