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    Une maison détruite à Debaltsevo

    France-Allemagne versus UK-USA. Un divorce de raison ?

    © Sputnik. Irina Gerashtchenko
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    Situation dans le Donbass (2015) (227)
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    Le mariage de déraison de la vieille Europe et du couple UK-USA semble consommé jusqu'à la nausée. L'allusion à la dédaigneuse formule de Rumsfeld n'a rien d'aléatoire. Analyse de Françoise Compoint.

    En 2003, la France de Chirac et l'Allemagne de Schröder s'étaient opposées au projet d'invasion de l'Irak. En 2013, la France renonce in extremis à bombarder Damas parce que Washington revient subitement sur sa décision. Aujourd'hui, le couple franco-allemand essaye de s'extraire du carcan otanesque américain, politiquement soutenu par son allié de toujours, la Grande-Bretagne, pour rallier leurs bannières à celles de Moscou en engageant d'abord une rencontre cruciale à Moscou, ensuite à Minsk, ensuite à Paris dans le cadre du fameux format normand, cela pour enfin trouver une solution à la problématique ukrainienne. Le Vieux Continent, s'émanciperait-il? Les USA, le laisseront-ils faire?

    Que l'UE n'a aucun intérêt à obtenir une guerre formellement civile et substantiellement par procuration sur le continent européen est une évidence sur laquelle il semble inutile de revenir. Objectivement, les USA ont toutes les raisons de s'énerver et d'agir comme ils ont l'habitude de le faire, c'est-à-dire au mépris des conséquences et avec un déchaînement caractéristique des hyperpuissances obsédées par l'irréversibilité du grand Déclin. Washington est en colère. Voici pourquoi:

    Sur le terrain: bien que les médias ukrainiens aient tout fait pour passer sous silence ou minimier l'impact de la déroute de Debaltsevo, il n'en demeure pas moins que 5000 soldats (ou 8000, les données varient) ont été abandonnés à leur sort dans l'indifférence totale qui émanait des autorités de Kiev. La même indifférence détermina le traitement réservé aux cadavres ensevelis sous les décombres de l'aéroport de Donetsk. Des fours crématoires mobiles essayaient de détruire les dépouilles sans que les familles n'aient été averties pour pouvoir les récupérer et les enterrer dans la dignité. Reconnaissons que cette attitude consumériste à sa façon est facteur de désillusion dans les rangs des FAU, de plus en plus conscientes de l'erreur tragique que constitue cette espèce de guerre suicidaire. Il s'avère donc que les USA doivent surtout miser sur les bataillons néo-nazis eux-mêmes hostiles au pouvoir fantoche de Kiev. Quel piètre instrument! Entre-temps, les FAN progressent sur toute la ligne de front et sont remarquablement bien perçues dans les zones libérées — puissant antidote au venin médiatique déversé. Enfin, les organisations de résistance clandestines très actives ces derniers temps dénoncent fermement les attentats perpétrés contre les civils mais excellent à saboter les voies de chemin de fer pour empêcher la livraison d'armes létales dans le Donbass. Autrement dit, ils prennent la défense des civils. Qui pourrait le leur reprocher? Que pouvait-on reprocher aux Résistants durant les années de l'Occupation?

    Sur un plan diplomatique: au grand dam des USA, les autorites des RPD et RPL respectent les conditions établies par Minsk-2. Le retrait de l'artillerie lourde de la ligne de front a commencé avant terme le 23 février. L'OSCE n'a pas relevé de violation du cessez-le-feu de la part des résistants. Leurs tirs sont défensifs et non pas offensifs.

    Sur un plan international: John Kerry n'a pas été convié à la réunion des ministres des Affaires étrangères à Paris. Quelle gifle extraordinaire! Certains experts de la Fondation Carnegie du Brookings Institution dénoncent le va-t-en-guerrisme des McCain, Kerry, Clinton, Psaki et Nuland considérant que la livraison ouverte et importante d'armes létales à la junte ukrainienne sera le début d'une guerre généralisée avec la Russie. Poutine, n'a-t-il pas rappelé le 23 février, Jour du défenseur de la Patrie, que la Russie sera toujours en mesure de répondre aux pressions quelles que soit leur envergure et leur nature? Clairement, il s'agit d'un avertissement à peine voilé qui a aussitôt été déchiffré où il se doit. L'économie américaine est essoufflée, la dissuasion nucléaire russe invalide tout projet de guerre de haute intensité. S'ils espèrent une guéguerre longue et sanglante en Ukraine en narguant autant que possible l'ours russe, ils espèrent la mener en impliquant des Etats membres de l'UE comme la Pologne et les Pays Baltes, gavés de leurs complexes russophobes. Or, il est très peu probable que ces Etats s'impliquent dans un conflit, de un, coûteux, de deux, meurtier — qui à Varsovie, Riga ou Tallinn serait prêt à mourir pour une Ukraine unie?— de trois réprouvé par Berlin et Paris qui sont aux commandes de l'UE.

    Et François Hollande et la chancelière allemande ont conscience de ces facteurs, d'où leur volonté de se défaire d'un joug américain menaçant la sécurité de l'Europe. Ils sont soutenus par l'ensemble des pays de l'Europe du Sud et des pays tels que l'Autriche et la Tchéquie.

    En découlent deux scénarios possibles. Si divergents soient-ils, ils ne sont pour autant pas exclusifs l'un de l'autre.

    — Soit les USA, poussant leur mégalomanie débridée jusqu'à un paroxysme inégalé, multiplient leurs provocations en convaincant, promesses et menaces à l'appui, les Etats européens qui leur sont acquis à s'investir en Ukraine. Ils livrent semi-ouvertement des armes létales ce qui de toute façon ne passera pas inaperçu et motivera une riposte russe dont j'imagine encore mal la nature. Je ne crois pas au scénario d'une guerre nucléaire mais plutôt à l'essoufflement progressif du complexe militaro-industriel américain et à l'isolement politique de Washington qui aura épuisé d'ici peu tous ses moyens de persuasion et de pression.

    — Les USA se prennent en main et se contentent de narguer la Russie près de ses frontières comme ils l'ont fait la veille à Narva en faisant défiler près de 1500 militaires. Ils encouragent l'Ukraine à acheter des armes à Abu Dhabi mais, dans l'idéal, c'est l'UE qui devra payer ces achats (3 milliards de dollars) comme l'a explicitement signalé Stepan Poltorak, ministre de la Défense ukrainien. Je vois mal l'UE accorder des largesses qui se retourneront à court terme contre elle. Ce rôle de mauvais génie que jouent les States sera à la longue réduit à néant sur fond de désintégration politique de l'UE.

    Ce divorce de raison entre le couple USA-UK et le couple franco-allemand, donnera-t-il lieu à des bouleversements transgressant largement les frontières ukrainiennes? Certainement. Il seront aussi rudes qu'au fond inéluctables si l'Europe en tant qu'entité souveraine veut survivre.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Royaume-Uni, Donbass, France, Ukraine, Allemagne, États-Unis
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