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    Les indépendantistes de la république autoproclamée de Donetsk (DNR) près de Debaltsevo

    Debaltsevo: un tournant vers la guerre ou vers la paix ?

    © Sputnik. Dan Levy
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    Vers la paix en Ukraine (128)
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    Les paramètres diplomatiques sont clairs : si les séparatistes choisissent d'enfoncer le clou militairement, Berlin et Paris, qui veulent à tout prix sauver Minsk 2 et semblent décidés à fermer les yeux sur les combats de Debaltsevo, pourraient choisir de durcir à nouveau le ton. La solution de sortie de crise politique s'éloignerait.

    La politique d'un Etat est dans sa géographie estimait Napoléon. A cette aune le sort du chaudron de Debaltsevo était scellé dès la semaine dernière. Alors que la partition de facto de l'Ukraine se confirme, il était évident que les Républiques de Donetsk et de Lougansk feraient tout pour acquérir une continuité territoriale optimale, disposer d'une frontière facile à défendre en cas de nouvelle offensive ukrainienne.

    Les derniers combats, qui ont mené à la prise de Debaltsevo, n'ont donc surpris aucun des observateurs attentifs du conflit. Très meurtrière —on parle de plusieurs centaines de morts dans les rangs de l'armée ukrainienne, 3 000 selon les séparatistes- cette bataille constitue, après celle d'Ilovaïsk, un nouveau revers majeur pour le Président Porochenko, son gouvernement et l'opération « antiterroristes » lancée au printemps dernier.

    Cette violence paroxystique ne signifie pas cependant une rupture définitive du processus de paix amorcé.

    Les troupes de Kiev, qui ont essuyé de lourdes pertes humaines et abandonné de nombreux matériels lourds dans leur retraite, doivent panser leurs plaies. Etrillés pour la seconde fois en six mois par les séparatistes, les soldats ukrainiens accusent moralement le coup dans un pays qui ne veut plus se battre, comme en atteste l'échec de la phase de mobilisation en cours. Ayant perdu l'initiative, ils doivent à présent recréer un dispositif défensif cohérent face à leurs adversaires.

    Ceux-ci, dopés par la victoire, sont en mesure par un ultime effort d'élargir un peu plus encore leur emprise territoriale sur les oblasts de Donetsk et de Lougansk. Mais ils viennent d'atteindre un objectif opératif majeur et vont sans doute éprouver le besoin de souffler après plus de cinq semaines de durs combats. Et ce sont des combattants suffisamment aguerris pour ne pas prendre en compte tous les paramètres diplomatiques et militaires susceptibles de se retourner contre eux s'ils décidaient de pousser leur avantage.

    Négociations sur l'Ukraine à Minsk
    © AP Photo/ Alexander Zemlianichenko, Pool
    Les paramètres diplomatiques sont clairs: si les séparatistes choisissent d'enfoncer le clou militairement, Berlin et Paris, qui veulent à tout prix sauver Minsk 2 et semblent décidés à fermer les yeux sur les combats de Debaltsevo, pourraient choisir de durcir à nouveau le ton. La solution de sortie de crise politique s'éloignerait.

    Les paramètres militaires sont classiques. Les séparatistes peuvent pousser leurs troupes jusqu'à Slaviansk, Kramatorsk et reconquérir le terrain perdu l'été dernier. Mais ce contrôle peut désormais s'envisager politiquement dans le cadre du futur statut du Donbass, compte tenu de la faiblesse des autorités de Kiev et de leur isolement croissant.

    De même une poussée vers Marioupol et, au-delà, jusqu'à l'isthme de Perekop, pour assurer la jonction terrestre de la Russie et de la Crimée, semble difficilement envisageable.

    D'abord parce qu'une telle conquête de tout le littoral de la mer d'Azov ne correspond pas aux objectifs politiques énoncés par les autorités séparatistes.

    Ensuite parce que si Marioupol est à portée de tir, c'est une agglomération de plus de 400 000 habitants, dont la prise nécessiterait probablement de durs combats urbains. Cette opération est militairement à portée des séparatistes, elle ne l'est sans doute pas diplomatiquement.

    Enfin parce qu'il n'est pas si simple de foncer jusqu'à la Crimée: de Marioupol à l'isthme il y a plus de 300 kilomètres à franchir vers l'ouest. L'hypothétique théâtre d'opérations est jalonné de villes importantes, Mélitopol, Berdyansk, Primorsk…Ces agglomérations, dont la prise est nécessaire au contrôle des axes routiers de la région, sont susceptibles de constituer autant de points d'appui susceptibles de freiner une offensive séparatiste. Par ailleurs une contre-offensive ukrainienne bien menée sur les arrières d'une telle attaque, suivant un axe nord-sud vers la mer d'Azov, pourrait aisément couper les lignes de communication des assaillants. En s'approchant du fameux « point culminant de la victoire » cher à Clausewitz, les séparatistes se mettraient donc en danger. Ces derniers, conscients de ne pas disposer de l'instrument militaire idoine pour une offensive militaire de grand style, exigeant des troupes motorisées nombreuses, une forte puissance de feu et une infanterie conséquente pour veiller sur les flancs et les arrières, ne se lanceront probablement pas dans une telle aventure.

    Pour eux l'heure est surtout venue d'encaisser les dividendes politiques de leur victoire. Ils en ont la possibilité, inenvisageable en début d'année, s'ils savent se cantonner à des ambitions restreintes.

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    accords de Minsk, République populaire autoproclamée de Lougansk (RPL), République populaire autoproclamée de Donetsk (RPD), Debaltsevo, Marioupol, Lougansk, Crimée, Donetsk, Ukraine
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