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Alexandre Latsa

L’Union eurasiatique entre deux mondes

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Plusieurs événements récents, passés relativement inaperçus pourraient pourtant avoir des conséquences importantes pour l’avenir du continent européen.

Plusieurs événements récents, passés relativement inaperçus pourraient pourtant avoir des conséquences importantes pour l’avenir du continent européen. Le premier est la décision politique de la Bulgarie de renoncer à poursuivre les négociations d’entrée dans l’Euro. Le plus pauvre des pays de l’UE a pourtant enregistré une croissance positive en 2011 (1,7%) et sa croissance devrait être sensiblement équivalente en 2012 également. Comme le ministre des finances bulgare l’a clairement résumé: "Je ne vois actuellement aucun bénéfice à entrer dans la zone euro, seulement des coûts (…) C'est trop risqué pour nous et il n'est pas évident de savoir quelles sont les règles et ce qu'elles seront dans un an ou deux".

Même tonalité dans les propos récents du ministre des finances polonais qui semble renvoyer à plus tard la perspective d'une entrée dans la zone euro en affirmant que: "Je n'aimerais pas emménager dans une maison où des éléments architecturaux, c'est-à-dire des éléments essentiels de la rénovation, n'ont pas été réalisés ; où le danger existe qu'un mur nous tombe dessus". Dans le Nord de l’Europe, la Lettonie et la Lituanie ont également sensiblement différé leurs calendriers d’adhésion à la monnaie unique, ce qui traduit bien leur inquiétude face à la crise que connait l’UE.

Dans les Balkans, en Serbie, un récent sondage a confirmé les tendances qui se sont dégagées lors de la dernière élection présidentielle. Les mouvances patriotiques et conservatrices auraient la confiance en cas d’élections anticipées de près de 62% des électeurs, un score jamais atteint depuis la guerre de 1999 et la fin de règne de Slobodan Milosevic.

Enfin en Ukraine, un récent sondage donne une nette avance au candidat Ianoukovitch, l’actuel président du pays. Le pays, qui vient d’annoncer ne pas être en mesure de payer la dette énergétique accumulée dans les années 90, lorsque le consortium du pays était dirigé par la flamboyante et très orange Youlia Timoshenko. La plupart des analystes pensent que pour Kiev, le rapprochement avec Moscou, dans un futur très proche, est inévitable.

Ces développements qui auraient semblé impossibles il y a seulement 2 ans, sont à intégrer dans une évolution planétaire accélérée et qui voit l’effritement progressif de l’influence de l’Occident sur notre monde. Même l’ONU semble perdre de sa superbe et de son unilatérale autorité. Il ne faut sans doute pas sous estimer les conséquences du grand sommet des non alignés qui a réuni 120 pays à Téhéran en août 2012. Ce sommet, organisé par le très controversé président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a permis à l’Iran de rappeler au monde sa considérable influence non seulement sur tout l’espace Chiite (de Kaboul à Damas via Bagdad), mais pas seulement. Les prémisses d’une modification des alliances régionales se sont peut être dessinées, pendant ce sommet. Le président égyptien Morsi était à Téhéran, et ce alors qu’il n'y avait plus eu de relations diplomatiques entre les deux pays depuis 1979.

Durant le sommet l'ayatollah Khamenei à lui très fermement dénoncé le Conseil de sécurité de l'ONU, qui a condamné Téhéran à de nombreuses reprises depuis 2006. Mais malgré tout ce sommet aura été un succès et le message au monde occidental est très clair : une guerre va sans doute s’accentuer au sein du monde musulman entre les blocs saoudiens et iraniens, et il n’est pas certain que les nouveaux pouvoirs issus du printemps arabe fassent docilement allégeance à Ryad ou au Qatar comme le souhaitaient ou le pensaient sans doute de nombreux stratèges occidentaux.

Mais surtout, l’alliance occidentale n’est plus en mesure de régler seule les conflits régionaux.

Il semblerait que les occidentaux aient bien compris le message, et la réponse de Washington ne s’est d’ailleurs pas faite attendre puisque sur la centaine de personnes qui devait accompagner le président iranien à New York pour sa dernière visite de président à la 67ieme session de l’ONU de cette semaine, de nombreux officiels Iraniens se sont tout simplement vus refuser leur visa pour les Etats-Unis. Des restrictions par ailleurs similaires à celles qui frappent toujours un certain nombre d’officiels biélorusses ou russes quand ils demandent un visa pour un pays de l’Union Européenne.

Cette pression politique occidentale est non seulement totalement insensée mais surtout totalement inefficace puisque pendant que l’Iran se sent très vraisemblablement de moins en moins acculée, la Russie, elle, avance ses pions, et ceux de l’Union Douanière, à l’ouest via la Bulgarie, la Serbie, la République Serbe de Bosnie ou encore la Moldavie. Ce faisant, la Russie mêle ainsi adroitement énergie et orthodoxie pour créer une route orthodoxe du gaz au cœur de l’Europe. Alors que le monde se désoccidentalise et que la question de la place de la Russie entre Ouest et Est est plus que jamais d’actualité, il est peut être grand temps d’observer à quel point la Russie d’aujourd’hui semble être en train de créer un réel pont continental des civilisations entre un bloc orthodoxe et un bloc musulman d’Asie centrale. Un pont des civilisations que finalement l’Union Européenne vacillante et en perte considérable d’influence (même au cœur de l’Europe) n’aura pas été capable de bâtir avec la Turquie.

L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l'auteur étant extérieur à RIA Novosti.

* Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.

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