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    Les habitants de Debaltsevo sur une des rues de la ville

    Il faut à présent « gagner la paix »

    © Sputnik . Irina Geraschenko
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    Situation dans le Donbass (2015) (227)
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    Après une période d’incertitude logique, compte tenu de la violence des combats et des haines réciproques, la guerre civile semble s’éteindre peu à peu dans l’Est de l’Ukraine. Les armes se sont tues à Debaltsevo.

    Les séparatistes du Donbass, en dépit de leur victoire, n'ont pas profité de la situation pour pousser leur avantage vers Slaviansk et Kramatorsk, face à un adversaire démoralisé et désorganisé. Le siège de Marioupol, qu'on annonçait comme imminent, ne semble pas se profiler non plus. Les rebelles semblent bien décidés à s'engager à présent dans un processus de sortie de crise politique. Ils ont commencé à retirer leurs armes lourdes de certains points du front, suivis dans ce mouvement par l'armée ukrainienne, qui a annoncé hier le retrait d'une partie de son artillerie.

    Pour autant cette volonté partagée d'apaisement ne signifie pas que la paix est acquise tant les facteurs d'instabilité demeurent en Ukraine.

    Sur la ligne de front d'abord. Il faudra sans doute encore une ou deux semaines avant que l'on puisse raisonnablement considérer que le cessez-le-feu tient. Cela passe par l'application de toutes les clauses de l'accord de Minsk 2 stipulant le retrait des combattants et de leur matériel sur des zones précisément définies. Un tel repli ne se fera pas sans méfiances. Des provocations ne sont pas à exclure entre certaines unités des forces séparatistes, loin d'être aussi disciplinées qu'une armée régulière, et certains bataillons de la Garde nationale ukrainienne, dont l'idéologie ultra-nationaliste et la culture de la violence ne sont plus à démontrer.

    En Ukraine, un cessez-le-feu toujours plus fragile
    © REUTERS / Alexander Ermochenko
    Mais cette violence ultranationaliste risque aussi de s'exprimer à Kiev dans les semaines, voire les jours à venir. Car la défaite des forces ukrainiennes face aux séparatistes est douloureusement ressentie par une grande partie des habitants de la capitale. Ceux-ci, qui ont renversé Viktor Ianoukovitch il y a un an, pourraient se retourner contre Petro Porochenko, le jugeant responsable du désastre militaire, politique et économique qui frappe l'Ukraine. On sait qu'il y a à Kiev un camp du compromis avec les séparatistes et avec la Russie, dirigé par le Président de la République ukrainien, mais aussi un camp de l'intransigeance, regroupé derrière Arseni Iatseniouk. Cette cohabitation, jusqu'ici relativement feutrée, pourrait s'envenimer à la faveur notamment du retour dans la capitale des militants de la Garde nationale retirés du front. La perspective d'un nouveau Maïdan visant à placer aux commandes de l'Ukraine un responsable politique déterminé à poursuivre la lutte armée ne peut être exclue, avec toutes les conséquences prévisibles dans le Donbass.

    Britanniques, Baltes, Polonais, Américains et certains responsables de l'Union Européenne, exclus du processus de Minsk-2, entendent bien par ailleurs peser dans le dossier ukrainien dans le sens d'une fermeté accrue vis-à-vis de la Russie. Ils apporteront leur appui aux Ukrainiens qui sont sur cette ligne.

    La violence à peine éteinte, il faut donc prendre de vitesse ceux qui ne pensent qu'à la relancer. La France, l'Allemagne et la Russie, dans ce contexte, doivent faire de leur mieux pour soutenir Petro Porochenko, qui demeure le meilleur interlocuteur. Aux côtés du Président ukrainien, ils doivent reprendre les négociations, idéalement dans un format Normandie élargi aux délégués séparatistes et à des représentants de l'OSCE, afin de consolider le cessez-le-feu et définir au plus vite ce que sera le futur statut du Donbass. Tant que cette question ne sera pas tranchée, les partisans d'un retour aux temps de la guerre froide, nombreux et influents, conserveront une capacité de nuisance maximale. La paix se résumera à un armistice et la rupture entre l'Ouest et l'Est de l'Europe perdurera. 

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    Tags:
    cessez-le-feu, OSCE, Union européenne (UE), Arseni Iatseniouk, Viktor Ianoukovitch, Slaviansk, Kramatorsk, Debaltsevo, Marioupol, Donbass, France, Ukraine, Allemagne, Russie
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