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Les autorités chinoises tablent désormais sur une croissance de qualité. Mais la transition vers cette croissance passe par l’abandon d’un des piliers de son économie – le capitalisme d’Etat.

L'essentiel à retenir de la 3e session de la 12e Assemblée populaire nationale (APN), qui s'est clôturée à Pékin le 15 mars dernier, c'est l'abaissement des prévisions de croissance de la Chine aux alentours de 7% pour l'année 2015 et la poursuite du plan de libéralisation de l'économie pour obtenir une croissance « de qualité ».

La période où la Chine connaissait une croissance à deux chiffres est donc définitivement révolue.

Christine Lagarde et Arun Jaitley, Mar. 16, 2015
© REUTERS / India's Press Information Bureau/Handout via Reuters
Cependant il ne faut pas dramatiser la situation, rassurent les experts. Selon Pierre Picquart, spécialiste de la Chine et professeur à l'Université Paris-8, les prévisions de croissance sont suffisantes pour son économie.

« C'est un taux qui n'est pas à deux chiffres, mais il n'est pas anodin », explique-t-il à Sputnik. « La Chine a toujours estimé qu'un taux de 6,5% à 7,5% sera suffisant pour que le pays puisse avoir une croissance économique de qualité. Au-delà des réformes de l'Etat, cette croissance s'appuie aussi sur ses échanges commerciaux et les exportations qui s'améliorent qualitativement. Il est important de regarder les moteurs et les orientations de cette croissance. Si elle se fonde sur l'innovation, la qualité, les investissements directs étrangers (IDE) permettant aux entreprises chinoises d'étendre leurs activités mondiales, et les investissements intérieurs dans le cadre d'une politique néo-keynesienne planifiée, sa croissance aura des fondements solides ».

Le vice-directeur de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales Vassili Mikheev rejoint ce point de vue.

« Nous avons observé le nouveau raisonnement économique du gouvernement chinois », analyse-t-il. « Désormais, l'accent sera mis davantage sur les caractéristiques qualitatives, liées à l'innovation et la protection de l'environnement ».

Des réformes lentes et délicates

Ayant lancé lors du 3e congrès du Parti communiste chinois (PCC) toute une série de réformes socio-économiques, le gouvernement de Xi Jinping continue à les mettre méthodiquement en œuvre. Ces réformes visent avant tout à démanteler les éléments de « capitalisme d'Etat » qui assuraient la croissance chinoise dans les années 1990-2000, mais qui menacent désormais la stabilité de l'économie du pays. Le premier ministre chinois Li Keqiang a concrétisé ces objectifs lors de la session de l'APN: il faut mettre en place une véritable économie de marché, où l'Etat jouera désormais un simple rôle de régulateur, et non plus de monopoliste dans certains secteurs de l'économie. Un défi auquel tout un groupe de hauts fonctionnaires du PCC est réticent, car il contrôle les grandes sociétés publiques. Par ailleurs, cette annonce a été faite alors que la Chine continue à développer ses projets d'infrastructure colossaux, notamment dans le cadre de son concept de « ceinture économie de la Route de la Soie ».

Pour Alexandre Gabouev, directeur du programme « Russie dans la région Asie-Pacifique » du centre Carnegie de Moscou, interrogé par le quotidien Kommersant, le ralentissement de la croissance de la Chine présente des risques, mais les projets d'infrastructure en cours permettront à son économie de rebondir. Et si Li Keqiang a annoncé la construction de 5000 kilomètres de chemins de fer pour une valeur totale de 128 milliards de dollars, cela montre que ces réformes s'annoncent lentes et délicates.

Toutefois il ne faut pas oublier que certaines régions chinoises sont encore en sous-développement, et il y a un besoin réel d'accès pour leur population à des moyens de transport efficaces, rappelle Pierre Picquart. « En Chine, comme dans d'autres pays d'Asie ou d'Afrique, la construction d'un port, d'une gare ou d'une route engendre un formidable élan d'énergie et des créations d'emplois qui propulsent le développement économique, ce qui n'est pas une croissance inutile », souligne-t-il.

Pour d'autres experts, le concept de la « Nouvelle Route de la Soie », prôné par Xi Jinping en 2013, ne présente pas que des avantages pour les voisins de la Chine. « L'un des défis de la fin du 12e plan quinquennal chinois, c'est le problème des investissements étrangers de la Chine, notamment liés à ces projets », ajoute Vassili Mikheev. « Car certains pays d'Asie Centrale pourraient y voir une menace pour leur sécurité ».

Le nouveau 13e plan quinquennal devrait être adopté par l'APN en mars 2016, et Xi Jinping a promis de terminer ses réformes avant son achèvement. L'année 2015 s'annonce donc cruciale pour l'économie de la Chine.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
économie, Xi Jinping, Pierre Picquart, Chine
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