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    Un homme armé

    Quand l’EI épouse la cause des bandéristes ukrainiens

    © AFP 2017 HAIDAR HAMDANI
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    Au nom de quoi est-ce que des Ukrainiens de souche pouvaient être solidaires des séparatistes caucasiens promoteurs de la charia ? Analyse de Françoise Compoint.

    On croit chasser le diable par la porte mais voilà qu'il revient, furtif, par la fenêtre. C'est le cas des combattants de l'EI dont on avait eu quelques nouvelles en Ukraine il y a peu — sans grande conviction cependant d'aucuns hurlant à la conspiration — et dont l'engagement dans les rangs des ultra-nationalistes ukrainiens trouve aujourd'hui confirmation à travers le témoignage du journaliste Marcin Mamon publiant sur Intercept et des fuites provenant du bataillon Doudaïev.

    L'EI se veut sans frontières. Le combattant islamiste originaire de France qui avait condamné à mort un jeune Arabe israélien accusé d'espionner pour le compte du Mossad avait bien parle des « conquêtes islamistes » à venir, à commencer, symboliquement, par Jérusalem. De ce point de vue, il n'y a pas à s'étonner de ce que des Tchétchènes, très présents dès le début dans la nébuleuse djihadiste anti-Assad, se retrouvent aussi bien dans un bataillon punitif portant le nom de Djokhar Doudaïev, un ancien officier de l'Armée rouge qui, profitant du Vide abyssal qui s'était crée suite à l'effondrement de l'URSS, avait essayé de mettre sur pied un « Emirat du Caucase » assez semblable dans ses principes à l'ancien EIIL limité aux heures de ses balbutiements à l'Irak et au Levant. Ce qui semble plus préoccupant, c'est la participation des éléments de sensibilité néo-bandériste à la première campagne tchétchène. Au nom de quoi est-ce que des Ukrainiens de souche pouvaient être solidaires des séparatistes caucasiens promoteurs de la charia? Pourtant, le parcours du défunt Alexandre Muzitchko alias Sachko Le Blanc qui s'engagea dans les rangs de Chamil Bassaïev — auteur du carnage de Beslan — bras droit de Doudaïev malgré quelques frictions entre 91 et 94, retrace bien ce combat acharné et contre-nature qui n'a d'autre motif que la haine rabique des Russes qu'il partageait avec les islamistes tchétchènes.

    Comme les moudjahidine disent avoir le sens de l'honneur, ils prétendent payer leur dette dans une Ukraine soi-disant agressée par la Russie. Leur initiative est facilitée par les fortunes des Crésus ukrainiens parmi lesquels l'oligarque Kolomoïski, gouverneur de Dniepropetrovsk, est de loin le plus connu. Mamon qui s'était personnellement rendu au camp de Munayev, commandant récemment tué du bataillon Doudaïev, affirme avoir été accueilli par une voiture blindée qui, d'après ce qu'on lui dit, avait été généreusement octroyée par Kolomoïski en personne. Par ailleurs, le journaliste aurait aperçu les « drapeaux verts du djihad flotter sur certaines bases des bataillons privés » (SIC!) ce qui laisse penser que l'infiltration des éléments djihadistes dans les bataillons extrémistes ukrainiens serait plus massive qu'on ne le croit et ne se limiterait pas uniquement au bataillon tchétchène en question.

    Ces faits établis, on devrait de toute force se demander si le financement de ces radicaux ne provient pas des mêmes fonds que celui des coupeurs de tête à l'oeuvre en Syrie et en Irak. Si c'est le cas, deux conclusions s'imposent. Primo, et le pouvoir de Kiev et ses mécènes atlantistes se rendent complices de la progression du djihad à travers l'Europe: « De temps en temps, Munayev rencontre des représentants du SBU (Service de sécurité ukrainien) », témoigne Mamon. Si cette phrase est à mettre à l'imparfait la personne mentionnée n'étant plus de ce monde depuis peu, elle ne perd aucunement de sa valeur principielle les mêmes éléments étant plus actifs que jamais. Secundo, s'il s'avère que les monarchies du Golfe, brouillées ces derniers temps avec l'EI mais manifestement en bons termes avec les Al-Nosra et consorts, ont mis leur grain de sel dans l'infiltration des moudjahidine tchétchènes en Ukraine, on pourrait logiquement supposer que c'est l'Europe in fine qui est visée.

    En effet, l'Ukraine est un pays européen aux portes de l'UE. Ceux qui combattent pour Kiev se voient offrir des passeports ukrainiens, donc, de nouvelles identités. Sachant que les flux migratoires vers la Pologne sont assez considérables le chômage en Ukraine battant tous les records, l'hypothèse selon laquelle l'EI envisage de pousser l'infiltration de ses « lions du djihad » jusque de l'autre côté des remparts de l'Union semble plus que pertinente. Si ce n'est pas le cas, pourquoi est-ce que ces fous de Dieu qui ont du pain sur la planche au Moyen-Orient, surtout avec les bombardements de la coalition, iraient risquer leur vie dans un pays slave qui ne leur inspire strictement rien? Le code d'honneur invoqué ne semble être en fait qu'un écran de fumée.

    Nous sommes donc en présence d'un scénario se résumant à la fâcheuse posture de l'arroseur arrosé que le cas libyen illustre avec une implacable éloquence. Mais cette fois, plus que d'un arsenal pillé par les djihadistes, il s'agirait d'une mini-armée qui trouvera ses adeptes et sponsors à l'intérieur même de l'Europe. Comme quoi, il faut toujours réfléchir avant de conclure un pacte avec le diable.

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    Tags:
    Etat islamique, Ukraine
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