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    Arnaud Dubien

    Russie-Europe : prendre de la hauteur

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    Avis de gros temps dans les relations russo-européennes. Ces dernières semaines, contentieux et incidents se sont multipliés, tant au plan bilatéral avec certains pays membres qu’entre le Kremlin et la Commission de Bruxelles. L'Analyse d’Arnaud Dubien.

    Avis de gros temps dans les relations russo-européennes. Ces dernières semaines, contentieux et incidents se sont multipliés, tant au plan bilatéral avec certains pays membres qu’entre le Kremlin et la Commission de Bruxelles. Et les choses ne devraient guère s’arranger à l’approche du sommet du Partenariat oriental qui doit se tenir à Vilnius le 28 novembre prochain.

    De façon assez surprenante, c’est avec les Pays-Bas qu’un nouveau front s’est ouvert récemment. Les relations politiques et économiques entre Moscou et La Haye étaient jusqu’ici plutôt bonnes. 2013 a même été proclamée « année croisée » Russie-Pays-Bas, avec de nombreuses manifestations culturelles (dont une grande exposition sur Pierre le Grand à Amsterdam) dans les deux pays. Gasunie est un partenaire important – et fiable – de Gazprom en Europe occidentale. Plusieurs dossiers nourrissent les frictions actuelles: le suicide, en janvier 2013, d’Alexandre Dolmatov, opposant russe qui avait vu sa demande d’asile politique refusée par les Pays-Bas; les prises de position de certains responsables politiques hollandais, dont le maire d’Amsterdam, contre des lois russes qu’ils jugent « homophobes »; plus récemment, l’arrestation des membres d’équipage de l’Arctic Sunrise, bâtiment de Greenpeace battant pavillon néerlandais qui avait participé, en septembre, à une action contre une plateforme de Gazprom; enfin, l’interpellation musclée d’un diplomate russe soupçonné de mauvais traitements sur ses enfants par la police de La Haye a suscité l’ire du Kremlin. Hasard ou pas, le ministre conseiller de l’ambassade des Pays-Bas à Moscou a été agressé à son domicile quelques jours plus tard, épisode qui n’est pas sans rappeler les mesures de rétorsion physiques du FSB contre des diplomates polonais en 2005.

    Autre pays en plein bras de fer avec la Russie – la Lituanie. Début octobre, le Service fédéral russe de contrôle sanitaire a interdit les importations de produits laitiers en provenance de ce pays qui assure la présidence tournante de l’UE et qui doit, à ce titre, accueillir le sommet du Partenariat oriental. Une mesure qui en rappelle d’autres, adoptées par Moscou au gré des tensions diplomatiques avec certains de ses voisins (Géorgie, Moldavie, Ukraine). De fait, la Russie fait payer à la Lituanie son activisme diplomatique en faveur de la signature d’un accord d’association et de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine.

    Ce tableau déjà sombre (auquel il faudrait ajouter la procédure précontentieuse initiée par Bruxelles contre Moscou à l’OMC à propos de la taxe russe sur le recyclage des voitures) se complète d’incertitudes à court et moyen terme avec l’Allemagne. Les relations politiques se sont sensiblement refroidies depuis l’été 2012, la nomination d’Andreas Schockenhoff – connu pour ses prises de position virulentes contre le Kremlin — au poste de coordinateur du Bundestag pour la Russie constituant plus un symptôme que la cause du problème. Moscou espère cependant que le SPD, plus sensible aux intérêts de la Russie, intègrera la future « grande coalition » et héritera du ministère des affaires étrangères.

    En ce début d’automne 2013, la lassitude observée entre Moscou et Bruxelles fait donc place à l’exaspération voire à des scénarios de crise. Le discours des élites économiques et politiques russes est de plus en plus eurosceptique; quant à la Commission Barroso, elle n’est pas en mesure – sur le dossier russe comme sur bien d’autres – de proposer une vision stratégique à long terme. On est face à une double impasse: la réorientation des flux commerciaux russes vers l’Asie est une chimère; penser que l’UE peut se passer d’un véritable partenariat industriel et politique avec la Russie relève d’un aveuglement tragique.

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

    Arnaud Dubien dirige, depuis mars 2012, l’Observatoire franco-russe à Moscou. Diplômé de l’INALCO et de l’IEP de Paris, il a été, de 1999 à 2006, chercheur Russie-CEI à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Il a ensuite dirigé plusieurs publications spécialisées sur l’espace post-soviétique, parmi lesquelles l’édition russe de la revue Foreign Policy et les lettres confidentielles Russia Intelligence et Ukraine Intelligence. Ces dernières années, Arnaud Dubien a par ailleurs travaillé comme consultant du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Aff aires étrangères, ainsi que de grands groupes industriels français. Il est membre du Club de Valdaï.

    Un automne franco-russe

    Quelques réflexions sur Valdaï 2013

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    J.O de Sotchi: la pression monte

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